Christian Gailly

La roue et autres nouvelles – Les édition de minuit – 123 pages – 13 euros

La roue et autres nouvelles de Christian Gailly

La roue et autres nouvelles de Christian Gailly

L’amour, fuyant, insaisissable. L’amour. Celui  qu’on a perdu, qu’on croit avoir trouvé, celui qu’on voudrait. Celui qu’on aura pas… Voilà bien le thème central de ce beau recueil…

Composé de textes courts et percutants, ce recueil au premier abord déroute. C’est celui d’une âme seule en effet. Qui ne trouve son salut qu’en agitant des rêves. Des rêves d’homme retiré, seul, d’une manière ou d’une autre. De cet écrivain qui de chez lui aperçoit une femme en panne sur une route et qui tout en allant la dépanner ne parvient pas à la retenir, à cet homme qui confectionne des gâteaux à sa voisine mais se voit signifier par son mari poliment qu’il doit cesser, l’accès à l’être aimé en effet, semble irrémédiablement condamné. Ce qui n’empêche pas les héros successifs de ces textes de continuer leur quête. Dans des situations inattendues, souvent sans aucune once d’espoir, ces textes courts nous renvoient aux contradictions qui peuvent parfois se trouver chez un homme. Désirer quelque chose ou quelqu’un, tout faire en même temps pour ne jamais l’atteindre… Le désirer au plus haut point, et se réaliser dans le moment ultime où l’on comprend l’impossibilité de ce désir… Sans doute, irrémédiablement, un creuset pour l’artiste, l’écrivain en proie au doute, l’homme qui ne vit que de fantasmes… Mais pour l’homme plus courant une torture sans cesse recommencée qui vire à l’obsession et à la maladie.

Des personnages fatalistes

C’est, curieusement, ce qui fait la beauté de ces textes qui mêlent désespoir et envie, aspiration au mieux et fatalisme. Les personnages pour autant sont loin de se plaindre de leur condition. Et paraissent accepter leur sort. Se réalisant dans la douleur, ils sont conscients de leur destin, et ne cherchent rien d’autre qu’à l’accomplir. Ce livre est donc celui de la solitude et des rendez-vous manqués. De l’amour, résolument et salutairement impossible. On devine beaucoup d’abnégation chez ses personnages lucides qui ont intégré comme chose acquise l’impossibilité du bonheur. Et un auteur dont la lucidité n’a d’égale que la pureté du style.

Stéphane Esserbé

Christian Gailly est décédé le 4 octobre 2013

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