Gabriel Chevalier

La peur – Le Dilettante – 349 pages – 22 euros

la peur de Gabriel Chevallier

Gabriel Chevallier

On connaît Gabriel Chevallier pour « Clochemerle », on le connaît moins pour La peur, roman impeccable qui raconte son parcours lors de la Première Guerre Mondiale…

Ce roman, loin de tous les récits célébrant le courage et l’abnégation des combattants de la Grande Guerre, est en effet l’un des plus grands écrits sur cette période. Pas tout à fait proche de Léon Werth, différent d’Erick Maria Remarque, Gabriel Chevallier en effet a signé avec ce livre celui que tous les combattants de la Grande Guerre auraient pu écrire s’ils avaient eu sa plume et son intelligence. La peur n’est pas seulement un roman sur la guerre, il est surtout celui qui décrit avec le plus de force ce sentiment de terreur qui habita tous les combattants concernés au cours de ce conflit meurtrier. Dartemont en effet, héros du livre, a peur, et il le dit sans honte. Il voit autour de lui les hommes mourir. Il entend les obus tomber, les ordres stupides arriver. Il obéit, mais il a peur. Son combat n’est pas tant celui qu’il mène contre les allemands, mais celui qu’il doit sans cesse recommencer face à la peur.

Survivre

La guerre il n’en doute pas est tout à fait stupide, et seule la survie compte. Dartemont méprise plus les généraux que les soldats ennemis. Il éprouve plus de haine envers un officier d’état-major français qu’envers un fantassin allemand. C’est que le fantassin allemand traverse la même épreuve que lui, qu’il sait, et le comprend. Dartemont ainsi, s’il est de nombreuses grandes batailles (le Chemin des Dames entre autres), ne s’égare pas. Il sait qu’il n’est qu’un pion, dont, déjà, on a sacrifié la vie.

Une plume

La plume de Gabriel Chevallier est saisissante. Et ses descriptions des combats ahurissante. Il ne s’agit pas ici en effet d’un simple livre de témoignage, mais d’une véritable œuvre littéraire qui a le mérite de peindre avec une force extraordinaire les horreurs de la guerre sans pour autant donner dans le spectaculaire. Il n’y a pas de héros dans ce livre. Il n’y a que des hommes, qui, livrés en pâture à l’histoire, sont destinés à mourir inutilement en connaissance de cause.

La guerre

Nous savions qu’il était absurde et criminel de lancer des hommes sur des fils de fer intacts, couvrant des machines qui crachaient des centaines de balles à la minute. Nous savions que d’invisibles mitrailleuses attendaient les cibles que nous serions, dès le parapet franchi, et nous abattraient comme un gibier.

« Ils savaient », tous. Et « ils » n’avaient pas le choix. « Ils » ont été assassinés. C’est ce que Dartemont cherche à faire comprendre aux lecteurs tout au long du livre. C’est ce qu’il fait avec beaucoup d’intelligence. Tant et si bien qu’il est impossible, après avoir lu ce livre, de trouver une quelconque grandeur à la guerre.

Stéphane Esserbé

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