Gaston da Costa

Mémoires d’un communard – La Commune vécue – Larousse – 383 pages – 25 euros

En 1903, plus de 30 ans après les faits, Gaston Da Costa publie ses Mémoires d’un Communard. Proche de Raoul Rigault, procureur de La Commune, condamné à mort en 1871 et survivant de la déportation en Nouvelle Calédonie, il livre avec ces mémoires un document qui amène un éclairage différent sur les événements…

Dans ce livre, le souci de Gaston Da Costa n’est pas de faire l’apologie de La Commune mais au contraire d’essayer d’en raconter l’histoire avec le plus d’objectivité possible. Si, bien loin de là, en tant qu’adjoint de Raoul Rigault l’auteur n’a pas été neutre lors des événements, il ne dresse pas un tableau idéal de la Commune. Mais cherche au contraire à en comprendre et démontrer les forces autant que les faiblesses. Gaston Da Costa a été partie prenante, mais il a pris du recul et c’est cette distance qui fait de son témoignage un témoignage différent de celui des autres Communards. Essayant d’analyser l’échec de la Commune il pointe en effet les erreurs de cette dernière, au premier rang desquelles on pourra compter son incongrue propension à légiférer alors que l’heure était plus à la lutte armée. Si, comme Luc Willette dans sa biographie de Raoul Rigault parue en 1984 il soutient la thèse que Thiers a délibérément abandonné Paris à la garde Nationale fédérée pour mieux l’écraser par la suite avec des troupes fraîches libérées spécialement pas les prussiens, il n’est pas tendre envers tous les dirigeants de la Commune.

Enquête

Il rétablit également, grâce à une véritable enquête menée auprès des survivants, la véracité des faits les plus marquants de La Commune ; l’exécution des généraux Leconte et Thomas, celle des otages de la rue Haxo, et resitue chaque fois les événements dans leur contexte immédiat. Dans un texte pas toujours bien écrit, il réussit également à reconstituer clairement le déroulé des opérations militaires et conserve toujours le ton du témoin qui a su prendre la distance nécessaire par rapport à ce qu’il a vécu. Gaston Da Costa ne s’apitoie pas sur lui-même ni même sur le sort de ses camarades défunts. Il ne sombre pas non plus dans la nostalgie. Son récit, qui n’est pas chronologique et s’apparente plus aux « Cahiers Rouge » de Maxime Vuillaume qu’à L’ Histoire de La Commune de Prosper Lissagaray, dresse un portait plus vrai de L’insurrection, mettant bien en relief ses contradictions et incohérences. Da Costa, qui ne regrette rien et semble tout assumer, déplore l’incapacité de La Commune à s’organiser et à faire face à la situation (pourtant unique et historique), en même temps qu’il en loue le courage. Pour lui, La Commune fut sans nul doute l’événement qui marqua à tout jamais son existence, sans pour autant l’aveugler au point d’en faire un mythe. Dans ce livre, La Commune de Paris n’aura été qu’un événement historique et jamais Da Costa ne l’a envisagé autrement.

Stéphane Esserbé

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