Prose récente


La prose de Jean-René Godule... et des autres


FAUX-SEMBLANTS (28/03/10)


« Je suis un faucon », confie l’oiseau.

Le rat passe et crie : « C’est ça, et moi un faux cerf ».

« Faux con, faussaire, la belle affaire ! », constate le dindon de la farce.

Ceci dit, ajouterai-je en tant que narrateur, si vous souhaitez malgré tout remonter la filière, ce n’est pas difficile : commencez donc par chercher les fautifs du côté des perruqués. Mais, un bon conseil, faites vite, sinon leur chef de file risque encore une fois de vous filer entre les doigts en se faufilant dans la foule à toute allure.

Sur ce, à tout à l’heure, car figurez-vous que l’on m’attend pour le repas et que, si ça se trouve, je n’aurai même plus le temps d’enfiler comme d’habitude mon faux-filet bien saignant.

Cette histoire a peut-être l’air cousue de fil blanc, je le confesse, mais on s’en fiche, les plus futés étant souvent les plus inventifs, même après dix vers d’affilée, le fait d’avoir tout faux ne signifie pas pour autant que tout ce j’ai dit ou écrit soit du toc. Et tac !

Comment ça, moi toc toc ? Mais, Monsieur, oser comparer mon tic-tac poétique à un quelconque dérèglement des sens est tellement ridicule que je vous conseille illico de changer de tactique !

 

 


ABANDON (14/03/10)



J’ai choisi d’embrasser les jours. J’ai déchiré les rêves. J’ai épousé le cours du temps. Je suis devenu moi. Oh la réalité ! Je me souviens je rêvais d’autre chose. Il me fallait des sentiments, des sensations. J’avais besoin de fuir. Je voulais… Je ne le savais pas. Il me semblait l’inaccessible. Quelque chose de plus pur. Et de plus vrai. Oh le mensonge ! Il me pesait. Et je le haïssais.




CREATION (28/02/10)


J’ai fait vivre tant de monde et crié si fort ma joie
Que chaque jour qui m’accueille est comme un bel oiseau bleu.
Hommes, femmes, enfants nés dans la lumière d’un songe
Et dont la voix parfumée à la saveur de ma terre
Faisait vibrer l’air du temps aux fenêtres peuplées d’ombres,
J’ai percé tant de secrets, inventé tant de visages,
De souvenirs, d’amours fous, de gestes étincelants,
Prêté si souvent l’oreille à ces bruits imperceptibles,
Ces silences cristallins jaillis du ventre des choses
Et que personne, à part moi, n’était capable d’entendre,
Que le ciel peut s’effondrer, la nuit répandre son sang,
Je garderai le pouvoir qui m’a été concédé
De rétablir l’harmonie au plus profond des mémoires.




 

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