Jean-François Lecaillon

Le siège de Paris en 1870 – Bernard Giovanangeli Editeur – 247 pages – 20 euros

La guerre déclarée à la Prusse par le Second Empire le 19 juillet 1870 fut un désastre. Un mois plus tard en effet, l’ennemi était aux portes de Paris. Le célèbre siège qui suivit, connu sous le nom de siège de Paris, symbole de la résistance française, commença le 19 septembre 1870 et s’acheva le 28 janvier 1871…

« Ce livre entend donner la parole à des hommes et des femmes susceptibles d’être l’écho de ce qui se disait, vivait et ressentait dans Paris de la mi-septembre 1870 à la fin janvier 1871. »

Récits de témoins

Cette phrase, extraite de l’avant propos du volume, peut tout à fait suffire à le résumer. Puisque ce sont en effet des extraits de récits, témoignages ou correspondances de 16 témoins d’horizons et d’opinions différents qui en composent la matière, chacun faisant état, à différents moments clés du siège, des divers courants d’opinion qui animaient la vie parisienne d’alors. Sélectionnés par l’auteur de façon à restituer avec le plus d’équilibre possible ce qu’était cette vie parisienne, ces témoignages, au fil des pages, constituent un ensemble qui touche au but.

En huit parties, correspondant chacune à un épisode du siège de Paris : la préparation, la mobilisation, l’attente, la révolte, l’organisation, l’espoir, la résignation et la capitulation, ces témoignages s’harmonisent au point de ne plus faire qu’un tout au cœur duquel l’histoire s’écrit et se lit au quotidien. Paris, avec cette première guerre moderne menée sur le territoire français, forte de sa population disparate et mélangée, bouillonne, s’insurge, se bat et capitule, sans pour autant jamais vraiment renoncer.

Paris mange du chien, du chat, et du rat

Paris à cette époque mange du rat, du chien, du chat, du cheval et les animaux de ses zoos. Paris, pour la première fois dans l’ère moderne est bombardée par l’artillerie prussienne. Paris, comme par le passé quelquefois s’insurge. Paris, comme toujours vit de sa vie propre et agitée. Ces témoignages, assemblés avec beaucoup de sérieux et d’intelligence, dressent un portrait vibrant d’une capitale célèbre dans le monde, et qui, à un moment crucial de son histoire (la République a été proclamée le 4 septembre 1870 et la Commune le sera le 18 mars 1871), fait état une nouvelle fois et dans des circonstances difficiles de son caractère éternel et intangible.

Paris éternelle

Ce livre bien sûr dresse un portrait historique, mais aussi celui d’une ville connue dans le monde à tort ou à raison pour les valeurs fortes qu’elle incarne : une certaine idée de la liberté, de l’indépendance, de l’impertinence et de la résistance. Il est étonnant, à la lecture de ses témoignages, de constater à quel point le caractère d’une ville peut à ce point présenter des traits déjà connus par le passé et qu’on ne cessera par la suite de retrouver dans des circonstances historiques semblables.

Un lecteur attentif verra également dans cet ouvrage se profiler l’histoire terrible du XXe siècle, puisque, au pire de la bataille, la description des bombardements et combats évoque déjà les grandes tueries contemporaines.

Stéphane Esserbé

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