Klaus Mann

Point de rencontre à l’infini – Phébus – 304 pages – 23 euros

Point de rencontre à l'infini

Point de rencontre à l’infini

Avant le grand cataclysme, dans une Europe déjà meurtrie, des couples constitués de personnages désespérés se croisent et s’entrecroisent sans jamais se trouver…  Premier roman de Klaus Mann jusqu’à ce jour resté inédit en France, Point de rencontre à l’infini, livre méconnu, est un témoignage de ce que fut la vie d’une génération…

La génération perdue, celle qui, en Allemagne, avant l’avènement du nazisme, à dû vivre le temps d’une parenthèse dans un monde sans dessus dessous menacé de toutes parts (la république de Weimar), est le véritable personnage principal de ce texte. A travers le parcours de plusieurs figures d’une jeunesse allemande issue des milieux intellectuels et artistiques, c’est en effet le portrait d’une époque qui est dressé ici, époque qui, pour cette jeunesse, n’offrait pas le moindre soupçon d’espoir. La génération perdue, titre d’un autre livre de Klaus Mann resté également inédit en France jusqu’à tout récemment, ce sont donc les destins croisés d’une jeunesse brillante mais qui faute de trouver place dans le monde qui lui est donné de connaître, se brûle les ailes avant même d’avoir pris son envol. La fuite en avant est en effet le mode de vie privilégié de cette jeunesse. Qu’elle soit aisée, pauvre, sédentaire ou itinérante. Sans arrêt en mouvement, les personnages, parfois difficilement saisissables, semblent tous pris d’une frénésie de gesticulations stériles, comme s’ils se sentaient condamnés, emprisonnés.  Ils cherchent, tout en sachant que jamais ils ne trouveront leur voie. Suicides, prises de risque outrancière, drogue sont donc au rendez-vous. Pour, au bout du compte, laisser l’impression d’un immense gaspillage. A qui la faute ? A l’auteur (qui lui-même se suicida à Cannes en 1949) ? Aux héros ? En réalité, il faut plutôt regarder du côté de l’histoire. L’histoire, impitoyable, qui ne laissa à cette jeunesse, entre deux cataclysmes, aucun espace pour exister en dehors de ceux de la guerre et du totalitarisme. Klaus Mann, qui vécut cette expérience avec intensité, restitue ici son vécu et celui de ses congénères et laisse entrevoir sa propre fin. Dans ce livre écrit en 1932, juste avant l’arrivée d’Hitler au pouvoir et le départ de bon nombre d’intellectuels d’Allemagne, il semble avoir une prescience de ce qui sera le reste de sa vie.

Stéphane Esserbé

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