Stefan Zweig

Légende d’une vie – Grasset – 170 pages – 11 euros

Stefan Zweig

Légende d’une vie de Stefan Zweig

On connaissait Stefan Zweig pour ses biographies et ses nouvelles. On le connaissait moins pour son théâtre. Ce texte, surprenante pièce construite autour du thème de l’héritage spirituel d’un génie littéraire, révèle une facette méconnue du travail de l’auteur de 24 heures de la vie d’une femme

Passées les premières scènes d’exposition, le ton est donné. La plume de Stefan Zweig, saisissante,  précise, est là. Et l’intrigue immédiatement fonctionne. Les personnages mettent un peu de temps à se dessiner. Mais rapidement, ils prennent de l’épaisseur. Très bien construite, la pièce, organisée autour de la mémoire d’un écrivain disparu et dont la postérité est jalousement gardée par sa veuve, offre une palette de personnages intéressants. Le fils de l’artiste, qui doit faire une lecture de sa première œuvre littéraire et sent peser sur lui le poids de la notoriété de son aïeul, a des doutes. Et si l’image, la légende qu’on entretenait autour de son père n’était pas conforme à ce qu’il était vraiment ? Plus qu’un doute, il en a l’intuition. S’il tolère mal d’ailleurs ce fardeau sur lui, n’est-ce pas pour cette raison ?

Une affaire de femmes

Arrive une femme, qui va faire tomber tout l’édifice que l’on sent par ailleurs prêt à crouler de lui-même. Cette femme, le lecteur le comprend immédiatement, appartient au passé de l’artiste. Et évoque une période pendant laquelle ce-dernier n’était pas encore le génie qu’il a été ensuite. Elle est la femme d’avant. Celle qui a nourrit, au sens propre et figuré du terme, l’artiste avant qu’il ne donne sa mesure. Et bien évidement, alors que le fils s’interroge, elle va se dresser contre la veuve gardienne du mensonge et faire la rencontre du fils. Ce dernier va découvrir un portrait différent que celui qu’il connaît de son père, différent et en même temps plus conforme à celui qu’il imaginait. Puisque ce père en effet, a aimé une autre femme puis l’a abandonnée.

Face à face

Le face à face des deux femmes, s’il commence par un bras de fer, finira, grâce entre autre à la volonté et l’intervention du fils, par une union retrouvée – les deux femmes à une époque avaient essayé de se « partager » l’artiste. La légende sera écornée, mais le talent du fils pourra éclore et les femmes veiller sur la mémoire d’un homme devenu plus humain.

Point de morale dans ce livre. Juste de l’humanité. Des réflexions profondes au sujet du génie artistique. Et au bout du compte, la superbe plume de Stefan Zweig tout aussi saisissante dans une pièce que dans ses nouvelles…

Stéphane Esserbé

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