Erika Mann

Quand les lumières s’éteignent – livre de poche – 357 pages – 6,60 euros

Que se passe-t-il, quand, dans un pays riche, puissant et qui a donné au monde certains de ces plus grands cerveaux, s’instaure peu à peu le règne du totalitarisme et de l’obscurantisme ? Que se passe-t-il quand les lumières s’éteignent ? Comment réagissent les individus, quels qu’ils soient, qui y sont confrontés ? Quel peut être la solution pour ne pas se laisser contaminer ?

C’est à ces questions que semble répondre Erika Mann avec ce recueil de nouvelles. Chronique de la propagation de l’idéologie Nazie au sein de la société allemande, c’est en effet un document qui établit un diagnostic impitoyable de la contamination de chaque couche de la société allemande par les préceptes Nationaux-Socialistes.

Chronique de l’arbitraire

Les personnages de ces nouvelles en effet, aux origines diverses, tour à tour, en font une expérience amère. Qu’ils soient médecin renommé, militaire, journaliste, favorable ou non aux idées Nazies, l’arbitraire face auquel ils se trouvent tôt ou tard confrontés les renvoient aux murs de la prison qui peu à peu se construit autour d’eux.

Avec talent et une précision chirurgicale, l’ainée des enfants Mann décrit le monstre qui peu à peu dévore toute la raison et le bon sens d’une culture et d’une civilisation. Chaque nouvelle composant le recueil est à la fois une entité à part entière et en même temps un épisode faisant état de la progression du mal.

La fuite comme seul espoir

Les divers protagonistes de quand les lumières s’éteignent s’en trouvent réduits à l’impuissance. Le seul espoir restant la fuite. Cette fuite, si elle est souhaitée, étant également soumise aux aléas de la contagion.

Avec la guerre en effet, et ses moyens de destructions modernes, le mal peut redoubler d’efficacité. S’il n’est pas étouffé dans l’œuf, c’est-à-dire dénoncé et combattu à chaque instant, c’est toute l’humanité qui s’en trouve menacée.

Erika Mann, qui a elle-même éveillé la conscience de son père, Thomas, et a organisé son départ précipité d’Allemagne pour les Etats-Unis en 1933, témoigne avec ce livre de la fragilité des démocraties face aux nationalismes de toutes sortes.

Stéphane Esserbé

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