Pierre Pelissier

Prosper Mérimée – Taillandier – 584 pages – 30 euros

Pour la postérité, il est l’auteur de Carmen, de Matéo Falcone et l’inventeur d’une dictée devenue célèbre. Prosper Mérimée pourtant, né en 1803 et mort en 1870, proche d’Eugénie, l’impératrice, était aussi académicien, sénateur, inspecteur des monuments historiques…

Cette biographie, documentée et détaillée, dresse le portrait d’un homme qui ne fut pas seulement un écrivain et qui n’occupe pas tout à fait la place qu’il devrait occuper dans l’histoire de la culture française. Prosper Mérimée en effet, s’il est malgré tout passé à la postérité en tant qu’homme de lettres, fut aussi un homme public important de son temps. Se gardant de faire de la politique, il n’en fut cependant jamais loin. Et les actions qu’il mena dans le cadre de ses fonctions administratives ne furent pas anodines. Occupant très jeune des postes dans les cabinets ministériels, il resta toujours proche des sphères du pouvoir. Et si cela ne l’empêcha pas dans sa jeunesse de mener une vie dissolue en compagnie notamment de camarades comme Stendhal, il dut aussi au hasard d’avoir ses entrées au plus haut sommet de l’état. Jeune en effet, lors de l’un de ses nombreux voyages, il fit la connaissance de Manuella de Montijo, de son mari et de ses deux filles, dont l’une, Eugénie, deviendra l’épouse de Napoléon III. Confident de cette dernière tout au long de sa vie, c’est tout naturellement que Mérimée eut ses entrées à la cour dès 1851 et qu’il devint un proche de l’empereur.

Un homme important

Familier des fameuses « séries » de Compiègne, il y donna, selon la légende, sa non moins fameuse dictée. Et il entretint également un commerce plus discret au nom de sa majesté avec des interlocuteurs étrangers qui ont fait dire de lui qu’il était aussi un peu espion. Mais son travail le plus important au service de l’état fut incontestablement celui qu’il mena en tant qu’inspecteur des monuments historiques, fonction qu’il occupa de 1834 à 1860 et à laquelle il donna ses lettres de noblesses en s’employant sans relâche au cours d’innombrables tournées qu’il mena dans toute la France, à préserver des monuments historiques souvent maltraités par les autorités locales.

Homme qui, comme le précise en fin de volume l’auteur de cette biographie complète dont la principale vertu est l’honnêteté, a mené de front sept vies tout en choisissant de traverser la vie masqué au point de dénaturer sa réputation, Mérimée disparut avec l’Empire.

Quelques mois plus tard, aux dernières heures de la Commune, son appartement, sa bibliothèque (fameuse), ses collections, brûlaient à leur tour dans l’incendie. Comme si tout concourrait à faire disparaître les traces d’un homme dont on a aujourd’hui du mal à mesurer l’importance.

Ces presque 600 pages, heureusement, qui se lisent agréablement et déroulent sans ennui le scénario d’une vie riche, sont maintenant là pour y remédier.

Stéphane Esserbé

Share Button
Ce contenu a été publié dans Biographie. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *