Pierre-Autin Grenier

C’est tous les jours comme ça – Finitude – 158 pages – 15 euros

Avec C’est tous les jours comme ça, Pierre Autin-Grenier fait à nouveau dans le registre dans lequel il excelle et grâce auquel il avait déjà livré l’inoubliable Friterie Bar Brunetti. On s’en réjouit…

Ce texte est avant tout un texte de résistance (le mot revient souvent). Anthelme en effet, témoin d’une époque chaque jour plus brutale, affairiste  et intolérante, nous livre, au fil de textes courts finement ciselés et d’où l’humour n’est jamais absente, autant de tableaux du quotidien d’une vie qui n’est pas la nôtre, mais qui pourrait le devenir. A mi chemin entre le fantastique, le conte et parfois la science fiction, ce sont en vérité autant de poèmes alarmants qu’il nous est donné de lire, et qui ne cessent de nous exhorter à ouvrir les yeux sur le monde d’aujourd’hui.  Ainsi, en conclusion d’un texte intitulé En terrasse au café, où Anthelme s’apprête à savourer le plaisir innocent de fumer une pipe avant que deux membres d’une milice étrange (l’Unité du Cadre de Vie) ne l’en empêche, peut-on lire :  On a beau dire, on ne m’empêchera pas de penser, sans vouloir pour autant pousser les choses, que le pouvoir affiche et étale aujourd’hui une débauche de brutalité propre à refroidir l’ardeur à vivre de bien des citoyens. » Anthelme veut vivre, simplement. Il veut pouvoir prendre son temps et se soucier du soleil dans le bleu du ciel quand l’occasion se présente.

Résistance

 Malheureusement, la société l’en empêche. Et il se trouve toujours quelque chose sur son chemin pour l’empêcher de jouir pleinement de ces instants de grâce.

C’est fou ce que la plupart des gens ont l’air pressés, préoccupés, et semblent  n’avoir d’autre but en tête que foncer droit devant dans la cohue, jouer des coudes et s’écraser les pieds pour arriver fissa à leurs affaires, grimper les étages de leurs bureaux plus vite que les marches de l’échafaud, sans égard aucun pour une journée comme celle-ci ni le moindre souci du soleil dans le ciel bleu.

Dans ce monde, Anthelme ne se sent pas l’aise. Mais heureusement, il n’est pas seul. Et on ne doute pas que certains personnages immédiatement sympathiques aux lecteurs ne puissent d’une manière ou d’une autre le soutenir. Il en va ainsi de la couturière du deuxième dont il envie le « trancheflic. » Ainsi que d’autres « personnalités » de l’immeuble, qui, calmes encore, se montreront évidemment tout à fait prêts à résister eux aussi au cas où…

Dans une succession de textes très courts et tous admirablement écrits, se dessine peu à peu le monde sans raison dans lequel évolue Anthelme. Des personnages récurrents apparaissent. Placés dans des situations dans lesquelles l’ubuesque se mêle au poétique. Dans ce genre d’exercice, Pierre Autin-Grenier excelle. Et son livre, dont la thématique parfaitement cohérente, le rythme  impeccable, tissent peu à peu la matière pétrie d’humanité, est bien plus qu’une réussite…

Stéphane Esserbé

Pierre-Autin Grenier est décédé le 12 avril 2014

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2 réponses à Pierre-Autin Grenier

  1. antoine dit :

    oui par les temps actuels il faut absolument lire ce livre qui est aussi une merveille d’écriture j’avais découvert ce bouquin sur le blog de pierre assouline :
    http://passouline.blog.lemonde.fr/2010/05/08/lire-peut-entrainer-des-lesions-cerebrales-graves/

  2. Merci. Nous suivons Pierre-Autin Grenier depuis « Toute une vie bien râtée. » C’est une grande plume.

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