N° 83 du 21/06/09

ALLONS BON !


HUMEUR

La chronique d'Hector Plasma

Il a gagné. C’est le plus fort. Et il l’a dit. Et il le prouve. C’est vraiment un balèze.

 

Critique de livres : Allons bon ! Il est pas là où il se trouve pour rien. Il est bête. Il est petit et ridicule mais les gens l’aiment et tiennent à le garder. On en parle d’ailleurs. Nos chers journaux font des sondages. Si aujourd’hui il y avait une échéance il serait réélu. Quel crack ! Comment ne pas voter pour lui ? Comment ne pas se dire qu’il est inéluctable. Il n’y a que lui. Rien d’autre. Personne. On est obligé de se le fader. On peut l’avoir encore comme ça sur les épaules pour de très longues années. Mais quand même… Son parti a fait un bon score. Faut dire que tellement peu de gens ont pris la peine d’aller voter. Il fait 28 %. Mais près de 57 % des gens ne se sont pas prononcés. Les journaux mentent (comme d’habitude). Lui il joue sur les mots. De quelle victoire parle-t-il donc ? Ce n’est pas lui qui a gagné. Ce sont ceux qui s’en foutent, ou qui sont dégoûtés. Ceux qui n’ont pas parlé. Ceux qui… Mais lui jubile. Il fait le triomphant. Il nous soûle de discours. Il nous agace. Vivement, mais vivement donc ! Quand est-ce qu’on le mettra dehors ?

 

 

 


LIVRES

Jules Renard
L'ECORNIFLEUR - Sillage - 197 pages - 13,50 €

 

L’écornifleur, comme le Renard, rusé, s’empare des choses qu’ils ne lui appartiennent pas sans avoir l’air d’y toucher. Fussent-elles des femmes. L écornifleur est un malin. Il ne se fait pas prendre…

 

Critique de livres : L'écornifleur

Et c’est son histoire que nous conte ce livre sympathique de Jules Renard. Rajoutons à cela que l’écornifleur ne sévit qu’au sein des familles bourgeoises, qu’il est un peu artiste sur les bords (homme de lettres exactement) et l’on voit facilement la trame d’un roman aigre-doux se dessiner. Au XIXe siècle, siècle bien pensant s’il en fut, nul n’est besoin d’être devin pour se faire une idée de ce qu’un écornifleur peut faire comme dégâts au sein d’une famille tout à fait respectable dont il a gagné l’amitié. L’écornifleur est aimable, agréable de surcroît. Il séduit. Il gagne la confiance du mari, respecte la femme, instruit la fille, et au bout du compte profite des uns et des autres. L’écornifleur n’a pas de scrupules. Et son parcours, narré sur le ton le plus sobre qui soit, finit par donner la nausée. Si ce roman démarre doucement, peu à peu, l’ironie qui en émane atteint son but. Le lecteur se laisse prendre à cette histoire lente au cours de laquelle il ne se passe pas grand-chose, pour mieux, à la fin, se sentir effrayé par les réels motifs de l’écornifleur. L’écornifleur est vil. Et sous des apparences policées, derrière sa bonne éducation, il n’a pas de scrupules. Au pays des bourgeois nous direz-vous… Pourtant l’écornifleur joue le jeu. Il prend son temps. Et si visiblement il méprise se monde qu’il côtoie, il en accepte également les règles, jusqu’à ce que, son forfait commis, il aille brouter l’herbe sur un autre pâturage. On se prend de sympathie pour ce personnage sans scrupules, à mesure que l’on goûte l’ironie tranquille dont le récit est fait. Une belle langue. Un style limpide. Pour évoquer un personnage qui l’est beaucoup moins et qu’on ne regrette pas d’avoir suivi tout un livre durant.


Stéphane Esserbé

 

 


PROSE

SAGESSE

PAR JEAN-RENE GODULE


Critique de livres : sagesse Je change. Mes souvenirs sont plus précis. Je comprends mieux. Comme si j’avais vécu inconsciemment et que je découvrais les choses. Par exemple, je sais aujourd’hui que j’ai eu tout à fait raison. J’aurais pu accepter l’errance, continuer, mais la sagesse… J’ai écouté cette voix. La liberté est là. J’ai mis vingt ans à l’acquérir. Durant toutes ces années j’ai observé. Je vivais, il me semblait en marge. J’avais très peu d’espoir. Je me souviens des premiers temps ; j’avais peur. Je me disais les hommes sont fous. Je regardais. Et je tremblais. Ce qui m’effrayait c’était l’agitation. La frénésie autour de moi me terrifiait. L’humanité courant m’interdisait. Je restais immobile, incapable, ahuri. Je me sentais exclu. Il fallait que je paie. Un crime ? Je percevais un doigt tendu sur tout mon être. La foudre me tombait dessus. Le bourreau, c’était le monde. J’étais là. Je n’avais pas d’existence propre. Je faisais comme on le voulait. En moi je ne sentais qu’un vide. Mener une vie était chose impossible. Maintenant, lorsque je vois autour de moi les hommes, j’éprouve même de la compassion. Je suis là et je sais. Il y a eu du temps. Et à chacun de ces instants je suis resté moi-même. Il y avait des cris. Je ne m’en mêlais pas. Je survivais.

 

 

 


CITATIONS

La citation de la semaine

"Nous portons en nous les merveilles que nous cherchons au dehors."

 

Thomas Browne

 

 




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