Paul Lidsky

Les écrivains contre la Commune – Paul Lidsky – La Découverte – 146 pages –  9,50 euros

Publié pour la première fois en 1970, ce livre, Les écrivains contre La Commune, évoque La Commune de Paris telle que l’ont perçu et parfois raconté de grands écrivains de la fin du XIX ème siècle. Il ouvre un chapitre singulier dans lequel des écrivains de renom et peu connus pour leur hostilité au monde ouvrier, ont laissé parler leur haine…

La Commune de Paris fut un événement historique majeur de l’histoire de France qui déchaina les passions et qu’il fut durant de longues années difficile d’évoquer sans provoquer de scandale. Le monde des écrivains ne fit pas exception à cette règle. Et si l’on ne fut pas surpris de retrouver parmi les écrivains célèbres partisans de la Commune des poètes comme Verlaine ou Rimbaud, la plupart d’entre eux réagirent violemment face à l’évènement. Ce livre, bien que court, est un document étonnant analysant l’attitude de ces écrivains. S’appuyant principalement sur les écrits et la correspondance de ces auteurs, il s’attache à démontrer avec intelligence en quoi ces écrivains étaient totalement assimilés à la classe dirigeante de l’époque, même si souvent ils lui portaient un certain mépris.

Des écrivains effrayés par le peuple

Des auteurs aussi virulents que Flaubert, ou devenus célèbres pour avoir menés de nobles combats comme Zola, ne se sont pas privés en effet de leur diatribe envers les Communards. Listant ces auteurs, Paul Lidsky tente aussi d’expliquer leurs violentes réactions. Il explique leur attitude par les désillusions rencontrées par certains après leur implication dans la révolution de 1848, par le refus qu’ils observèrent ensuite à mener une quelconque action politique, et par leur conception aristocratique de l’art. Effrayés par la masse du peuple ouvrier, attachés aux valeurs d’un système pourtant voué à disparaître, ennemi farouche de l’instruction publique et du suffrage universel, ces auteurs, se sentant menacés au plus profond de ce qu’ils pouvaient être (des dépositaires du savoir), ont en fait eu un réflexe de caste qui les a violemment repoussé vers la classe sociale dirigeante. A l’instar du monde bourgeois, ils ont refusé de voir en La Commune un phénomène révolutionnaire dont les origines étaient sociales et économiques, ne la considérant que comme une convulsion, l’aboutissement d’une maladie dont était atteinte la société et qui fut finalement éradiquée dans un accès de violence ultime, aussi effroyable que nécessaire. Cette attitude, à priori étonnante, à la lecture de ce texte apparaît donc logique. Et le principal mérite de ce livre est de le faire comprendre. Augmenté d’une postface à la présente édition, c’est un ouvrage qu’il faut lire, si l’on veut chercher à être indulgent avec ces écrivains nantis.

Stéphane Esserbé

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