La prose de Jean-René Godule... et des autres
LA ROUTE (14/02/10)

Le ciel au-dessus de la mer m’a toujours attiré. Pour moi à l’horizon au bout d’une route longtemps suivie se trouvait forcément la mer, et ses prémices était le ciel. C’était une promesse, ce dont confusément j’avais rêvé. Le but ultime atteint. Comme une vision, qui se réalisait. Une sorte d’idéal. J’imaginais alors que tout serait doré, que là-bas, peut-être, quelqu’un allait m’attendre. Au bord d’une plage se trouvait une silhouette. Quelque chose de plus vrai. Avec qui être soi avait du sens. Sans plus sentir peser sur soi l’intense regard du monde. Disponible, j’y toucherai à l’infini. Ma quête aurait pris fin. La vraie vie commencerait.
C’était sérieux. Au fond bien plus qu’un rêve. Cette route était royale. Face à la mer le ciel s’offrait. L’espace se révélait. C’était le lieu. Et la minute. Ce but atteint je n’aurais plus grand-chose à voir. Seule la lumière me resterait. J’étais tellement léger. La mer me rapprochait du ciel. Je devais avancer. Même si c’était un rêve. Même si c’était en moi. Ainsi je me réalisais. Quelquefois, les rêves ont plus de sens que la réalité. Quelquefois, avoir cette force est salutaire. Pour moi, il en allait ainsi. Mes rêves étaient plus forts. A les suivre, je voyageais. Une manière d’exister. Car en réalité je n’étais rien. Dans le courant tout était vide. Aucun horizon à atteindre. L’avenir n’existait pas. Je devais m’habituer. J’étais à la fois le ciel et la mer. Et ma vision venait mourir en moi. C’était bien là que tout se jouait. Là où mon esprit me guidait. Où tout se confondait. Comme le font les images. Et en même temps… En même temps je fuyais.
L'AUTRE (31/01/10)
Je sens déjà ton regard se poser sur ma peau,
Non pas celle qui empêche mes os d’avoir froid,
Mais l’autre, qui chante quand on la touche et qu’un doigt
Trempé d’impatience et de plaisir rêve tout haut.
Il m’arrive souvent d’imaginer ton visage,
Les yeux, surtout, changeants, tels des cristaux de lumière,
Les lèvres aussi, et cette moue un peu amère
Quand vient l’heure où tu te résous à tourner la page
Et que les mots ne sont plus qu’insectes grelottants,
Privés d’air et de chair, meurtris, le souffle en suspens,
Face à ton désir d’être ébloui jusqu’à la moelle !
Je t’imagine, et pourtant je ne pense qu’à moi,
Cet éclat de lune au loin qu’un peu d’encre dévoile
Sans jamais parvenir à combler le désarroi
ILS LOGIQUES (17/01/10)

J’ai toujours trouvé le subjonctif trop subjectif.
Pourquoi faut-il en effet que je sois alors que je suis, que j’aille alors que je vais, et même très bien, cela va de soi ?
Sans parler de qu’il faille alors qu’il faut, de que je veuille alors que je veux…
Mais le veux-je encore, accepter que je fasse ce que je fais, me voiler la face en continuant à dire des choses absurdes, du style « Attendez que je peigne ce peigne étrangement disposé près du pain que je peins » ?
Non, bien sûr que non, il est clair qu’il me faut trouver la faille avant que l’humanité tout entière elle-même ne défaille, que tout le monde sache ce que je sais, vive ce que je vis, suive ce que je suis.
Comment cela, qui suis-je ? Mais vous, voyons, vous, quelle question !
Vous êtes bien la deuxième personne du pluriel, n’est-ce pas ? Eh bien, moi qui vous suis depuis l’éternité, il se peut que je sois, n’en déplaise aux dames, le dernier sujet répondant encore au nom de tous les hommes.
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