Laurent Binet

HHhH (Himmlers Hirne heisst Heydrich, le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich) – Grasset – 442 pages – 20, 90 euros

Le titre de ce roman interpelle. Le dit roman, s’il semble surfer sur des thèmes à la mode, plait…

Et c’est avec plaisir qu’on le lit. Et vite. Car il captive. Bien écrit, lisible, agréable, il saisit le lecteur et l’accapare. HHhH c’est tout d’abord l’histoire. L’histoire sanglante de la Seconde Guerre Mondiale. Et plus particulièrement celle d’un petit groupe d’hommes qui assassina l’un des favoris d’Hitler, Reinhardt Heydrich, à Prague, en 1942. L’auteur, passionné par l’histoire de ces hommes, de leur victime et de la guerre, se met lui-même en scène au cœur de la construction de son récit tant il est imprégné de ce qu’il écrit. C’est d’ailleurs l’originalité du livre. Le livre s’écrit en même temps que l’histoire, et celle du narrateur écrivant son livre avec la peur incessante de sombrer dans le romanesque aussi. Il s’agit d’un roman bien sûr, mais qui fait part de ses doutes. Car évidement, s’il est impossible de restituer le passé, il est tout à fait possible de ne pas sombrer dans l’expectative. C’est ce à quoi Laurent Binet, tout en étant conscient d’écrire un roman, s’essaie. Le tout donnant un livre prenant, qui mêle les genres au point de faire perdre la tête au lecteur.  Qu’importe.

Personnage du roman

Le narrateur est-il lui-même un personnage de son roman ? Est-il simplement un passionné qui a poussé à l’extrême l’exploration de sa passion en y consacrant un livre ? Est-il un historien ? Tout cela à la fois. Et le travail rendu est consistant. Le résultat à la fois singulier et classique. L’histoire de ces hommes qui se sacrifient prend à la gorge. On vit, on agit avec eux. Comme l’auteur. Ce livre, qui est aussi source de réflexion à propos de l’histoire, la manière de l’écrire et de la raconter, pose de bonnes questions. S’il se lit comme un divertissement, sa richesse surprend et fait revivre des événements passés et connus de manière différente. HHhH, au-delà de la fascination que peut parfois exercer l’épouvantable histoire de la Seconde Guerre Mondiale, est bien sûr un hommage rendu à un type d’hommes qui toujours, à certains moments tragiques de l’histoire, a su se porter en sacrifice afin de redonner un sens au mot espoir.  Le deux héros du livre, Joseph Gabcic et Jan Kubis, deviennent au fil du roman deux icônes intouchables dont on imagine l’intelligence et la détermination. A une époque où les héros ne sont plus guère que des sportifs milliardaires ou des hommes d’affaires, il n’est pas mauvais de faire connaissance avec ces hommes qui ont eu le mérite de rappeler que certaines valeurs restent malgré tout attachées à la condition humaine…

Stéphane Esserbé

Extrait du film Les bourreaux meurent aussi, inspiré des faits.

Share Button
Ce contenu a été publié dans Roman, avec comme mot(s)-clé(s) . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *