N° 79 du 13/04/09

LE DETAIL QUI TUE


HUMEUR

La chronique d'Hector Plasma

Bon, on va le dire. On va se faire taper dessus mais c’est pas grave. Et puis, c’est notre rôle. On est de ceux qui pensent différemment. On fait pas partie de la masse. On se compte pas dans le grand nombre. On essaie de tenir, de résister. On veut rester lucide. C’est notre vocation. Et tant pis pour les risques.

 

On va le dire donc, l’écrire. On trouve, nous au nonsens, des fois que Le Pen a raison. Ou tout du moins qu’il n’a pas pleinement tort. Lorsqu’il dit, par exemple, que les chambres à gaz sont un détail dans l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale, on est d’accord. Non pas que l’on soit dupe : on sait bien que le borgne a dit cela pour provoquer (ça marche d’ailleurs). On sait bien ce qu’il a en tête et que c’est pas joli. Mais nous, on s’accroche au détail. Et puisqu’en l’occurrence il s’agit bien de ça… Donc, cette histoire de détail, c’est quoi ? Une histoire dans la guerre. Mais qui dit guerre dit donc batailles. On est donc en droit de penser que l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale est l’histoire des différentes batailles qui se sont succédées durant cette guerre, autrement dit l’histoire du déroulement des opérations militaire du 3 septembre 1939 au 2 septembre 1945. On ignore pas bien sûr que durant cette guerre, au cœur des territoires conquis par les Nazis des entreprises d’exterminations ont été menées. Mais on sait aussi que ces entreprises n’ont eu aucune conséquence sur les opérations militaires. En d’autres mots, la guerre s’est déroulée. Les Allemands l’on perdu. Mais ce n’est pas à cause de tous leurs crimes. Plus simplement parce que, comme un général célèbre l’a dit, une force mécanique supérieure en est venue à bout. Sur ce plan là donc les chambres à gaz n’ont constitué qu’un détail. Dans le déroulement des opérations militaires, elles n’ont eut aucun impact. Bien sûr sur le plan humain c’est autre chose. Et peu de monde le nie.

 

Il est donc étonnant de voir, encore une fois, à quel point de nos jours tout ne peut plus être dit. Même si évidemment il y a des manières et des circonstances pour le faire. Ceci nous prouve, comme hélas l’a répété le borgne, que la liberté d’expression dans nos bonnes républiques est mise à mal. Qu’on laisse donc Dieudonné à ses délires provocateurs ! Qu’on laisse le borgne se fatiguer ! Il est plus dangereux de répondre aux provocations. Car elles touchent là où ça fait mal. Les mots peuvent constituer des armes. Et les armes, parfois, sont à double tranchant. Quand les communautés se séparent les unes des autres, les sociétés se brisent et les hommes se détestent. Est-ce donc inévitable ? Si les bouffons ne peuvent plus s’exprimer, qui donc pourra encore nous le montrer ?

 

 


LIVRES

Jean-François Lecaillon
LA COMMUNE DE PARIS RACONTEE PAR LES PARISIENS - BERNARD GIOVANANGELI EDITEUR - 263 pages - 20 €

 

La Commune de Paris est un épisode douloureux de l’histoire de France. Une guerre civile impitoyable qui fit de nombreuses victimes et eut pour théâtre Paris et sa banlieue. De nombreux livres y ont été consacrés. Mais peu regroupant les témoignages directs de parisiens d’alors…

 

Jean-François Lecaillon a la démarche intelligente de faire revivre ces événements terribles en donnant la parole à des témoins, qui, s’ils ne sont pas tout à faits représentatifs de la population parisienne d’alors, semblent bien restituer le climat de cette époque. En sélectionnant des textes de témoins directs saisis sur le vif (aucun n’est postérieur de plus d’un mois aux événements), il parvient à reconstituer non seulement ce que fut la vie des parisiens alors, mais également à montrer comment La Commune fut perçue par la population.

