N° 67 du 02/09/08

ALLONS !


HUMEUR

La chronique d'Hector Plasma

Alors ? C’était comment ces jeux olympiques ? Bien non ? Organisation, déroulement des épreuves, conditions météos retransmissions résultats…

 

Le site critique : Allons !Tout était là. Pas de boycott. Aucune manifestation. Pas de trouble-fêtes. Un rêve. Une vraie symphonie. Et ces cérémonies, vous avez vu ça ? Z’ont intérêt à s’accrocher nos amis les anglais s’ils veulent faire mieux ! Parce que, aussi bien à l’ouverture qu’à la clôture, c’était sublime. Une vraie messe. La barre a été mise très haute. Vous voyez bien ! C’était pas la peine d’en faire tout un fromage ! Les chinois ne sont pas si méchants que ça ! Vous en avez pris plein les yeux ou non ? Ca vous a fait kiffer toute ces médailles et ces records ! Hein ! Et d’ailleurs, le CIO l’a bien dit : tout s’est très bien passé. La Chine a respecté le contrat. Elle a arrêté les usines polluantes à proximité de la capitale et même les détruira. Elle ne rétablira pas la circulation comme avant à Pékin. L’environnement sera mieux respecté. Et puis, y’a presque pas eu de dopage. Les Chinois ont tout raflé ? Normal ; ils étaient très motivés. Y’a plus qu’à fêter ça. Comme on l’a fait, nous, en France, en faisant défiler tous nos champions sur les Champs Elysées. C’est comme ça qu’on fait ? N’est-ce pas ? Quand on pense que certains voulaient gâcher tout ça ! Comment ? Les droits de l’homme ? Mais c’était une boutade. Allons !


 

 

 


Livres

Guy de Maupassant
En l'air - Les éditions du Sonneur - 75 pages - 10 €

On connaissait de Maupassant sa passion pour le canotage. On se souvenait du recueil « Sur l’eau » et des nouvelles dans lesquelles ses « parties » offraient à l’auteur de « Boule de suif » de jolies toiles de fond. On connaissait également le Maupassant journaliste mais pas l’aérostier. On le connaît maintenant, grâce à ce joli petit recueil de textes édités par les éditions du sonneur…

 

Le site critique : En l'airAux étés 1887 et 1888, Maupassant accepte l’invitation du capitaine Jovis, président de l’Union aéronautique de France pour deux ascensions à bord du ballon le « Horla ». Augmenté d’un article parut dans le Figaro le 3 août 1887 sur une ascension aux conséquences dramatiques entreprise par des ingénieurs de l’Union aéronautique, ce sont les récits de ces ascensions qui nous sont présentés ici.


L’aisance extrême de Maupassant avec la chronique journalistique, qui lui permet de s’exprimer comme il s’exprime dans ses nouvelles et qui stupéfie tant les récits proposés sont vivants, rend le sujet attrayant. Si aujourd’hui l’aéronautique est un domaine dont beaucoup ont les rudiments pour avoir pris l’avion au moins déjà une fois, ces textes, un siècle après leur rédaction, gardent toute leur facture moderne. De « Paris à Heyst » spécialement, récit de la deuxième ascension, constituerait une bonne leçon de style à toutes nos belles plumes d’aujourd’hui dont le talent n’arrive pas à la cheville de celui du disciple de Flaubert. Long d’une vingtaine de pages, ce texte est tout à fait digne des plus beaux de Maupassant. On y découvre en effet un monde vu d’en haut qui très vite prend des allures fantomatiques et fantastiques à l’image de certaines des œuvres les plus abouties de l’auteur du « Horla. »

 

« Sous nous maintenant, Paris s’étale, une plaque sombre, bleuâtre, hachée par les rues, et d’où s’élancent, de place en place, des dômes, des tours, des flèches, puis, tout autour, la plaine, la terre que découpent les routes longues, minces et blanches au milieu des champs verts, d’un vert tendre et foncé, et des bois presque noirs. » C’est tout le rythme, toute la simplicité apparente du style de Maupassant qui sont retrouvés ici. Dans des textes qui a priori ne sont pas censés être de grandes pièces littéraires, le lecteur ne peut s’empêcher de goûter la limpidité et la vivacité des descriptions et de la construction des récits.

 

Eloigné du registre grâce auquel il est passé à la postérité, Maupassant fait ici état d’une autre facette de son génie, loin, très loin des platitudes du journalisme classique. Ces textes, vraies chroniques parues dans de vrais journaux et qui relatent des faits authentiques, peuvent également se lire comme de vrais petits contes. Ils en ont en tous cas toute la qualité et toute la richesse. Plus qu’une curiosité, ils constituent à n’en pas douter, comme le précise le préfacier « une petite délicatesse, née des noces de la plume et des nuages, un objet littéraire non identifié » dont on aimerait plus souvent pouvoir apprécier la saveur. A mettre entre toutes les mains.

