SONT-Y GENTILS...
La chronique d'Hector Plasma
Ainsi ça y est, "ils" l’ont fait. Après tant de crimes, tellement d’années. Après ces discours belliqueux et ces comportements de va-t-en guerre, ils ont décidé de changer.
C’est historique, donc important. Un homme, un seul, dont la peau n’est pas vraiment
blanche vient d’être élu au sommet de l’état le plus puissant
du monde. Décidément, il n’y avait qu’eux pour nous donner
cette leçon. Vous voyez
bien, ils ne sont pas si méchants ! C’est leur grande force.
Ce qui fait qu’ils sont ce qu’ils sont. Ils peuvent tout
faire et tout défaire. L’espoir
est revenu. Ca va changer. Vraiment ? Ca vous rappelle
rien ? On nous l’a fait à nous aussi le sketch du changement.
C’était phénoménal, grandiose,
étourdissant. La vie serait tout autre. On aurait plus
d’argent, de droits, de possibilités. On serait plus heureux.
Las ! On a bien vu ce que ça
nous a fait. Il y a toujours les riches, et puis toujours
les pauvres. Ils y a toujours ceux qui ont tout et puis
ceux qui n’ont rien. Le changement
? Et puis ça rime à quoi toute cette histoire de peau ?
Si c’est vraiment pas important la couleur qu’on affiche
pourquoi qu’on en fait tant ? C’est
bizarre. Est-ce que c’est là un gage qu’il fera mieux que
ceux d’avant ? Il est noir et alors ! On s’en fout. Est-ce
que les pauvres là-bas vont arrêter de l’être tout d’un
seul coup à cause de ça ? Est-ce que les injustices cesseront
? Est-ce, qu’enfin, ce pays-là
cessera de croire
qu’il est le cœur de monde ? Nous au nonsens, on est certain
que non. Même s’il s’avère moins dangereux que son prédécesseur,
cet homme tout
noir qu’il soit est un homme de conquête. Il ne changera
rien car la couleur ne suffit pas. C’est pas une
question de couleur. Simplement de
bon sens...
Patrice Locmant
J.-K. HUYSMANS - Le forçat de la vie - Bartillat - 276 pages
- 19 €
Par Stéphane Esserbé
Qui est Joris-Karl Huysmans ? Qui se cache derrière ce pseudonyme étrange ? Un simple disciple des soirées de Médan ? Un écrivain au style incomparable qui occupe une place unique dans la littérature française ? Ou une énigme, que bien peu ont pu percer jusqu’alors ?
C’est, dans cette biographie rapide au rythme très enlevée, la question à laquelle
a tenté de répondre Patrice Locmant. Si le volume est peu
épais pour une biographie, il n’en retrace pas
moins avec brio la vie
de cet écrivain presque oublié aujourd’hui et qui jadis côtoya Zola et les frères Goncourt et fut le premier président de
l’académie du même
nom. Qui était Joris-Karl Huysmans ? L’auteur du célèbre
« A rebours », de « Sac au dos », d’« A veau l’eau » bien
sûr, mais aussi un amateur
et critique de peinture avisé, lui-même fils de peintre et
admirateur de l’école flamande.
De son vrai nom Charles-Marie Georges Huysmans, il naît à Paris le
5 février 1848 et y grandit. Il fait des études de droit et entre au
ministère de l’intérieur en 1866 peu avant de commencer à écrire
des chroniques artistiques. Il accède à la notoriété avec
la publication d’« A rebours », non sans avoir, auparavant, joué un rôle
considérable
dans les débuts des l’école naturaliste.
Dans ce livre, s’attachant à l’essentiel et principalement
à ce qui sembla déterminer Huysmans à écrire puis à se convertir
au catholicisme, Patrice Locmant semble ne rien omettre de ce que fut
le parcours singulier
de Joris-Karl Huysmans. Il dresse un portrait moderne d’un
artiste, qui « suspendu entre deux abîmes, acculé à faire un choix
entre la bouche
du pistolet ou les pieds de la croix », a fini par choisir
la conversion. Un artiste visionnaire aussi, qui « a prévu la décadence
des arts et
la venue du tout marchand, provoqué la mort du roman romanesque
en inventant l’autofiction, déboulonné les fondements du réalisme matérialisme
de Zola pour ouvrir la voie au surréalisme. » Mystérieux, insaisissable,
discret, excentrique… Ce sont autant de mots qui viennent
à l’esprit à mesure que le personnage de Huysmans se dévoile. Un homme
qui peut
s’avérer un critique acerbe et un polémiste implacable, mais
qui peut aussi se montrer capable d’écrire une hagiographie dans un
récit à des
lustres de ses œuvres les plus
célèbres.
