N° 70 du 15/11/08

SONT-Y GENTILS...


HUMEUR

La chronique d'Hector Plasma

Ainsi ça y est, "ils" l’ont fait. Après tant de crimes, tellement d’années. Après ces discours belliqueux et ces comportements de va-t-en guerre, ils ont décidé de changer.

 

C’est historique, donc important. Un homme, un seul, dont la peau n’est pas vraiment blanche vient d’être élu au sommet de l’état le plus puissant du monde. Décidément, il n’y avait qu’eux pour nous donner cette leçon. Vous voyez bien, ils ne sont pas si méchants ! C’est leur grande force. Ce qui fait qu’ils sont ce qu’ils sont. Ils peuvent tout faire et tout défaire. L’espoir est revenu. Ca va changer. Vraiment ? Ca vous rappelle rien ? On nous l’a fait à nous aussi le sketch du changement. C’était phénoménal, grandiose, étourdissant. La vie serait tout autre. On aurait plus d’argent, de droits, de possibilités. On serait plus heureux. Las ! On a bien vu ce que ça nous a fait. Il y a toujours les riches, et puis toujours les pauvres. Ils y a toujours ceux qui ont tout et puis ceux qui n’ont rien. Le changement ? Et puis ça rime à quoi toute cette histoire de peau ? Si c’est vraiment pas important la couleur qu’on affiche pourquoi qu’on en fait tant ? C’est bizarre. Est-ce que c’est là un gage qu’il fera mieux que ceux d’avant ? Il est noir et alors ! On s’en fout. Est-ce que les pauvres là-bas vont arrêter de l’être tout d’un seul coup à cause de ça ? Est-ce que les injustices cesseront ? Est-ce, qu’enfin, ce pays-là cessera de croire qu’il est le cœur de monde ? Nous au nonsens, on est certain que non. Même s’il s’avère moins dangereux que son prédécesseur, cet homme tout noir qu’il soit est un homme de conquête. Il ne changera rien car la couleur ne suffit pas. C’est pas une question de couleur. Simplement de bon sens...

 

 


LIVRES

Patrice Locmant
J.-K. HUYSMANS - Le forçat de la vie - Bartillat - 276 pages - 19 €

Par Stéphane Esserbé

Qui est Joris-Karl Huysmans ? Qui se cache derrière ce pseudonyme étrange ? Un simple disciple des soirées de Médan ? Un écrivain au style incomparable qui occupe une place unique dans la littérature française ? Ou une énigme, que bien peu ont pu percer jusqu’alors ?

 

C’est, dans cette biographie rapide au rythme très enlevée, la question à laquelle a tenté de répondre Patrice Locmant. Si le volume est peu épais pour une biographie, il n’en retrace pas moins avec brio la vie de cet écrivain presque oublié aujourd’hui et qui jadis côtoya Zola et les frères Goncourt et fut le premier président de l’académie du même nom. Qui était Joris-Karl Huysmans ? L’auteur du célèbre « A rebours », de « Sac au dos », d’« A veau l’eau » bien sûr, mais aussi un amateur et critique de peinture avisé, lui-même fils de peintre et admirateur de l’école flamande.
De son vrai nom Charles-Marie Georges Huysmans, il naît à Paris le 5 février 1848 et y grandit. Il fait des études de droit et entre au ministère de l’intérieur en 1866 peu avant de commencer à écrire des chroniques artistiques. Il accède à la notoriété avec la publication d’« A rebours », non sans avoir, auparavant, joué un rôle considérable dans les débuts des l’école naturaliste.


Dans ce livre, s’attachant à l’essentiel et principalement à ce qui sembla déterminer Huysmans à écrire puis à se convertir au catholicisme, Patrice Locmant semble ne rien omettre de ce que fut le parcours singulier de Joris-Karl Huysmans. Il dresse un portrait moderne d’un artiste, qui « suspendu entre deux abîmes, acculé à faire un choix entre la bouche du pistolet ou les pieds de la croix », a fini par choisir la conversion. Un artiste visionnaire aussi, qui « a prévu la décadence des arts et la venue du tout marchand, provoqué la mort du roman romanesque en inventant l’autofiction, déboulonné les fondements du réalisme matérialisme de Zola pour ouvrir la voie au surréalisme. » Mystérieux, insaisissable, discret, excentrique… Ce sont autant de mots qui viennent à l’esprit à mesure que le personnage de Huysmans se dévoile. Un homme qui peut s’avérer un critique acerbe et un polémiste implacable, mais qui peut aussi se montrer capable d’écrire une hagiographie dans un récit à des lustres de ses œuvres les plus célèbres.