 

On est loin dans ce livre des images d’Epinal habituellement véhiculées lorsqu’on évoque la révolution du 18 mars 1871. Les témoignages apportés sont souvent ceux de personnes qui ne participent pas directement aux événements, et qui, s’ils n’adhèrent pas en majorité aux idéaux de La Commune, n’ont pas tous une opinion tranchée sur le parti à prendre dans le conflit. Les épreuves, les souffrances endurées par la population parisienne à ce moment sont en effet au cœur de ces témoignages. Et les préoccupations principales des parisiens sont avant tout des préoccupations de survie. Les événements sont souvent interprétés par le biais de ce prisme et si les témoignages rapportés font état du massacre sans précédent qui eut lieu au final dans les rues de Paris, le choix des récits rapportés par l’auteur montre bien que ce massacre ne fut pas rendu possible par le climat qui régnait alors dans Paris, mais plus par l’ignorance de ce qui s'y passait en province. Le ressentiment en effet, comme le précise l’auteur dans son introduction, expliquant beaucoup de choses. Le ressentiment de la Province à l’égard de Paris qui avait résisté face aux Prussiens, un ressentiment plus général accumulé pendant la désastreuse campagne de 1870, le ressentiment des nantis après leur frayeur face aux révolutionnaires. Paris fut le théâtre d’un massacre qui vint comme l’épilogue d’ « une année terrible » que l’histoire n’a pas encore oublié. Ce livre en effet, même s’il présente la grosse lacune, comme le précise l’auteur dans son introduction, de ne pas proposer de témoignages issus des classes les plus populaires (celles-ci n’écrivant pas), parvient malgré tout à porter un regard différent sur les événements, moins passionné, mais plus tragique, au regard des récits évoquant la Semaine Sanglante. « Il y avait tellement de morts, que le sang venait à couler dans le caniveau… » Les descriptions des massacres perpétrés par les Versaillais sont connus, mais les récits présentés dans ce livre sont différents. Ils n’émanent pas de partisans de La Commune. Ils sont ceux de simples quidams, ou encore de soldats de l’armée de Versailles. Et si quelques-uns se réjouissent de voir le sang couler dans Paris, d’autres, plus nombreux, sont pris de dégoût et de pitié.


La lecture de ce livre permet de vivre La Commune comme a pu la vivre une partie de population parisienne d’alors (celle qui était restée à Paris). L’émotion y gagne peu à peu. Et avec elle l’incrédulité. C’est, au bout du compte, un sentiment d’effroi qui prédomine : celui de voir Paris livré au plus grand massacre qu’il ait jamais connu.


Stéphane Esserbé

 

 


PROSE

LA MORT

PAR JEAN-RENE GODULE

Les gens s’étonnent. Mais que pensent-ils ? Songent-ils vraiment que la mort les laissera ? La mort. A les voir, on dirait qu’ils l’ignorent. Elle les guette cependant. Moi je le sais. La mort est avec moi. Je la connais. Non pas que je l’ai vue de nombreuses fois. Mais je sais qu’elle est là. Elle n’est pas dissociée des jours qui passent. Elle attend le moment. Tout ce qu’on fait, tout ce qu’on entreprend, dépend de sa seule volonté. J’en suis conscient. Le plus puissant des hommes un jour mourra. Et cela seul suffit à montrer se faiblesse. Rien n’est fini en ce bas monde, et rien ne dure. La mort en décide comme elle veut. J’agis en fonction de cela. J’attends, sans aucune certitude. J’espère sans illusion. Chaque jour est une résurrection. Je n’organise rien. Je sais qu’à tout instant cela peut rompre. Je suis heureux quand même. Les jours qui passent sont tous uniques. Ils sont autant de chances. Je les contemple. Ce que j’admire c’est cette beauté. Oui, les aubes sont singulières. A ce moment la mort somnole. Le temps est suspendu. Et la conscience vacille. Peut-être est-on déjà parti ? Qui peut savoir ? La mort est-elle si douloureuse ?

 

 

 


CITATIONS

La citation de la semaine

"L'artiste est celui qui a entendu un appel. Il doit saisir sa chance mais peut échouer à tout moment, s'il cède à la facilité ou aux compromissions."

 

Pierre Péju

 

 




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