C'EST LOUCHE
La chronique d'Hector Plasma
Alors on va le dire franchement : nous, on trouve ça louche. Que des méchants empêchent les trains rapides de circuler on peut pas dire qu’on trouve ça bien mais que tout d’un seul coup on attrape des coupables en précisant à tous que ce sont des gauchistes…
Qu’on les traite comme les pires bandits alors qu’au fond ils n’ont ni tué ni même violé. Et surtout qu’on les prenne comme ça et les mette au secret… C’est bizarre. D’autant que c’est pas un fait isolé. On interpelle des journalistes. On investit les rédactions. On met même aux arrêts des édiles dans des municipalités maffieuses. On vous colle des amendes si vous n’êtes pas d’accord. Mais il n’empêche, des voyous, des vrais, et des notoires, sont toujours à leur poste. Qu’ils soient maires ou chefs d’entreprises, eux, on les importune pas. Et même quand un député tue on dit de lui qu’il a commis l’irréparable. Et des gens qui s’attaquent aux trains sont de grands criminels ? On comprend pas (ou bien trop bien). On trouve ça vraiment louche. Et ce qui nous inquiète c’est que personne ne réagit. Que comme les journaux le suggèrent on trouve ça très normal. Jusqu’où tout ça ira ? On encourage la délation sur internet et puis bientôt ? Qu’est-ce qu’on va faire ? Vous le savez ? Jusqu’où vous allez accepter ? On se pose la question. Tant qu’on le peut on le fera. Et si un jour la police vient…
Victor Davis Hanson
LA GUERRE DU PELOPONESE - Flammarion - 480 pages
- 26 €
L’homme fait la guerre depuis toujours. Et, ce qui lui permet de s’autoriser à tuer ou à détruire, peut à certains moments lui apparaître sinon bon, du moins suffisamment important pour qu’il consente au pire. La guerre du Péloponnèse, qui eut lieu voici 2500 ans, est à ce titre très riche d’enseignements…
Dans ce livre, « La guerre du Péloponnèse », Victor David Hanson mène une enquête étonnante au sujet d’un conflit, qui, bien que vieux de 25 siècles, n’est pas sans rappeler certains de ceux que le monde moderne a connu au siècle dernier. Ce conflit en effet, qui durant 27 ans vit s’opposer les cités grecques d’Athènes et de Sparte et eut lieu entre 431 et 404 avant notre ère, fut meurtrier et marqua un tournant dans l’histoire de la guerre.
Jusqu’alors, la guerre avait ses règles. Elle était en quelque sorte propre. Lorsqu’un différent opposait deux cités, celles-ci envoyaient leurs soldats vers un lieu propice au combat et la guerre bien souvent se résumait à une bataille qui ne durait que quelques heures. Les victimes étaient peu nombreuses. Les civils, les cités n’étaient pas touchés. Seuls les hommes, spécialement entrainés pour cela, s’affrontaient.
Avec la guerre du Péloponnèse, que l’auteur qualifie de première guerre totale, on connut des sièges impitoyables, des massacres de civiles et d’otages, des coups de mains, et un grand nombre de victimes.
Organisé en thématiques, ce livre, qui ne suit pas l’ordre chronologique des événements, est une remarquable source documentaire sur l’histoire de la guerre et celle de la Grèce Antique au moment de la mort de Périclès. Tous les moyens par lesquels les belligérants se sont opposés pendant près de 27 ans font l’objet d’une étude approfondis. Les spécialités des athéniens et des spartiates y sont longuement exposées. Et les facteurs qui font qu’une guerre puisse être perdue ou gagnée méthodiquement analysés.
Pourquoi les spartiates préféraient-ils se battre sur terre plutôt que sur mer ? Pourquoi les grecques en général n’aimaient-ils pas mener des sièges ? Pourquoi Sparte, au final, bien que moins puissante que sa rivale Athènes, gagna-t-elle la guerre ? Victor Davis Hanson n’oublie rien dans ce livre exhaustif qui, en se penchant sur un conflit très bien connus, pousse le lecteur à nourrir une réflexion sur le rapport qu’entretiennent la guerre et l’homme de manière générale.
« La guerre est notre père à tous », écrivait Héraclite. Et la lecture de ce livre, qui évoque une période de l’histoire de l’humanité où la démocratie athénienne rayonnait au point de constituer aujourd’hui encore un certain idéal de civilisation, montre bien à quel point elle est indissociable des activités humaines. Même au sein des plus grandes civilisations.
Stéphane Esserbé
LES TRAINS
PAR JEAN-RENE GODULE
J’entretiens depuis très longtemps avec les trains une relation étrange. J’aime les trains. Ils m’ont toujours emmené loin. Enfant, j’en rêvais très souvent. J’aimais fixer les paysages, suivre les voies. Le bruit régulier me berçait. Prendre un train était une aventure. Les grosses machines m’impressionnaient. Et leur mouvement me stupéfiait. Il y avait de la magie. Avec eux je partais. J’oubliais la misère. Je voyais l’avenir. La vitesse me grisait. Je n’avais pas besoin de savoir où j’allais. Il suffisait de prendre place. Les chefs de gare étaient comme de grands capitaines. Les gares de grands palais. Le transport était grand. L’espoir à sa mesure. Les trains. Ils grondaient. Faisaient trembler le sol. J’éprouvais tant de joie à voir un train. Leur bruit sonnait comme un appel. Fermant les yeux je me laissais guider. Et tout se transformait. J’étais plus grand. Je m’évadais. Dans le grondement j’allais au rendez-vous. Il y avait des promesses. Le ciel était plus beau. Un horizon. Un monde très différent. Comme dans un rêve. Où tout était plus pur. Ce n’était pas hasard. Plus qu’un voyage. Une autre vie. Une projection. Plus que moi-même.
La citation de la semaine
"Celui qui attend est toujours plus fort que celui qui s'enfuit."
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