Huysmans en effet, eut ce cheminement très rare. Observateur intraitable du monde et de la société et de leur vanité, il finit par se retirer et devenir fervent catholique, au plus grand dam de ses amitiés littéraires et à l’incompréhension la plus totale de la postérité.



Stéphane Esserbé

 

 

 


PROSE

OU ?

PAR JEAN-RENE GODULE

Jean-René Godule se demande où il est...

 

Je me réveille la tête me tourne. Je me sens fatigué. Qu’ai-je fait ? Je n’ai pas l’impression d’avoir réalisé tous mes desseins. Je suis dubitatif. Je me demande où sont passés les jours. Je revois quelques bribes. J’ouvre les yeux. Je voudrais autre chose. Je sais que rien ne changera. Je continue. Je reviens peu à peu à moi. Mon existence m’échappe mais je ne la fuis pas. Quelque chose de plus fort me guide. Je ne décide de rien. Ce que je sais ne m’est d’aucun secours. Il faut suivre les jours. Je regarde. Je vois le monde. Il bouge. J’aime son mouvement. Je ne suis pas perdu. Mais je n’ai pas de but. J’ai l’impression d’errer. Je laisse mon corps aller. Tout ce que j’ai pu faire jusqu’à présent n’a pas de conséquences. Les êtres que j’ai pu aimer, les phrases que j’ai pu prononcer… Toutes les promesses… Je me demande pourquoi. Je suis en quête. Mon regard s’offre. Comme sur une route. Je ne réfléchis pas. Je me sens plein de force. Au loin il y a un but. Je n’ai pas l’impression d’avancer vite pourtant… Je marque les étapes. Et sens le temps passer.

 

Il m’arrive de voir des visages. De rencontrer des ombres, de croiser des sourires. Dans la rue, dehors. Au plein cœur de la ville. Je n’ai plus de pensées. J’obéis à l’instinct. Je n’ai pas d’exigences. Je cherche à vivre. Je veux sentir tous les parfums, caresser toutes les nuits. Je n’ai envie de rien. J’ai tout le temps. J’essaie de voir au loin. Ce qu’il me faut c’est une direction. Un pays à atteindre. Une patrie. Quelque chose d’infini. D’autres frontières. Cette route que j’ai à parcourir… Peu importent les doutes. Les malaises que j’éprouve, l’adversité que je rencontre, ne sont que tentations. Il faut aller tout droit, toujours presser le pas. Chaque jour marque un progrès. Chaque matin, chaque nouvelle aube est une nouvelle chance. Même si parfois la lumière semble trouble. Même si la fatigue point. Le temps au lieu de m’affaiblir est mon allié. Il fuit, et je le suis. Peut-être m’échouerai-je ? Au fond rien ne me trompe. Je ne vis pas dans l’illusion. Mes yeux sont sûrs. Et mes sens suivent. La solitude ne me fait pas obstacle. L’ivresse, et les trépidations… Rien de cela ne m’impressionne. Ce qui m’appelle est bien plus consistant. C’est une voix lointaine. Des forces plus obscures. Quelque chose de plus sourd. Qui gronde aussi en moi. Je suis plusieurs, et un seul à la fois. Je n’ai pas peur. La solitude me pèse mais je m’en accommode. Qui peut comprendre ? Quel être humain pourrait se trouver là ? Je suis libre. Oui là-bas… Le passé ne compte plus. Cette impression… Mon corps, mes pas, me portent dans le vide. Cela donne le vertige. Quand j’entends autour tous les bruits... Oh oui je crois, j’en suis certain : même si je ne vis pas j’existe. J’ai une réalité. Je n’ai plus qu’à me retrouver. Le pis pour moi serait l’abdication. Tant que je pourrais me mouvoir… Même le sommeil me mène à ça. Je ne perds pas une seconde. Je dois toujours regarder devant moi. Si parfois ma conscience faut je réagis. Les seuls mots que j’entends sont ceux que je m’adresse. Il ne m’est pas possible de céder. Je puise à tout moment en moi des ressources plus fraîches. Je meurs et ressuscite.

 

 


CITATIONS

La citation de la semaine

"La religion est l'art de ceux qui ne créent pas."

 

Rainer Maria Rilke

 

 




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