ON VEILLE !
La chronique d'Hector Plasma
Ah ah, y a de quoi rire ! Pris en flagrant délit !
Un ministre, faire une blague raciste ! C’est grave. D’autant plus grave qu’il s’agit d’un ministre dont la réputation n’est plus à faire et qui a le pouvoir. Ah la la ! Vous nous direz cette petite blague n’aurait pas dû se retrouver filmée, encore moins diffusée. C’était off comme on dit. C’était comme ça. Normalement, même filmée, une chose comme ça ne transpire pas. Y’a que sur internet que ça peut se trouver ! Internet. Encore, toujours… Cette chose incontrôlable. Ce lieu où tout semble permis. Décidément. Certains autres ministres d’ailleurs l’ont souligné. La faute ne venait pas du ministre, mais d’internet. Allons allons. Nous trouvons ça très grave. Un ministre se lâche et c’est la faute aux autres ! Non mais. Vous nous prenez pour qui ? On est là nous, et on veille…
Natalia Jouravliova
SAISONS - L'INVENTAIRE - 121 pages
- 16 € (édition bilingue)
Voici quatre nouvelles, quatre textes courts qui sont autant de portraits de femmes. Des femmes jeunes, âgées, ou encore au stade de l’enfance. Des femmes russes, qui vivent en Russie contemporaine, que la vie n’éparque pas et qui toutes, à un moment ou à un autre, vont se trouver violemment prise à partie par elle-même…

Il y a tout d’abord Nioura, vieille paysanne qui vit dans un petit village, occupant une maison délabrée et dont personne au juste ne sait qui elle est ni d’où elle vient. Il y a ensuite Marie, qui a peur de s’engager avec les hommes. Il y a également Sonia, la petite fille qui ne veut pas dormir… Ces femmes, tout comme Eva, la quatrième, qui se remémore son adolescence meurtrie, vivent entre deux mondes. Pour elles, la réalité est là, mais elle n’est pas la leur. Ces quatre femmes ont pour point commun de situer leur vraie vie ailleurs que dans le présent. Bien souvent dans le passé, le futur ou dans ce qui aurait pu ou aurait dû être. Tout est déjà joué pour elles. Elles le savent. Mais elles n’ignorent pas non plus qu’à une époque, à un moment, dans leur vie, quelque chose a ou aurait pu exister. Nioura ainsi un soir voit les fantômes de son passé revenir chez elle. Marie se retrouve porteuse d’un enfant sans même s’en rendre compte. Sonia, au lieu de dormir, perce à jour les adultes et en même temps la cruauté du monde. Et Eva n’oublie rien du passé qui a fait d’elle le fantôme de ce qu’elle aurait dû être.
Les portraits de ces femmes sont esquissés, rapides et alertes. Profonds, ils sont aussi un voyage dans un pays où seules les femmes apparemment continuent à se souvenir. Ces textes sont courts, mais ils taillent à vif dans l’existence. Ils sont peuplés de beaucoup de fantômes. Les femmes qui y figurent en effet ont beaucoup de choses à dire mais ne peuvent le pas faire car personne ne veut les entendre. Ces textes ouvrent vers le non dit, une mémoire qui ne s’assume pas, celle d’un pays dont l’histoire, lourde, reste effrayante.
Stéphane Esserbé
REFLET
PAR JEAN-RENE GODULE
Un reflet passe par la fenêtre. Dans un éclat de pluie il trouble la lumière. Sur les toits, il glisse. Il se déforme, se multiplie. J’observe. La beauté m’en saisit. Je vois le monde comme une forme humaine. Un bonheur imprécis. Je m’arrête. Tout s’illumine. C’est le moment où le jour naît. Et recommence. A cet instant les choses sont justifiées. Il n’y a plus de doutes. Chaque détail tient sa place.
Les couleurs sont figées. Mon regard s’émerveille. En moi quelque chose crève. J’ai rompu le malaise. Je vois distinctement. La ville… Je peux toucher, m’emparer des rayons. La lumière m’appartient. Je n’ai plus de soupçons. Cette beauté me brûle. Un instant de pardon.
La citation de la semaine
"Donner un sens à sa vie est une forme de création artistique."
Ali-Reza Sadry Alaï - Silence... les étoiles dorment
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