Huysmans en effet, eut ce cheminement très rare. Observateur
intraitable du monde et de la société et
de leur vanité, il finit par se retirer et devenir fervent catholique,
au plus grand
dam de ses amitiés
littéraires et à l’incompréhension la plus totale de la
postérité.
Stéphane Esserbé
OU ?
PAR JEAN-RENE GODULE
Jean-René Godule se demande où il est...
Je me réveille la tête me tourne. Je me sens fatigué. Qu’ai-je fait ? Je n’ai
pas l’impression d’avoir réalisé tous mes desseins. Je suis dubitatif.
Je me demande où sont passés les jours. Je revois quelques bribes.
J’ouvre les yeux. Je voudrais autre chose. Je sais que rien ne changera.
Je continue. Je reviens peu à peu à moi. Mon existence m’échappe mais
je ne la fuis pas. Quelque chose de plus fort me guide. Je ne décide
de rien. Ce que je sais ne m’est d’aucun secours. Il faut suivre les
jours. Je regarde. Je vois le monde. Il bouge. J’aime son mouvement.
Je ne suis pas perdu. Mais je n’ai pas de but. J’ai l’impression d’errer.
Je laisse mon corps aller. Tout ce que j’ai pu faire jusqu’à présent
n’a pas de conséquences. Les êtres que j’ai pu aimer, les phrases que
j’ai pu prononcer… Toutes les promesses… Je me demande pourquoi. Je
suis en quête. Mon regard s’offre. Comme sur une route. Je ne réfléchis
pas. Je me sens plein de force. Au loin il y a un but. Je n’ai pas
l’impression d’avancer vite pourtant… Je marque les étapes. Et sens le temps passer.
Il m’arrive de voir des visages. De rencontrer des ombres, de croiser des sourires. Dans la rue, dehors. Au plein cœur de la ville. Je n’ai plus de pensées. J’obéis à l’instinct. Je n’ai pas d’exigences. Je cherche à vivre. Je veux sentir tous les parfums, caresser toutes les nuits. Je n’ai envie de rien. J’ai tout le temps. J’essaie de voir au loin. Ce qu’il me faut c’est une direction. Un pays à atteindre. Une patrie. Quelque chose d’infini. D’autres frontières. Cette route que j’ai à parcourir… Peu importent les doutes. Les malaises que j’éprouve, l’adversité que je rencontre, ne sont que tentations. Il faut aller tout droit, toujours presser le pas. Chaque jour marque un progrès. Chaque matin, chaque nouvelle aube est une nouvelle chance. Même si parfois la lumière semble trouble. Même si la fatigue point. Le temps au lieu de m’affaiblir est mon allié. Il fuit, et je le suis. Peut-être m’échouerai-je ? Au fond rien ne me trompe. Je ne vis pas dans l’illusion. Mes yeux sont sûrs. Et mes sens suivent. La solitude ne me fait pas obstacle. L’ivresse, et les trépidations… Rien de cela ne m’impressionne. Ce qui m’appelle est bien plus consistant. C’est une voix lointaine. Des forces plus obscures. Quelque chose de plus sourd. Qui gronde aussi en moi. Je suis plusieurs, et un seul à la fois. Je n’ai pas peur. La solitude me pèse mais je m’en accommode. Qui peut comprendre ? Quel être humain pourrait se trouver là ? Je suis libre. Oui là-bas… Le passé ne compte plus. Cette impression… Mon corps, mes pas, me portent dans le vide. Cela donne le vertige. Quand j’entends autour tous les bruits... Oh oui je crois, j’en suis certain : même si je ne vis pas j’existe. J’ai une réalité. Je n’ai plus qu’à me retrouver. Le pis pour moi serait l’abdication. Tant que je pourrais me mouvoir… Même le sommeil me mène à ça. Je ne perds pas une seconde. Je dois toujours regarder devant moi. Si parfois ma conscience faut je réagis. Les seuls mots que j’entends sont ceux que je m’adresse. Il ne m’est pas possible de céder. Je puise à tout moment en moi des ressources plus fraîches. Je meurs et ressuscite.
La citation de la semaine
"La religion est l'art de ceux qui ne créent pas."
Rainer Maria Rilke
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