N° 75 du 08/02/09

LA CRISE


humeur

La chronique d'Hector Plasma

Bon, la crise, parlons-en. Bien sûr on va pas dire que ça n’existe pas. Mais plutôt se demander dans quelle mesure ça existe vraiment.

 

La crise ! Quelle crise ? Celle d’hier ? Celle de demain ? Sait-on ? Parce que la crise, franchement, ça fait combien de temps qu’on nous la sert ? Depuis plus de 30 ans ! Non ? Mais si ! Il y a toujours une crise en route. Soit elle vient de finir, soit elle va arriver. Elle est jamais bien loin. Alors de quoi on parle au juste ? De tout ce qui va pas ? Et si, justement, ce qui n’allait pas, ce n’était pas la crise, mais ce qui est frappé par la crise. Ce qui, depuis 30 ans, n’arrête pas de se nourrir de crises, c'est-à-dire un système qui, pour perdurer et permettre aux forts de toujours exister, a un besoin impératif d’écraser les plus faibles afin de s’en nourrir. La crise au fond, si l’on y regarde au plus près, a du bon, puisqu’elle nous montre où le bât blesse. Le hic, c’est qu’on fait mine de n’y pas voir. On remet pas en cause ce qu’il faudrait. On continue. On fait comme si. Car tous ceux qui décident, eux, ne connaissent pas la crise. Ils l’utilisent. Soit pour être plus riches. Ou encore plus puissants. Alors la crise… Franchement, éteignez la télé, réfléchissez !

 

Ca vous fait pas bizarre à vous de vivre dans un monde en crise depuis plus de 30 ans ? Vous trouvez ça normal ? C’est quoi la crise ? Le mal, ou ce qui le désigne ? Nous on a notre idée. On vous dirait que la crise on s’en fout, comme de pleins d’autres choses. La crise, c’est nous tous, parce qu’on a trop laissé les choses aller. La crise, bientôt, elle sera peut-être une chance. La crise, faudrait celle-là qu’elle puisse nous amener à autre chose…

 

 


livres

Gabriel Chevallier
LA PEUR - Le dilettante - 349 pages - 22 €

 

On connaît Gabriel Chevallier pour « Clochemerle », on le connaît moins pour « La peur », roman impeccable qui raconte son parcours lors de la Première Guerre Mondiale...

 

« La peur ». Loin de tous les récits célébrant le courage et l’abnégation des combattants de la Grande Guerre, est en effet l’un des plus grands romans écrits sur cette période. Pas tout à fait proche de Léon Werth, différent d’Erick Maria Remarque, Gabriel Chevallier en effet a signé avec ce livre celui que tous les combattants de la Grande Guerre auraient pu écrire s’ils avaient eu sa plume et son intelligence. « La peur » n’est pas seulement un roman sur la guerre, il est surtout celui qui décrit avec le plus de force ce sentiment de terreur qui habita tous les combattants concernés au cours de ce conflit meurtrier. Dartemont en effet, héros du livre, a peur, et il le dit sans honte. Il voit autour de lui les hommes mourir. Il entend les obus tomber, les ordres stupides arriver. Il obéit, mais il a peur. Son combat n’est pas tant celui qu’il mène contre les allemands, mais celui qu’il doit sans cesse recommencer face à la peur. La guerre il n’en doute pas est tout à fait stupide, et seule la survie compte. Il méprise plus les généraux que les soldats ennemis. Il éprouve plus de haine envers un officier d’état-major français qu’envers un fantassin allemand. C’est que le fantassin allemand traverse la même épreuve que lui, qu’il sait, et le comprend.

 

Dartemont ainsi, s’il est de nombreuses grandes batailles (le Chemin des Dames entre autres), ne s’égare pas. Il sait qu’il n’est qu’un pion, dont, déjà, on a sacrifié la vie. La plume de Gabriel Chevallier est saisissante. Et ses descriptions des combats ahurissante. Il ne s’agit pas ici en effet d’un simple livre de témoignage, mais d’une véritable œuvre littéraire qui a le mérite de peindre avec une force extraordinaire les horreurs de la guerre sans pour autant donner dans le spectaculaire. Il n’y a pas de héros dans ce livre. Il n’y a que des hommes, qui, livrés en pâture à l’histoire, sont destinés à mourir inutilement en connaissance de cause. « Nous savions qu’il était absurde et criminel de lancer des hommes sur des fils de fer intacts, couvrant des machines qui crachaient des centaines de balles à la minute. Nous savions que d’invisibles mitrailleuses attendaient les cibles que nous serions, dès le parapet franchi, et nous abattraient comme un gibier. » « Ils savaient », tous. Et « ils » n’avaient pas le choix. « Ils » ont été assassinés.

 

C’est ce que Dartemont cherche à faire comprendre aux lecteurs tout au long du livre. C’est ce qu’il fait avec beaucoup d’intelligence. Tant et si bien qu’il est impossible, après avoir lu ce livre, de trouver une quelconque grandeur à la guerre.


Stéphane Esserbé

 

 

 


PROSE

RIEN

PAR JEAN-RENE GODULE


J’ai dormi très longtemps. Je rêvais d’autre chose. J’avais faim. J’avais froid. J’espérais. Le ciel était obscur. Et les jours gris. Mais j’étais habitué. Il n’y avait rien mais je ne pensais pas qu’il puisse y avoir quelque chose. J’allais ainsi au fil des jours. Le temps me semblait suspendu. Je me levais le matin et regardais à la fenêtre. La ville m’apparaissait. Y avait-il un ailleurs ? Le fait de porter mon regard au loin me le laissait accroire. Mais la raison… Le rêve m’envahissait. Ce qu’il y avait devant disparaissait. Cherchant à le poursuivre je divaguais. Ma vie se confondait au ciel. Pourtant les perspectives… Les nuées me saisissaient. Ce que je recherchais… Au quotidien j’étais lassé. Je n’avais plus d’envie. Je tournais sur moi-même. J’étais certain qu’il n’y avait rien.


Les projets m’étaient interdits. Oh le néant ! Mes gestes n’avaient pas de sens, et ma raison… Ma présence s’effaçait. Tout ça n’était-il pas un rêve ? Les choses étaient confuses. Je m’absentais. Toutes les questions. J’étais hanté. Habité d’une vie autre. Etait-ce la vérité ? Je n’étais pas si seul. Je percevais des ombres. Il y avait du mouvement. J’avais peur. J’espérais tant. L’espoir. Si seulement j’étais vide. Si seulement j'étais mort. Mais non. Je n'étais rien.

 

 

 

 


CITATIONS

La citation de la semaine

"... si l'écrivain savait vraiment ce qu'il veut écrire. Jamais il ne se mettrait à sa table."

 

David Albahari - Mrak

 

 




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