Michel Onfray

Traité d’athéologie – le livre de poche – 315 pages – 6,50 euros

L'ordre libertaire de Michel Onfray

Traité d’athéologie de Michel Onfray

Un traité d’athéologie. Pourquoi faire ? Voilà enfin une question intéressante. En effet, à l’heure où il peut paraître inéluctable d’avoir à choisir son camp entre celui d’un islam radical et cet autre d’un Occident judéo-chrétien libéral, tous deux éminemment violents et intolérants, quel espace reste-t-il à l’homme pour qui la raison doit avoir toute sa place dans la société ?
C’est à cette question importante et délicate que s’est attaché Michel Onfray dans ce best-seller de philosophie paru en livre de poche un an après sa publication chez Grasset, capitale, même, en regard de l’actualité.

Retour du religieux

Le religieux effectue-t-il un retour menaçant au sein des sociétés dites laïques comme l’est en théorie la nôtre ? Sommes-nous réellement sommés de prendre parti ? N’a-t-on pas d’autres alternatives ? Avec la ferme volonté d’évoquer l’athéisme non plus comme un vice toléré par des sociétés devenues trop laxistes à force de progrès, en s’attachant à établir cet athéisme comme l’autre voie possible, humaine et progressiste, dégagée enfin, et totalement, de tout terreau religieux, Michel Onfray suscite une réflexion intéressante. Son traité d’athéologie ne visant à rien d’autre, en dénonçant au passage tous les travers et crimes des trois grands monothéismes, qu’à dresser un portrait de l’athéisme tel qu’il devrait être, c’est à dire libéré de tout héritage culturel judéo-chrétien et solidement ancré dans la société. Car qu’est-ce que l’athéisme ? Le simple fait de ne pas croire en Dieu ? Celui de ne pas fréquenter église, mosquée ou synagogue ? Non pas. Pour Michel Onfray, l’athéisme aujourd’hui, n’est rien d’autre que la liberté, ou plus exactement le droit à la liberté.

Droit à la libérté

Composé de 5 parties : Athéologie, Monothéismes, Christianisme, Théocratie et Bibliographie, écrit dans une langue accessible à tout lecteur digne de ce nom, ce livre en effet a le grand mérite de remettre les choses à leur place. Oui « la religion du Dieu unique (…) travaille à la haine de soi, au mépris de son corps, au discrédit de l’intelligence, à la déconsidération de la chair. » Oui « elle fomente le mépris, la méchanceté, l’intolérance qui produisent les racismes, (…) le colonialisme, les guerres, l’injustice sociale. » Oui « regarder l’Histoire suffit pour constater la misère et les flots de sang versés au nom du Dieu unique… » Il n’est pas inutile de le rappeler. L’athéisme ? « Alors que le 11 Septembre vu par les Etats-Unis, donc l’Occident, somme tout un chacun de choisir son camp dans la guerre de religion qui opposerait le judéo-christianisme et l’islam, on peut vouloir échapper aux termes de l’alternative posés par les protagonistes et opter pour une position nietzschéenne : ni judéo-chrétien, ni musulman pour la bonne raison que ces belligérants continuent leur guerre de religion entamée depuis les invites juives des Nombres… » Tout est dit. Et l’on comprend alors l’importance de ce livre. Piqûre de rappel à tous ceux qui, tentés par les dangereux appels aux meurtres et à l’intolérance lancés depuis quelques années ici et là, il constitue une véritable enquête historique menée à la fois pour dresser un état des lieux des mensonges non moins historiques attachés aux trois grands monothéismes et véhiculés depuis des siècles, en même temps qu’un plaidoyer pour la reconnaissance du droit à vivre hors et loin du religieux au sein de la société civile.
Pour Michel Onfray, l’histoire de Jésus telle qu’on la raconte n’est qu’une « histoire de faussaire » qui « sévit encore aujourd’hui dans des millions d’esprits formatés par cette incroyable histoire construite avec du vent », « La Torah propose la première version occidentale des nombreux arts de la guerre publiés au fil des siècles… », « Le Vatican aime Adolf Hitler » (titre du chapitre 5 de la partie 4 du livre), et « la révolution iranienne accouche d’un fascisme islamique inaugural dans l’histoire de cette religion. » C’est dit. Cela tombe bien, car il fallait que ce soit fait.

Stéphane Esserbé

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Une réponse à Michel Onfray

  1. ZEPPA André dit :

    Michel ONFRAY,
    dans votre traité d’athéologie vous faites passer Jésus pour un homme violent. Vous citez l’épisode où il chasse les marchands du temple avec un fouet, d’après l’évangile selon Jean 2:15. C’est d’ailleurs le seul évangile qui mentionne cela. Matthieu 21:12; Marc 11:15 et Luc 19:45 omettent le fouet. Nulle part dans les évangiles il est dit de Jésus qu’il était violent. Bien au contraire, nous lisons en Matthieu 11:28-30, ceci: « … je vous soulagerai, … je suis doux et humble de coeur, … mon joug est doux et mon fardeau léger. » Est-ce là les traits d’une personne violente? Pour revenir au fouet utilisé par Jésus, ne vous est-il pas apparu qu’il était utile pour chasser les « animaux »?
    Il n’empêche que j’admire votre action et votre courage. Mais je ne pouvais pas laisser passer cette contre-vérité. Salutations. André ZEPPA

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