SUPER !
La chronique d'Hector Plasma
C’était bien, hein. Un accident comme ça ça leur a plu. Ils en ont fait des éditions spéciales. Ils en ont envoyé des journalistes. Ils étaient tous aux anges.
Tu parles, un avion qui se crashe, qui disparaît… Et un avion d’Air France en plus. Et un airbus, qui volait vers Paris ! Ah quelle aubaine ! On vous en a servi des commentaires ! On est allé en chercher de ces experts ! Discussions, hypothèses, spéculations… On donnait la parole à ceux qui se trouvaient sur place. On parlait des victimes, de leur famille. On était tristes et solennels. On évoquait le destin effrayant. On faisait tout un tas de reportages. On interrogeait les voisins. On questionnait les proches. Ca vous tirait des larmes. C’était grand, du beau travail. Un vrai boulot de journalistes. De l’investigation. Merci. Ô ! Merci de nous avoir montré tout ça. Toutes les chaînes, tous les journaux ! Merci. Que ferions-nous sans vous ! Que feriez-vous sans toutes ces catastrophes ? Franchement. Tout ça nous a bien tenu en haleine. Merci. Les pauvres morts (qu’on sait même pas où ils se trouvent !) Et les pauvres familles ! Vous imaginez ça, vous ? Heureusement qu’ils sont là ces journalistes. Qu’est-ce qu’on ferait sans eux ? On se demande.
Jack London
L'ENNEMI DU MONDE - La part Commune - 70 pages
- 12 €
Dans la vie, on peut mourir mille fois. Ressusciter. Mourir encore. Au plus vif des plaisirs de notre créateur. Il faut souffrir, souffrir encore, sans réellement pouvoir espérer…

C’est ce que semble dire Jack London dans ce court recueil de nouvelles qui ne laisse pas indifférent. Puisqu’en deux textes, London semble dresser un tableau monstrueux de l’humanité. Le premier texte, nouvelle titre, évoque l’histoire d’un savant fou qui s’amuse à tuer et à ressusciter son fils en se livrant à d’étranges expérience avec. Narré par le fils, cette histoire terrible qui revisite le mythe de Prométhée s’achève aussi en parricide. De construction classique et d’une plume maitrisée, elle balaie ainsi en une vingtaine de pages deux des plus grands thèmes de la littérature. Riche en symboles, elle évoque toute la cruauté de l’homme tout en mettant en relief sa vulnérabilité. C’est un beau texte, d’une écriture limpide qui ne fait qu’en souligner le caractère effrayant. L’homme n’est rien. Et son créateur est un bourreau.
L’homme n’est rien mais il peut lui arriver parfois de se révolter jusqu’à en faire disparaître le démiurge qui l’a engendré. Telle pourrait être la conclusion de cette nouvelle. Conclusion qui nous amène au second texte du recueil dans lequel un homme d’une intelligence peu commune, persécuté par les autres, se révolte contre eux au point d’en devenir un criminel d’un type nouveau. Visionnaire et prémonitoire, ce texte, dans la même veine que le précédent est étonnant tant il semble annoncer les grands crimes collectifs commis en Europe entre les années 30 et 40. Beaucoup de dates en effet dans ce texte écrit avant 1916 semblent annoncer des événements dont Jack London d’une manière ou d’une autre auraient eu la préscience : 1929, 1933, 1941, dates entrées dans l’histoire depuis, mais qui marquent dans le récit de London des étapes importantes dans la vie du grand criminel dont il dresse le portait. Le style est aussi pur que celui de la nouvelle précédente. Et l’on comprend qu’il s’agit là de deux textes de premier plan...
Stéphane Esserbé
NU
PAR JEAN-RENE GODULE
J’avais toujours rêvé de m’allonger entièrement nu au bord d’une plage. J’avais imaginé un lieu sauvage. Un endroit où personne n’aurait encore marché. Il y avait ce bruit, et ce chant très léger. Le vent bruissait, et seul j’allais. J’étais libre, prêt à m’abandonner. Etais-je encore un homme ? Et qu’attendais-je ? Je n’étais pas inquiet. J’allais tout doucement. Le sable fin, et la lumière… Léger. J’étais léger oui. Je me sentais joyeusement vide. Mon corps étincelait. Mon corps… C’était lui qui allait. Il me guidait. Ne vivais-je pas par lui ? Au vrai, il était tout entier devenu moi. Il venait d’effacer toute ma conscience. Je lui obéissais. Il me semblait totalement infaillible. Je le sentais si beau. Il transpirait. Et marchait d’un pas sûr. C’était grisant. Mon sexe ne m’effrayait pas. Quelque chose me guidait. J’entendais un appel. Comme une voix. Un cri imperceptible. Prégnant. Oui… Oh oui… J’étais pressé. Car je savais. C’était l’heure de l’accomplissement. L’arrivée d’une minute où se réalisait mon rêve. Rien d’autre. Libération. Enfin j’allais me voir. J’allais me découvrir. Et ma présence… Allait-elle enfin se montrer réelle ? Allait-elle enfin triompher ? J’en avais l’intime conviction. Même si cela me semblait impossible. Même si ça semblait fou. J’allais pouvoir me dévoiler, m’offrir. Je m’avançais.
La citation de la semaine
"Nous portons en nous les merveilles que nous cherchons au dehors."
Thomas Browne
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