Emmanuelle Urien

La collecte des monstres – Gallimard – 157 pages – 14, 49 euros

Les monstres sont parmi nous. Ils sont ici et là. Les monstres, vous pouvez les rencontrer partout. Emmanuelle Urien les connaît bien, et la collecte qu’elle en fait dans ce recueil constitue une galerie terrible qu’il serait dommage de ne pas visiter…

Une jeune femme au physique disgracieux qui passe des petites annonces pour trouver l’homme qu’il lui faut et comprend que ce dernier est là pour la tuer, un homme paranoïaque qui construit toute sa réussite autour de sa folie mais s’en délivre au moment où elle pourrait le sauver, un comptable juif recruté par les nazis pour inventorier les effets personnels des victimes d’Auschwitz… Autant de personnages dont les destins, pour diverses raisons, se trouvent broyés par l’absurdité et la cruauté de l’existence. Ce sont les monstres, ces figures, ces hommes, ces femmes que vous pourriez rencontrer à chaque instant dans votre quotidien. Ce sont aussi ces portraits que dresse, avec bonheur, Emmanuelle Urien dans ce recueil dont pas un texte ne fait plus de 12 pages et dont l’unité thématique est remarquable. On se laisse en effet envoûter par cette succession de personnages dont les vies d’un coup basculent, sombrent et se perdent.

De belles chutes

D’une plume sèche, précise et alerte, l’auteur établi, en 18 portraits de personnages bien souvent incapables de faire face aux aléas de l’existence un diagnostic sans concession de la cruauté du monde contemporain. Ces textes, d’un format homogène, courts, ménageant tous une chute spectaculaire et parfois à double effet (Le syndrome du père Noël), sont autant de véritables petites mécaniques de précision dont la maîtrise technique assure l’efficacité même si parfois la ficelle est un peu grosse (Converti en grammes). Ils se lisent comme des fables. Et renvoient au lecteur des clichés gris, mornes et cruels du monde actuel. L’espoir dans ce livre est peu présent. Et ce volume serait tout à fait noir s’il n’était pas teinté d’humour. Emmanuelle Urien, pour son troisième recueil, le premier chez Gallimard, signe donc ici un livre tout à fait dans l’air du temps, sans pour autant céder à la facilité. C’est louable.

Stéphane Esserbé

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