N° 85 du 27/07/09

VOUS EN DITES QUOI ?


HUMEUR

La chronique d'Hector Plasma

On savait qu’elle chantait. On était au courant qu’elle avait fait une belle carrière. On n’ignorait pas non plus qu’elle était belle. Et maintenant, voilà qu’on lui découvre un cœur énorme.

 

Critique de livres : Comme les autres Ce doit être, évidemment, une personne désintéressée. Elle ne voulait plus chanter. Et voilà que pour un grand homme elle a recommencé. Oh ! Bien sûr, c’était exceptionnel. Elle l’a fait par bonté. Avec son mari, hop, elle a pris l’avion, a filé à New York pour y pousser sa chansonnette. Son mari était là bien sûr dans le public. Il se faisait discret. C’est que, il est des choses qu’on fait comme ça, qui doivent rester dans l’ombre. On ne fait pas étalage des bontés qu’on a. On est pudique. On œuvre dans l’intimité. Certes si une caméra ou deux ici ou là se fait curieuse on ne va pas la fuir, mais on ne fera rien, sûr, pour s’exposer. Tout ça est comme un conte de fées. Quelque chose d’idyllique mais pourtant vrai. Un rêve. Oui mais voilà Nicolas S. n’est pas un prince charmant et Carla B. pas une princesse. Ce sont deux êtres infâmes qui aiment à se montrer. Berk berk et berk ! Cette mise en scène abjecte ! Ca vous a plu ? Nous pas. Et même on a eu honte ! Heureusement qu’on pas voté pour ! Parce que là… Et vous, qu’avez fait le contraire, vous en dites quoi ?

 

 

 


LIVRES

Villiers de l'Isle-Adam
LE BOURGEOIS MIS EN PIECES - SAO MAÏ - 89 pages - 7 €

 

Le bourgeois. Cette créature médiocre, avide, qui ne se réalise que dans la possession et la jouissance du bien pas toujours bien acquis. Le bourgeois, cet homme ignoble et détesté fut, au XIXe siècle, un sujet important de la littérature. Villiers de l’Isle Adam, avec cet ensemble de textes intitulés « Le bourgeois mis en pièces », nous en livre une belle illustration…

 

Critique de livres : Villiers de l'Isle-Adam

Qu’est-ce qu’un homme, qui, pour avoir des frissons, se laisse enfermer une nuit dans le musée de Madame Tussaud de Londres afin d’y éprouver, sous la guillotine, ce qu’éprouvèrent les condamnés à mort… Qu’est-ce qu’un autre, qui, sous prétexte qu’il aime le chant du cygne, s’embusque dans les parcs d’une ville afin d’y provoquer la mort des somptueux volatiles pour pouvoir jouir de leur chant ? Un bourgeois, évidemment. Un être tantôt ridicule et pathétique, comme Monsieur Redoux, et tantôt cruel et sans pitié. C’est donc à sa figure à laquelle s’est attaché Villers dans ce recueil dont l’intention, comme souligné dans le titre, est clairement de le mettre en pièce. En 7 textes assez brefs, c’est chose faite.

 

Et même si parfois il est difficile de rentrer dans la phrase précieuse et hachée de l’auteur, on en reste pas moins conquis par ce portrait au vitriol. « Les phantasmes de Monsieur Redoux » spécialement, placé en tête du livre, est un texte digne de figurer dans les anthologies tant il est riche des symboles qui mettent à mal tout ce que peut représenter la bourgeoisie. L’histoire de cet homme qui se laisse enfermer dans le musée de madame Tussaud un soir afin de s’installer sous la guillotine n’est rien d’autre qu’une fable ironique destinée à rappeler au bon peuple bourgeois les grandes frayeurs qu’il dut éprouver lors de la Terreur de 1793. Monsieur Redoux, brave homme bien tranquille qui part s’encanailler à Londres et se laisse aller à une folie ne s’y laissera plus prendre. Les frissons, les vrais, les grands élans de l’âme, la démesure, tout ça n’est pas pour lui. Lui n’est bon qu’à faire du commerce ou à jouir de sa rente. Malheur à lui s’il s’aventure sur d’autres terres ! Il ne sait pas ce qui l’attend. Et tous les bourgeois de ce recueil sont à l’image de Monsieur Redoux, même les jeunes fiancés (« Virginie et Paul »), qui, au moment de se préparer à célébrer leur union, ne voient en celle-ci qu’une association dont le but principal est d’asseoir leur position sociale.

 

A l’évocation de ces bons bourgeois dont la bêtise et l’avidité sont aussi cruellement évoqués dans le corrosif « Les brigands », Villiers ne peut s’empêcher de finir sur une note menaçante. « L’Etna chez soi » en effet, texte de facture originale mais difficile à apprécier et dans lequel il n’est question que d’explosifs et de la manière de s’en servir, résonne comme le courroux d’un homme qui, ainsi que le souligne le préfacier du texte, n’a de cesse de rendre le bourgeois fous « pour l’assassiner plus à loisir et plus sûrement. » Un recueil à ne pas manquer.


Stéphane Esserbé

 

 


PROSE

UN CAFE

PAR JEAN-RENE GODULE


Critique de livres : Un caféJe bois un café. Je suis assis en salle et regarde la tasse. Le tourbillon creusé par la cuillère m’emporte. Je me sens oublié. Autour de moi s’ordonnent les choses. Pourtant… Je n’agis pas. La seule conséquence immédiate de ma présence a été la venue du serveur qui m’a apporté ma tasse. Je m’en contente. C’est ce que je cherchais. Je suis libre, hors de mon moi social. Je lis, et regarde au dehors.
La société ici n’a aucune importance. Je n’ai aucune attache. Je profite du moment. Je goûte à chaque seconde. Je me repais des vibrations. Je sens, vois, entends. Mes impressions dans leur globalité d’un seul coup se concentrent. Et il me semble que le temps s’arrête. Ma journée est finie. Tout ce que je puis faire maintenant d’humain ne compte pas. Je me lève, sors. Je quitte le monde. Après je vais me perdre. Il y a, dans la rue, des traces que je poursuis. Aspiré je me laisse aller, redécouvrant la ville. Je sens l’abandon me gagner. Je ne suis plus. Avec le jour qui monte mon être se défait. Je ne cherche plus à le tenir. Les rues, les bruits me grisent. J’aime ce moment, cet instant où mon âme se fond aux murs. Les perspectives me semblent mortes. Je n’ai plus de questions. Je suis comme les façades. Mais je ne le sens pas. Le goût du café me reste dans la bouche. J’ai chaud. L’inconnu c’est la ville. Je vais là où je suis allé déjà. C’est l’unique moyen de survivre. Il y a, dans l’air, des chants auxquels je suis sensible. Qui me transportent. Depuis la première gorgée de café, j’ai déjà touché l’horizon. J’ai parcouru des galaxies. Les hommes n’ont plus aucun visage. Les murs me parlent. Quand le temps me rattrape, je retrouve toutes mes forces.

 

 


CITATIONS

La citation de la semaine

"Mon corps n'est pas autre chose que ma volonté devenue visible."

 

Clément Rosset - Schopenhauer, philospohe de l'absurde

 

 




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