N° 73 du 23/12/08

MERCI


HUMEUR

La chronique d'Hector Plasma

Il devient difficile de dire les choses. Appeler un chat un chat redevient lentement risqué. Ne rien dire parait préférable. On se trouve de nouveaux ennemis. On stigmatise. On porte plainte.

 

On trouve à nouveau normal que d’autres pensent pour soi. On reparle morale, discipline et respect. Mais où va-t-on ? Est-ce l’arrivée aux hautes fonctions d’un homme prétendument d’un genre nouveau qui nous oblige à ça ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Pourquoi sommes-nous à nouveau obligés de subir ? Les temps sont difficiles, l’avenir incertain. Il y a des troubles… Aussi, de vieux réflexes ressurgissent. La peur… Il faut terroriser. Vive la sécurité. On espionne. On interdit. Les sales gauchistes sont de retour. Que faire ? A en croire la plupart il faut attendre, rester bien dans son coin, jusqu’à ce que ça tombe. Pour l’instant ça ne m’atteint pas, alors… Il y a assez de problèmes. Qu’on intente des procès, qu’on cherche à effrayer les journalistes, après tout, suite aux années d’errance… Ca peut pas faire de mal. L’ordre. C’est ça on remet tout en ordre. Il va falloir à nouveau apprendre à se taire. Il va falloir qu’on se soumette. Puisque personne ne réagit. Laissons les faire. On fera comme toujours, on agira lorsqu’il sera trop tard. Une fois qu’on pourra pas le faire sans casse. C’est triste. Mais c’est toujours comme ça. C’est pas nouveau. Il n’y a rien à faire. Merci d’être aussi bête !

 

 


LIVRES

Robert-Louis Stevenson
HERMISTON LE JUGE PENDEUR - A REBOURS - 185 pages - 20 €

 

Robert-Louis Stevenson, au plus grand désarroi du lecteur, n’a pas terminé ce roman. Il est en effet mort avant. S’il est donc impossible de connaître le dénouement de cette histoire prenante, on savoure ce qui en a été si finement écrit…

 

Hermiston est un juge implacable, impitoyable, redouté de tous. Il a un fils, une femme, mais celle-ci meurt très jeune. Il ne lui reste donc que son fils qu’il destine lui aussi au droit. Las ! Ce fils, s’il aime et respecte son père, fait preuve de beaucoup trop de sentiments et s’insurge contre son géniteur le jour où il assiste à une exécution capitale requise par lui. Le fils est donc banni et se retrouve condamné à gérer le grand domaine familial loin de la ville. Archie, ainsi se nomme le fils d’Hermiston, trouve alors la paix, mais aussi l’amour, un amour interdit, puisque l’objet de cet amour est une jeune femme de condition inférieure…

Ce livre, pour inachevé qu’il soit, laisse une impression forte. Le style y est agréable et les personnages puissants. On prend en effet plaisir à côtoyer ces figures qui chacune renvoient à des types littéraires classiques ; le juge intraitable qui met la justice plus haut que tout, le fils renégat et romantique, la femme tentatrice et dangereuse…
Texte de caractère, il recèle de petites phrases qu’on goûte à juste titre : «... le plaisir n’est qu’un produit inférieur dans la singulière alchimie de la vie, et les fous seuls en attendent. » Ou encore : « Ce sont deux choses très différentes de tuer un tigre à la chasse, ou d’écraser un crapaud… » Ou bien encore : « Comme nous sommes tous à la merci d’un simple bavard ! »

L’histoire, à mi chemin de l’ironie et du tragique, non exempte d’humour, se construit lentement malgré quelques longues digressions. Et si l’on sent très vite que tôt ou tard le fils devra de nouveau affronter le père (comme le prévoyait Stevenson dans ses notes), elle s’interrompt brusquement au moment précis ou le celui-ci s’apprête à commettre une nouvelle faute (la plus grave). Une postface courte mais instructive achève le volume, comme pour finir ce qui ne le sera jamais.


Stéphane Esserbé

 

 

 


PROSE

TROIS POEMES EN PROSE

PAR JEAN-RENE GODULE

 

Passé

 

Je la vois nue. Elle surgit comme d’un rêve. Elle parle. Et je la reconnais. Rien n’a changé, pourtant… Toutes ces années… Elle me regarde. Je pense : « Pourquoi ? » Je revois tout.

 

Encore

 

Encore un jour. C’est un autre matin. Je le découvre. Il fait beau et… Je me demande.  Jusqu’où ? Je n’en sais rien.

 

Instant

 

Quand la lumière arrive, tout me semble possible. Un instant je tiens mon destin. A la couleur du ciel, aux bruits mats de la rue, je crois que tout commence. Je suis ici. Tout m’appartient.

 

 

 


CITATIONS

La citation de la semaine

"La France est un confetti qui finira sur son porte-avion."

 

FP Meny

 

 




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