Ferdinand von Schirach

Crimes – Folio – 257 pages – 6,17 euros

Crimes de Ferdinand von Schirach

Ferdinand Von Schirach

Quand un crime est commis, il arrive parfois qu’on éprouve plus de compassion pour le criminel que pour la victime… Un avocat peut tout à fait éprouver ce sentiment. Au même titre qu’il peut décider un jour de faire de son expérience des récits étonnants…

C’est, avec ce livre, ce qu’a fait Ferdinand von Schirach. Recueil de 11 nouvelles relatant toutes des crimes spectaculaires tant dans les faits que les circonstances qui ont poussées à les commettre, cet ouvrage évoque des histoires vraies.  Du médecin irréprochable qui toute sa vie a supporté une femme irascible pour au bout du compte finir par l’assassiner de la plus horribles des façons sans pour autant se comporter en criminel, à l’éthiopien surdoué qui mène une double de vie de scientifique brillant et de voyou tout en même temps, ce sont en effet des personnages tout à fait étonnants qu’il nous est donné de découvrir.

Mystère et complexité du crime

Des criminels, mais en même temps des êtres humains dont les mystères et la complexité parfois nous renvoie à nous même. C’est ce qui semble pousser l’auteur à s’intéresser à ces criminels. Et à éprouver pour eux une réelle compassion. Sans jamais condamner en effet, Ferdinand von Schirach semble avant tout comprendre. Les victimes peuvent parfois aussi s’avérer des bourreaux, et dans certains cas les crimes peuvent ne pas en être tout à fait. Ce qui n’empêche pas l’auteur de ne pas transiger avec la loi et de rester avec hauteur et sérénité dans l’exacte attitude que doit être celle d’un homme de loi, c’est-à-dire un homme qui essaie d’évaluer équitablement les facteurs et les circonstances par et dans lesquelles les crimes peuvent être commis. L’auteur, visiblement fasciné par les mystères de l’âme humaine sans pour autant s’avérer complaisant, réussi ainsi à établir des diagnostiques saisissants.

Au scalpel

Il décrit, expose, établit. Il va en profondeur et dresse un tableau saisissant des ressorts inconscients qui font que l’homme reste un mystère. Le diagnostic établit, les solutions s’esquissent. Et une certaine idée de la justice émerge. Ferdinand von Schirach plus qu’un autre en effet, jusque dans ses intuitions, semble être fait pour la justice. Et ses conclusions sont toutes empreintes de sagesse. Il jauge, comprend les hommes comme nul autour de lui ne semble capable de le faire. Il ne conclut pas, ne prodigue aucune morale. L’homme pour lui n’est ni bon ni mauvais. Il est sommé de vivre en société et doit en respecter les règles. Et s’il ne les respecte pas, ce n’est pas toujours réellement de son fait. Des mécanismes inexpliqués en lui peuvent l’y pousser. C’est en ce sens que les textes de Ferdinand von Schirach sont pétris d’humanité. La justice, ainsi rendue, car elle est rendue coûte que coûte, n’en présente qu’un visage plus humain.

Stéphane Esserbé

Share Button
Ce contenu a été publié dans Nouvelles. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *