ECRIRE UN ROMAN A-T-IL ENCORE UN SENS ?
Par Otto Didakt
Le roman de nos jours, du moins en France (mais la France est-elle encore une terre de littérature), reste toujours le genre le plus prisé des écrivains. Il faut en effet pour être reconnu écrire des livres conséquents. Un écrivain forcément se doit tôt ou tard d’écrire un roman. Un poète, un nouvelliste à côté, feront toujours figure d’auteurs légers. Plus de quatre siècles après son avènement, le roman règne toujours et accapare une bonne partie de la production littéraire officiellement reconnue. Est-ce justifié ?
La mort du roman
On a déjà beaucoup parlé de la mort du roman. Mais celui-ci est toujours là, du moins en apparence. En librairie, dans la presse, il a toujours pignon sur rue. Cela semble paradoxal à une époque où l’image prédomine et où la vitesse se décline même dans le mode de consommation des produits culturels. Le roman pourtant règne toujours. S’apparente-t-il pour autant toujours à de la littérature ? Après son triomphe au XIX e siècle, après Proust, y a-t-il littérairement parlant toujours du sens à vouloir écrire un roman ?
Tous les romans se ressemblent
Le roman, dont l’un des vices les plus insupportables est de
vouloir proposer une représentation du monde dans sa totalité et selon
des conventions admises par une grande majorité (tout dire, tout décrire,
en maîtrisant tout…), depuis longtemps, n’est plus un objet littéraire.
Il est bien trop respectueux des conventions pour ça. Un roman doit forcément
raconter une histoire, avec un début, un milieu, une fin. Quels qu’en
soit le style et les outrances. Le roman développe, décrit, laisse s’exprimer
des personnages. Il fait cela depuis quatre siècles. Il n’expérimente
plus. Il n’essaie plus. Tous les romans se ressemblent, surtout ceux à
la mode. Ceux-ci de nos jours laissent croire qu’en adoptant un style
cru l’audace littéraire est toujours là. Mais le style et la syntaxe sont
pauvres (cf Amélie Nothombs). En général, plus le roman est gros, moins
il est littéraire. On écrit des romans pourquoi ? Parce que c’est plus
facile à vendre ? Mais la littérature ?
Tout a été dit
Tout a été dit. Et fait avec le roman. Aujourd’hui on « produit » des romans. De temps en temps ici et là chez de petits éditeurs des textes de qualité meilleure (des romans étrangers souvent, cf David Albahari). Mais en substance… Le roman ne sert plus guère qu’à raconter ses souvenirs, sa vie, ses mésaventures, déboires ou autre. Il ne transforme plus le réel et se contente de le restituer de la manière la plus vendable possible. A l’opposé de toute littérature. Qui commence à écrire avec un roman ? Qui cherche vraiment à un écrire un roman ?
La poésie existe encore
Bon
nombre d’auteurs ne commencent pas à être publiés suite à la rédaction
d’un roman. Les nouvelles, la
poésie existent encore. Les
auteurs sont d’abord publiés en revue. Ils sont remarqués.
Et très vite on leur demande d’écrire des romans. Car
c’est ce qu’il faut faire. C’est
ce quoi à quoi le public est habitué. Honte au poète.
Un bon roman, bien trash et libéré aura un grand
succès. Il est consternant de nos jours
de lire tous ces textes en ayant l’impression d’avoir
toujours affaire au même. Et de constater que les éditeurs
débusquent les talents pour
les formater afin de leur faire fabriquer et vendre des
romans (cf Anna Gavalda). Mais il en est ainsi de la
littérature depuis toujours. On publie
et on oublie. Les succès d’aujourd’hui seront les oubliés
de demain. Et le roman…
Le roman et la littérature n'ont plus grand chose à voir ensemble
La vraie littérature se trouve chez ceux qui résistent
et ne vendent pas leur âme au roman, au risque de rester
méconnus. Dans cette mesure, et sur un plan strictement
littéraire, cela fait longtemps
qu’écrire un roman n’a plus de sens. Contentons-nous
de raconter nos tribulations sans parler de littérature.
Le roman et la littérature n’ont plus grand-chose
à voir ensemble, et le renouveau actuel de la forme
courte n’est pas pour dire le contraire.
Edito
Au lecteur !
Comme vous l'aurez sans doute remarqué, lenonsens, avec son dernier numéro, change de formule et vous présente à cette occasion son nouveau chroniqueur : le bien nommé Otto Didakt, qui viendra, quand bon lui semblera, vous distiller sa prose érudite. Ce qui ne vous empêchera pas de me retrouver régulièrement ainsi que Stéphane et Jean-René. Nous avons en effet ces derniers temps beaucoup réfléchi à l'évolution de notre site et avons décidé d'apporter quelques petites optimisations qui devraient nous permettre de toucher plus de monde et de mettre à jour nos pages plus souvent. Nous vous rappellons enfin que vous êtes tous cordialement invités à vous manifester et à vous exprimer sur notre site qui repart donc de plus belle dès aujourd'hui. Enfin, pour un meilleur confort de lecture et dans l'espoir d'être mieux indexé par les moteurs de recherche, nous ne publierons plus, à chaque numéro, qu'une chronique, quel qu'en soit l'auteur.
Pour ma part, je vous invite, cette semaine, à relire ma chronique du 3 juin 2007. Elle est d'actualité.
A la prochaine !
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