Pierre-Louis Basse

Gagner à en mourir – Robert Laffont – 144 pages – 14 euros

Gagner à en mourir de Pierre-Louis Basse

Gagner à en mourir

Que devient le sport quand il n’est plus un jeu ? Quel genre d’homme peut être capable de tout risquer pour un simple match de football ? Comment un match de football peut-il avoir l’impact d’une bataille ?

A ces questions, une seule réponse : une date. Celle du 9 août 1942. Le lieu ? Kiev. L’affiche ? FC Start/Flakelf. L’histoire…

Le match le plus important de l’histoire

Le 9 août 1942 avait lieu à Kiev le match le plus important de l’histoire du football. Il ne s’agissait pas d’une vulgaire finale de Coupe du monde ou autre championnat, mais d’un match opposant d’anciens joueurs vedettes du Dynamo de Kiev à une sélection de joueurs de la Luftwaffe (armée de l’air allemande).  En Ukraine, en 1942, alors que quelques mois plus tôt une grande partie de la population juive avait été massacrée de la pire des façons dans les fossés de Babi Yar, un championnat de football avait été malgré tout ressuscité, championnat dans lequel une équipe, malgré les privations, se distinguait. Cette équipe, le FC Start, avait en effet battu toutes celles qu’elle avait pu rencontrer au point qu’une sélection de l’armée allemande, la Flakelf, voulut à son tour l’affronter. Le match bien évidemment fut tout à fait autre chose qu’un simple match de football. Le public qui y assista, composé de soldats et dignitaires allemands d’une part et de la population de Kiev d’autre part, en eut tout de suite conscience. Et si les Allemands ouvrirent le score, les joueurs du FC Start égalisèrent pour finir par prendre l’avantage.

Une mi-temps comme au cinéma

Mais ce fut à la mi-temps que le match bascula, au moment où les autorités d’occupation firent comprendre à l’entraineur du FC Start qu’il devait exiger de ses joueurs qu’ils laissent leur adversaire gagner. Contre toute attente et conscients des risques qu’ils courraient, les joueurs ukrainiens refusèrent et gagnèrent la partie. Le match fut une victoire pour tout un peuple. Mais les joueurs, s’ils purent dans un premier temps rentrer chez eux et reprendre une vie normale, furent par la suite arrêtés et conduits dans des camps. Trois d’entre eux (les plus emblématiques) furent exécutés le 23 février 1943 d’une balle dans la nuque, un autre mourut des suites de ses tortures…
Ce livre, qui ne dit en réalité que très peu sur le déroulement de ce match exceptionnel, évoque malgré tout un épisode méconnu de la seconde guerre mondiale. Et si peu de document existe au sujet de ce match (une seule photo, en couverture de l’ouvrage), Pierre-Louis Basse, en 145 pages, parvient à y ressusciter la figure d’hommes qui trouvèrent un moyen tout à eux de résister à ce qui les oppressait. A l’heure où les polémiques du football moderne font parfois oublier qu’à la base celui-ci n’est rien d’autre qu’un jeu, ce livre est l’occasion de prendre conscience que parfois le sport peut-être bien plus que ce qu’il semble être.

Stéphane Esserbe

A noter qu’A nous la victoire, 1981 film de John Huston avec notamment Pélé, Sylvester Stalone et Michael Caine est inspiré de cet événement.

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