 

 



Stéphane Esserbé

 

 

 


PROSE

CAUCHEMAR                                                   PAR JEAN-RENE GODULE

Parfois, Jean-René Godule fait des cauchemars. Pas vous ?

 

Le site critique : CauchemarJe me regarde, me rase. Mon reflet fuit. J’ai peur. Tout semble avoir changé. Les choses n’ont plus de formes. Il me semble… Oui, le monde, le monde est flou. Je marche, bouge, mais ne suis pas très assuré. Je parle, pense, mais mes mots se mélangent. J’entends, pourtant… Je ne suis pas solide. Mes membres tremblent. Me suis-je mal réveillé ? Je ne me souviens plus. Mon nom… J’ai des images. La seule pourtant que j’arrive à fixer est celle de mon reflet. En sortant, c’est pire. L’horizon tangue, et je zigzague. Oh l’existence...

 

Hier encore tout était clair. J’avais une raison. Je savais où j’allais. Il n’y a plus rien. Je n’arrive plus à m’appuyer. Quand on me parle les mots ne m’arrivent pas. Une fureur, qui me saisit et m’interdit. Avant j’avais des objectifs. Je croyais en mes chances. Je pensais arriver à quelque chose. Le travail paie, pensais-je. Un jour la fortune me viendra. Je serai reconnu. J’obtiendrai le respect. Mais que cherchais-je ? Il y avait en moi un gouffre. Un vide que j’évitais. Il fallait détourner mon attention. Je devais avancer. Tout ce que j’ai construit le fut ainsi. Est-ce la raison ? Je sombre. Peu à peu je m’enfonce. Oh oui j’hésite. Je ne sais pas. Il n’y a plus autour de moi qu’un décor vague et sa réalité n’est pas pour moi une certitude. Je glisse. Mon corps est mou. Ma volonté… Il m’est maintenant impossible de décider. Je n’en ai plus la possibilité. Cela ne m’atteint pas. Est-ce mal ?

 

Avant, j’aurais fui, j’aurais agi. Mais maintenant tout me paraît si difficile... Je préfère me laisser porter. C’est tout mon corps qui réagi, qui enfin cherche à s’exprimer. Ce que j’éprouve m’apporte d’autres joies. Il me semble trouver un monde que je ne soupçonnais pas. J’y ai plus de licence, et plus de marge. Je m’épanouis. C’est étonnant, mais ça ne me choque pas. D’une certaine manière je trouve que c’est logique : je me suis pendant tant de temps contraint. En me laissant aller ainsi je libère d’autres forces. J’accède à un monde inconnu que je ne voulais pas connaître. Comme tout me semble loin ! Comme tout paraît plus simple. Mon reflet s’il m’échappe se recompose. Et je lui en sais gré. Ce que je vois n’est pas ce que je croyais voir. Visions absurdes. Cette ombre a pris le pas sur mon esprit. Ô délivrance étrange ! Même si cela m’effraie. Au fond de moi... Soulagement. Résurrection. Naissance ? Plus de questions. Folie ? Plongeons. Je me laisse faire. En profiter… Jouir… Crier… Cela paraît si fou ! Je n’hésite pas.

 

J’avais tant de tensions. Je sentais tellement de conflits. Puis-je me combattre ? Comment ai-je fait pour vivre ainsi ? Je ne m’en rendais pas compte. J’étais conditionné. On m’avait programmé. Oh oui ! J’étais content de plus, me trouvais satisfait. Je méprisais les autres. J’étais sûr de moi-même. Ma réussite en imposait. Je dominais. Laissez-moi rire ! Quand je repense à ça… Lorsque je me revois… Comment faisais-je pour ne pas voir mon ridicule ? L’idiot, c’était donc moi ? Je ris. Il me semble à présent être au fait de la vie. Comme si j’avais compris. Ma conscience est en paix. Je suis tranquille. Je méprise tout ce que j’étais. Etait-ce donc ça la réussite ? Je suis bien mieux maintenant. Je me sens moi. Ils ont peur. Je les repousse. Quelle joie ! De voir ces visages effrayés… Avant j’étais tellement brillant. J’étais leur camarade. Allez venez mes chers amis, ici on vit en liberté. L’odeur ? Mais ce n’est rien. Et ce n’est que celle de mon corps. Oh oui je me souviens. C’était si ridicule. Faire attention tous les matins, bien s’habiller, se raser, se regarder… Je ne mens plus. Je refuse toutes conversations. Je me sens tellement libre. Je suis tellement heureux. Je n’ai plus à mentir. Je n’ai pas de regrets. Je suis vivant. Vous pas ?

 

 

 


CITATIONS

La citation de la semaine

"Les possédants n'ont pas de patrie."

 

Maurice Choury - "Les origines de la Commune"- Paris Livré

 

 




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