Stéphane Esserbé

La Commune de Paris : explications et origines

La Commune de paris

La Commune de Paris

Dans l’Homme révolté, Albert Camus écrivait que La Commune de Paris était le dernier refuge de la révolution révoltée (pléiade, tome 2, édition de Roger Quilliot, p. 622). Pour lui, lors de cet épisode sanglant de l’histoire de France, les Communards avaient pris le risque de faire confiance à la liberté et à la spontanéité ouvrière

C’est certainement la plus pertinente des interprétations faites de ce que constitua sur le plan historique la Commune de Paris. En effet, alors qu’une autre révolution 46 ans plus tard allait cette fois vaincre en Russie tsariste, paradoxalement, cette liberté et cette spontanéité allaient disparaître de tous les mouvements révolutionnaires postérieurs.

Renforcement de l’Etat

Toutes les révolutions modernes ont abouti à un renforcement de l’Etat, écrit encore Camus dans le même livre (p. 582),1789 amène Napoléon, 1848 Napoléon III, 1917 Staline, les troubles italiens des années 20 Mussolini, la république de Weimar Hitler.
C’est vrai. Mais pas pour la Commune. Et sans doute parce que La Commune était avant tout l’affaire de révolutionnaires révoltés plutôt que de révolutionnaires autoritaires. C’est ce qui explique à la fois son échec, mais également les passions qu’elle déchaîna et le mythe qu’elle fit naître.

Une place à part dans l’histoire

Car la Commune, au sein de l’histoire de France et de l’histoire révolutionnaire, occupe une place à part. Elle n’y est pas entrée, comme l’ont fait la révolution de 1789 et celle de 1917, par la grande porte, mais plutôt de manière clandestine, traînant derrière elle à jamais une réputation sulfureuse et gênante. C’est que, aucun mouvement révolutionnaire, aucun courant de pensée ne peut honnêtement revendiquer la Commune. La Commune de Paris n’appartient à personne. Elle n’est pas née d’une action menée par une quelconque organisation politique.

Facteurs historiques exceptionnels

Elle naquit de la conjonction de facteurs historiques exceptionnellement réunis à un moment où des antagonismes exacerbés n’étaient plus à même d’éviter que leur mécanique entre en action l’une contre l’autre. Et ce à un endroit où précisément cette confrontation était rendue possible du fait des circonstances. Où trouver en effet, dans l’histoire de France et ailleurs, pareille succession de crises historiques majeures ? Une guerre déclarée stupidement et perdue honteusement par un régime autoritaire qui 18 ans durant avait réprimé durement les oppositions, l’avènement d’une république qui s’autoproclame Gouvernement de la Défense nationale et capitule, une ville (Paris) qui résiste héroïquement à un terrible siège. Enfin, un pouvoir qui tente de reprendre le contrôle d’une capitale qu’il n’avait plus les moyens de contrôler en prenant le risque de fédérer contre lui toute une partie de la population.

Paris en 1871

Paris, au début du printemps 1871, constituait bien cette place forte où tout était possible. Et seul l’aveuglement d’un gouvernement dépassé fut l’étincelle qui déclencha l’incendie quand au matin du 18 mars l’armée reçut l’ordre de récupérer les canons de Montmartre fondus grâce à une souscription menée par la population parisienne pendant le siège. La révolution alors, celle qu’on appela la Commune ou encore l’insurrection, murit par le ressentiment et les erreurs commises par le Gouvernement de la Défense nationale, d’elle même put éclore. C’est ce qui fait toute la particularité de la Commune et la place unique qu’elle tient dans l’histoire de France. Avec elle, sans qu’aucun complot n’ait été fomenté, sans coup d’état, du 18 mars au 28 mai 1871, une expérience unique fut menée en France à une époque où le monde moderne était déjà en train de se dessiner : à savoir, le peuple (un peuple ouvrier essentiellement, auquel est malgré tout venu s’adjoindre une petite partie de la bourgeoisie), seul, affranchi, eut l’occasion 72 jours durant d’administrer et de gouverner une grande ville comme Paris en ne comptant que sur ses seules ressources.

Stéphane Esserbé.

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