FAUT ESPERER
La chronique d'Hector Plasma
Alors la crise, comment elle va ? Est-ce qu’elle remplit bien son office ? Est-ce qu’elle fait vendre ?
Elle est bien là en tous les cas. Partout. Sur toutes les unes. Elle invente des recettes, fait naître quelques trucs, tous labélisés « crise », la vraie. Pas celle d’hier non la petite. Pas celle de demain la dérisoire. Non, celle d’aujourd’hui la méchante. La grosse. L’implacable. La vraie. Qui fait trembler le monde plus que le sida et la grippe aviaire réunis. La guerre en Palestine en Irak en Afganistan ? La famine en Afrique ? Pfuit. Bagatelle ! Il n’y a que la crise. Partout. C’est que, il faut en profiter de notre crise. Ca peut ne pas durer. C’est que c’est comme le reste une crise. Ca peut bien s’arrêter. La mode peut en passer. On aurait fait tout ça pour rien ! Sans blague ? Il faut la bichonner. S’en occuper. Bien montrer ceux qui souffrent. Parler de ceux qui en profitent. Pour qu’elle soit encore pire. Aller au bout quoi. La rentabiliser. Et après on verra… Après ? Faut espérer qu’on s’en remettra pas.
Villiers de L'Isle Adam
TABLEAUX DE PARIS SOUS LA COMMUNE - SAO MAÏ- 103 pages
- 6 €
A priori, rien ne destinait le comte Jean-Marie-Matthias-Philippe-Auguste de Villiers de l’Isle -Adam, auteur des « Contes cruels » et royaliste notoire, à soutenir une révolution prolétarienne. C’est pourtant ce qu’il advint lorsque La Commune de Paris éclata…

En 1871 en effet, alors que des écrivains glorieux comme Flaubert ou Daudet ont largement vilipendé la révolution du 18 mars, certains autres, comme Verlaine ou Cros, choisirent de la soutenir. Malgré la répression sanglante que connut La Commune, des témoignages subsistent de ces soutiens. Les textes présentés ici en constituent un bel échantillon.
Ces tableaux sont en réalité 5 textes courts et de longueur inégale parus sous La Commune. Ils évoquent la vie parisienne pendant la révolution prolétarienne où des épisodes fameux de celle-ci. Ils sont bien évidemment d’une grande qualité littéraire, tous favorables à La Commune, et d’un point de vue historique intéressants. Leur principal intérêt est d’évoquer La Commune sous un jour qu’on ne connaît pas. Des pans de la vie quotidienne y sont dévoilés, et des scènes qui n’ont pu se produire que sous La Commune y sont décrites. La position particulière de l’auteur vis-à-vis de La Commune en rajoute à l’intérêt de l’ensemble. Les textes qui composent le livre en effet échappent au clivage traditionnellement d’usage lorsqu’on évoque la révolution du 18 mars 1871. Ils ne sont ni de la plume d’un Versaillais, ni de celle d’un Communard ou d’un sympathisant, mais de celle d’un homme de lettres qui a trouvé en La Commune un écho à ses rêves les plus profonds. Villiers de l’Isle-Adam, apparemment contre toute attente, a épousé la cause de La Commune dès le début, non pas par conviction politique, mais principalement en raison des spectacles et de l’atmosphère qu’elle fit naître dans les rues de Paris. Paris, entre le 18 mars et le 28 mai 1871, fut une ville libre où la bourgeoisie ne régnait plus et où par conséquent toutes ses valeurs mercantiles à peine déguisées par l’alibi du progrès n’existaient plus, ce qui ne pouvait manquer de plaire au comte de Villiers de l’Isle-Adam. C’est par romantisme que Villiers a épousé la cause de La Commune. Parce qu’il a senti, que pour un temps, l’humanité se rapprochait un peu d’elle-même alors que le mouvement même des sociétés modernes rend ceci impossible. Comme le souligne le préfacier du livre, Villiers en La Commune ne voyait pas le progrès mais au contraire un retour à certaines « habitudes archaïques » dignes du Moyen-âge, comme celle de se ruer « dans les églises pour les réunions politiques sauvages qui s’y tenaient » ou bien encore « dans la rue pavoisée sur fond de bombardements incessants. »
On retrouve dans ses textes un Paris qui vit, chante, crie, s’exprime, loin du conventionnel policé du Second Empire. « Paris a survécu. Le soleil brille sur la révolte », comme le dit l’incipit du premier tableau. Tandis que d’autres textes sur les fameux clubs de La Commune, où dans les églises tout un chacun pouvait librement s’exprimer, continuent le portrait d’une ville, d’une monde qui se retrouvent pour se fêter dans « les cafés chantants » que seul le glas de la répression viendront faire taire.
L’ensemble se termine par un texte postérieur à La Commune, mais qui décrit, comme pour mieux souligner l’extraordinaire expérience que fut cette révolution prolétarienne, un Paris retourné à la raison et livré au couvre-feu, portant ainsi son propre deuil.
Stéphane Esserbé
AUTRE CHOSE
PAR JEAN-RENE GODULE
Je voulais autre chose. L’envie m’en était arrivée. Depuis longtemps je cherchais plus. Je ne pouvais rester ainsi. La vie ne me suffisait pas. Agir… C’était impératif. Mon esprit s’échappait. Ce qu’il fallait c’était créer. Tout transcender. Les jours me paraissaient si longs. Le temps si difficile. En moi cela tremblait. Oh l’autre monde ! Existait-il ? Comment était-il fait ? En esprit je filais. L’horizon se montrait. Il m’aspirait. Ma quête était sans fin. Quelle était-elle ? Le pis est que je ne savais pas ce que je recherchais. La grâce ou la vie éternelle ? Peut-être. Quelque chose d’absolu. Une aventure. Une illusion. Tous les jours qui filaient… J’étais heureux mais inconscient. Oh le bonheur… Il est dans l’ignorance. En moi montait une colère. J’avais une exigence. Il fallait l’au-delà. Toujours pousser plus loin. Fixer un point. Comme s’il n’y avait pas de solution. J’étais ici et je n’y étais pas. Je n’étais pas tenu au monde. Je n’avais pas de point d’attache. J’errais.
La citation de la semaine
"Ceux qui ont dit "non" ont transformé le monde. Il est rare que, de leur vivant, le monde leur en ait été reconnaissant."
Jean-François Kahn - Marianne hors série Août-Septembre 2008
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