Critiques récentes


Les chroniques de Stéphane Esserbé


Robert-Louis Stevenson, au plus grand désarroi du lecteur, n’a pas terminé ce roman. Il est en effet mort avant. S’il est donc impossible de connaître le dénouement de cette histoire prenante, on savoure ce qui en a été si finement écrit…

 

Le site critique : Robert-Louis StevensonHermiston est un juge implacable, impitoyable, redouté de tous. Il a un fils, une femme, mais celle-ci meurt très jeune. Il ne lui reste donc que son fils qu’il destine lui aussi au droit. Las ! Ce fils, s’il aime et respecte son père, fait preuve de beaucoup trop de sentiments et s’insurge contre son géniteur le jour où il assiste à une exécution capitale requise par lui. Le fils est donc banni et se retrouve condamné à gérer le grand domaine familial loin de la ville. Archie, ainsi se nomme le fils d’Hermiston, trouve alors la paix, mais aussi l’amour, un amour interdit, puisque l’objet de cet amour est une jeune femme de condition inférieure…

Ce livre, pour inachevé qu’il soit, laisse une impression forte. Le style y est agréable et les personnages puissants. On prend en effet plaisir à côtoyer ces figures qui chacune renvoient à des types littéraires classiques ; le juge intraitable qui met la justice plus haut que tout, le fils renégat et romantique, la femme tentatrice et dangereuse…
Texte de caractère, il recèle de petites phrases qu’on goûte à juste titre : «... le plaisir n’est qu’un produit inférieur dans la singulière alchimie de la vie, et les fous seuls en attendent. » Ou encore : « Ce sont deux choses très différentes de tuer un tigre à la chasse, ou d’écraser un crapaud… » Ou bien encore : « Comme nous sommes tous à la merci d’un simple bavard ! »

L’histoire, à mi chemin de l’ironie et du tragique, non exempte d’humour, se construit lentement malgré quelques longues digressions. Et si l’on sent très vite que tôt ou tard le fils devra de nouveau affronter le père (comme le prévoyait Stevenson dans ses notes), elle s’interrompt brusquement au moment précis ou le celui-ci s’apprête à commettre une nouvelle faute (la plus grave). Une postface courte mais instructive achève le volume, comme pour finir ce qui ne le sera jamais.

 

 


Victor Davis Hanson
LA GUERRE DU PELOPONESE - Flammarion - 480 pages - 26 €

L’homme fait la guerre depuis toujours. Et, ce qui lui permet de s’autoriser à tuer ou à détruire, peut à certain moments lui apparaître sinon bon, du moins suffisamment important pour qu’il consente au pire. La guerre du Péloponnèse, qui eut lieu voici 2500 ans, est à ce titre très riche d’enseignements…

 

Le site critique : Victor Davis HansonDans ce livre, « La guerre du Péloponnèse », Victor David Hanson mène une enquête étonnante au sujet d’un conflit, qui, bien que vieux de 25 siècles, n’est pas sans rappeler certains de ceux que le monde moderne a connu au siècle dernier. Ce conflit en effet, qui durant 27 ans vit s’opposer les cités grecques d’Athènes et de Sparte et eut lieu entre 431 et 404 avant notre ère, fut meurtrier et marqua un tournant dans l’histoire de la guerre.

Jusqu’alors, la guerre avait ses règles. Elle était en quelque sorte propre. Lorsqu’un différent opposait deux cités, celles-ci envoyaient leurs soldats vers un lieu propice au combat et la guerre bien souvent se résumait à une bataille qui ne durait que quelques heures. Les victimes étaient peu nombreuses. Les civils, les cités n’étaient pas touchés. Seuls les hommes, spécialement entrainés pour cela, s’affrontaient.
Avec la guerre du Péloponnèse, que l’auteur qualifie de première guerre totale, on connut des sièges impitoyables, des massacres de civiles et d’otages, des coups de mains, et un grand nombre de victimes.


