UNE QUESTION DE TEMPS
La chronique d'Hector Plasma
Et hop, ça y est, il l’a fait. Finies les RTT. On va retravailler. Français, françaises, vous l’avez voulu, vous l’avez...
Travailler
plus, pour gagner la même chose. Ajoutez à ceci les quotas d’expulsion
de méchants ouvriers tous illégaux, la retraite, à laquelle vous n’aurez
plus droit avant d’avoir travaillé 41 ans, le boulot « raisonnable
» que vous devrez accepter quoi qu’il arrive au bout d’un certain temps
si vous êtes au chômage, les suppressions d’emploi dans l’éducation
nationale, tout ça nous prépare une belle France bien moderne tout
comme il faut. Une France nouvelle, où le droit du travail devenu obsolète
n’aura plus cours. Où le travail et les richesses seront les seules
valeurs. Où il faudra se taire. Se taire. Travailler. Accepter la misère.
Le chômage ? Il n’y en aura plus. Vous aurez accepté n’importe quoi
pour un salaire minime. Les déficits ? Fini aussi. Vous aurez dû souscrire
à une assurance privée car la Sécu ne sera plus. Les inégalités ? Pareil,
les pauvres seront tous illettrés et ne pourrons plus se faire entendre. Il n’y aura plus rien, plus que des
riches, bien portants, gros, gras, qui, au quotidien, marcheront sans
vergogne sur la tête des plus pauvres. Voilà. Ca vous plaît ? C’est
ce que vous vouliez ?
Nous on est plus sceptique. On se demande ce que tout ça donnera. Car les riches, à force d’être riches et d’avoir tout, ça finira sûrement par énerver tous ceux qui n’ont plus rien ou plus grand-chose… Et alors là… On verra bien ce qu’on verra. Debout, les damnés de la terre ! Ca recommencera. A force de trop tirer la corde rompt. Ce n’est qu’une question de temps. Ca finira bien un jour par arriver. Et ce jour là…
Collectif
PEUR - Ginkgo - 235 pages - 17 €
La peur est le thème principal de ce recueil. Peur du passé ou de l’avenir. Peur d’avoir à payer ses crimes. Peurs mystiques et surnaturelles. Les auteurs de ce recueil sont russes, classiques ou contemporains. L’ensemble est de qualité inégal…
Alexandre
Pouchkine, Léon Tolstoï, Fiodor Sologoub, sont au menu de ce livre
qui mêle textes de qualité et de facture classiques et textes plus
difficiles. La peur, chacun l’a connue un jour, mais en Russie, dans
ce pays où il peut faire si froid, où la violence peut être si terrible
et les dictateurs si puissants, tout peut prendre un aspect encore
plus effrayant.
Avec « Le croque-mort », d’Alexandre Pouchkine, premier texte du recueil et incontestablement le meilleur, le ton est d’ailleurs donné : en Russie, nous sommes au pays de toutes les peurs. Ainsi, un soir d’ivresse, un croque-mort pas toujours très honnête peut-il éprouver la peur de voir arriver chez lui tous les hommes qu’il a enterrés. De même, un homme en apparence sain d’esprit et terrorisé par l’idée de la mort peut-il prendre conscience de sa folie au moment même où il cesse d’avoir peur (Journal d’un fou, de Léon Tolstoï). Enfin, une femme, à priori simple d’esprit, dans l’enfer Stalinien, peut-elle devenir un terrible instrument de terreur (Parania). On le voit, en Russie, quelle que soit l’époque, la peur est protéiforme. Elle peut être animale et trouver ses origines au plus profond des mystères de l’âme humaine, autant qu’elle peut-être consécutive des tortures que l’homme peut s’imposer à lui-même. Elle peut aussi faire rire, ou rendre fou. Elle n’est, en tout cas, jamais anodine et toujours révélatrice des maux dont souffre les hommes et les sociétés.
Dans ce recueil, elle est présente à chaque page, même si les textes présentés,
par la diversité de leur ton et leur format ont parfois du mal à constituer
un tout. Les bons textes ; « Le croque-mort », « Parania », souvent courts,
s’enchaînant souvent à d’autres moins bons et plus longs. L’ensemble au final
déçoit. Car ce recueil aurait gagné à être plus court. Malgré la thématique
et la nationalité commune de tous les auteurs, on n’y note aucun temps fort.
Et c’est dommage.
Stéphane Esserbé
CHRONIQUES DES TEMPS HUMIDES par Bernado*
(textes et dessins)
"Le monde était heureux. La guerre et la misère inconnues. Les forces célestes,
trop longtemps oubliées s'en offusquèrent : l'homme devait suivre
son destin et s'en prendre plein la gueule. Alors il y eut la pluie.
Des années de pluie. Les eaux montèrent. Il n'y avait plus que l'eau.
Il parait que le ciel n'a pas toujours eu cette couleur. Ceux qui
restèrent au sommet des tours eurent raison : il ne reste plus que
nous : l'Arche. Je dois maintenant vous parler de Mavis Brünn. Il
était sans histoire. L'entretien des ponts et passerelles de l'Arche
occupait ses journées et sa vie. Il passait ses nuits en fumant à
regarder répéter les danseuses. Mais l'Arche a eu besoin de lui.
Lui seul pouvait réussir cette mission. Et lui seul était assez con
pour l'accepter. Ils sont venu le chercher." (a suivre...)
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* Bernardo est architecte, dessinateur et mime.
La citation de la semaine
"Croule donc, Société ! meurs donc, vieux monde !"
Joris-Karl Huysmans - "A rebours"
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