Stéphane Esserbé

Emile Zola et le Docteur Pascal

Emile Zola et le Docteur Pascal

Emile Zola et le Docteur Pascal

Avec le Docteur Pascal , Emile Zola met un terme à la fabuleuse entreprise littéraire que constitue l’histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire. Rédigé en 1892-1893 à la suite de La débâcle, ce livre, à plusieurs titres, occupe une place à part dans la série des Rougon-Macquart.

Le docteur Pascal

Le docteur Pascal est un savant inclassable qui vit retiré du monde avec sa nièce et sa servante. Il se consacre à d’inclassables recherches sur l’hérédité et a la particularité d’avoir pris pour objet de recherche sa propre famille (les Rougon-Macquart). Il a, sa vie durant, entassé une somme documentaire ainsi que le fruit de ses recherches dans une grande armoire qui détient tous les secrets de sa famille. Etrange savant en vérité, qui, à la soixantaine, s’apprêtant à vivre une histoire d’amour passionnée avec sa propre nièce de 35 ans sa cadette, ne manque pas de rappeler l’auteur de Germinal lui-même.

Emile Zola

Jeanne Rozerot

Jeanne Rozerot

Comme Zola, ayant consacré toute sa vie à l’étude, le docteur Pascal est sur le tard rattrapé par le désir de donner la vie. Comme lui, il mène un étrange « ménage à trois. » Difficile en effet de ne pas voir en Martine, sa servante intraitable, une évocation d’Alexandrine Zola, la fidèle, la femme maternelle qui veille sur le grand génie naturaliste. Difficile aussi de ne pas se représenter Clothilde, la nièce de Pascal, sous les traits de Jeanne Rozerot, sa maîtresse, avec qui Zola eut deux enfants tout en menant une double vie.

Le scandale

Le scandale dans ce livre, car il y a scandale, comme dans la vie de Zola à cette époque, est bien évidemment l’inceste. Dépeint avec une candeur et une naïveté qui stupéfie de son aplomb, il n’apparaît à aucun moment, bien au contraire, scandaleux. Comme si Zola avait décidé d’assumer sa situation en la transposant, de manière encore plus scandaleuse, aux yeux de tous dans un roman.

L’oeuvre

L’étroit rapport qu’entretiennent Zola et le docteur Pascal se conçoit bien sûr dans la perspective de l’oeuvre de Zola dans son ensemble. Mais aussi dans celle de la vie. La grande armoire qui contentait les fruits des recherches de Pascal, une fois vidée de son contenu après la mort de ce dernier (la mère de Pascal le brûle), accueillera ainsi les vêtements de nourrisson du fils que Pascal n’aura pas connu et dont Clothilde accouchera quelques mois après sa mort.

La vie

C’est donc, au bout du compte, la vie qui triomphe. La vie, faite de chair et de sang. Il faut donner la vie ! semble nous dire par delà les années Pascal Zola. Il faut donner la vie quel qu’en soi le prix. Et le prix, fort élevé, n’est-il pas d’accepter, après l’avoir observé comme Zola l’a fait durant de longues années jusque dans ses ressorts les plus sombres, le monde et les hommes tels qu’ils sont, avec cet espoir des lendemains meilleurs qui toujours semble vouloir revenir ?

Stéphane Esserbé

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Une réponse à Stéphane Esserbé

  1. Vincent dit :

    Pour découvrir les 20 volumes des Rougon-Macquart

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