Organisé en thématiques, ce livre, qui ne suit pas l’ordre chronologique des événements, est une remarquable source documentaire sur l’histoire de la guerre et celle de la Grèce Antique au moment de la mort de Périclès. Tous les moyens par lesquels les belligérants se sont opposés pendant près de 27 ans font l’objet d’une étude approfondis. Les spécialités des athéniens et des spartiates y sont longuement exposées. Et les facteurs qui font qu’une guerre puisse être perdue ou gagnée méthodiquement analysés.
Pourquoi les spartiates préféraient-ils se battre sur terre plutôt que sur mer ? Pourquoi les grecques en général n’aimaient-ils pas mener des sièges ? Pourquoi Sparte, au final, bien que moins puissante que sa rivale Athènes, gagna-t-elle la guerre ? Victor Davis Hanson n’oublie rien dans ce livre exhaustif qui, en se penchant sur un conflit très bien connus, pousse le lecteur à nourrir une réflexion sur le rapport qu’entretiennent la guerre et l’homme de manière générale.

 

« La guerre est notre père à tous », écrivait Héraclite. Et la lecture de ce livre, qui évoque une période de l’histoire de l’humanité où la démocratie athénienne rayonnait au point de constituer aujourd’hui encore un certain idéal de civilisation, montre bien à quel point elle est indissociable des activités humaines. Même au sein des plus grandes civilisations.




Joris-Karl Huysmans
SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM - A rebours - 347 pages - 20 €

Pourquoi, lorsqu’on se fait appeler Joris-Karl Huysmans et qu’on écrit depuis longtemps des livres dont plusieurs ont défrayé la chronique, écrit-on un jour une hagiographie ?

 

Le site critique : Joris-Karl HuysmansC’est sans doute la question qu’il faut se poser à la lecture de « Sainte Lydwine de Schiedam », ouvrage dans lequel, à la fin de sa vie, Huysmans évoque celle de Lydwine de Schiedam, véritable incarnation de la loi de la substitution mystique qui conduit à endosser tous les péchés du monde pour racheter l’humanité.
Différent de bien de ceux qu’à pu écrire Huysmans, ce livre est sans surprise. Le lecteur en effet, n’y faisant que suivre le cheminement de Lydwine, qui, livrée aux maux les plus terribles passe par toutes les phases de la souffrance physique jusqu’à la décomposition de son propre corps.
Après un bref rappel historique de la situation de l’Europe au début du  XVe siècle, Huysmans, reprenant les récits de trois religieux ayant déjà retracé la vie de Lydwine, s’en tient là. C’est que Huysmans, en 1891, contre toute attente, s’est convertit au catholicisme. Il y a donc deux Huysmans, celui d’avant, et celui d’après sa conversion. Et c’est manifestement au second auquel le lecteur à affaire avec cet ouvrage.


Commencé en 1897, ce dernier, s’inspirant des récits de Jan Gerlac, Jan Brugman et Thomas A. Kempis a toutefois été enrichi par l’auteur par une enquête menée lors d’un voyage qu’il entreprit sur les traces de Lydwine en Hollande, pays de ses origines, et qui le ramena aux sources de son être.
On est étonné, à sa lecture, de penser qu’il est de la même plume que celle qui créa Des Esseintes, héros d’« A rebours.» Et l’on comprend mieux ce que disait Barbey d’Aurevilly au sujet de Huysmans, à savoir qu’il était suspendu entre deux abîmes, acculé à faire un choix « entre la bouche d’un pistolet ou les pieds de la croix… »

Le principal intérêt de ce livre est bien là. Et si, comme le souligne le préfacier, il est possible qu’avec lui il « s’opère en Huysmans la révélation d’une image transcendante de la femme », les inconditionnels du Huysmans qui tendait à choisir la bouche du pistolet, en restent pour leurs frais.

 

 


 



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