13/12/08



LE DEVOIR DE MEMOIRE


HUMEUR

Par Otto Didakt

L’expression « devoir de mémoire » a-t-elle un sens ? On conviendra à l’avance du crime de  plume que constitue le fait d’oser poser cette question en des temps où toutes les questions ne sont pas bonnes à poser. Pourtant nous le faisons. L’expression « devoir de mémoire a-t-elle un sens ? »

 

Réfléchissons.


Qu’est-ce que le devoir ? Et qu’est-ce que la mémoire ? Prenons le dictionnaire. Concernant le devoir le Petit Robert nous dit : « L’obligation morale considérée en elle-même », et encore « ce que l’on doit faire. » Relativement à la mémoire le même dictionnaire propose : « Faculté de conserver et de se rappeler des états de conscience passés et ce qui s’y trouve associé. » Ainsi, l’expression « devoir de mémoire » devrait signifier que l’on doive se sentir obligé de conserver en soi et de se rappeler certains états de sa conscience et les événements qui y furent associés. En d’autres termes, on doit donc se sentir obligé de se souvenir. Mais de se souvenir de quoi ?

 

L’expression « devoir de mémoire » est récente.

 

Elle utilise le mot mémoire pour évoquer le souvenir de souffrances subies par le passé par certaines catégories de population. En France, elle fut surtout invoquée pour demander à l’état de reconnaître la responsabilité de l’Etat Français (nom que s’est lui-même donné le régime de Vichy) dans l’extermination des juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale. On peut donc en déduire que cette expression est née pour perpétuer le souvenir de crimes historiques commis et importants au point de rendre possible la disparition de toute une catégorie de population. Il est donc logique de pouvoir penser que l’expression « devoir de mémoire » si elle a un sens, peut être invoquée au sujet de tous les grands crimes historiques du même genre et dont le XXe siècle n’a pas été avare. Comme le massacre des arméniens par les tucs en 1915, les grandes purges staliniennes des années 30, ou encore l’extermination de tous les opposants au Nazisme en Allemagne dans les mêmes années. Aura-t-il donc fallu attendre la fin de la Guerre Froide pour voir consacrée cette expression ? Et pourquoi n’est-elle précisément utilisée qu’à l’occasion de l’évocation de ce qu’on appelle aujourd’hui la Shoah ?

 

Les victimes juives du Nazisme doivent-elles être distinguées des autres ?

 

La Shoah, qui compte parmi les plus grands crimes historiques commis au XXe siècle, est-elle le seul crime de ce type à propos duquel ce devoir de mémoire puisse être invoqué ? Peut-être, dans la mesure où l’acharnement des nazis à vouloir exterminer les juifs de façon méthodique et organisée constitue sans aucun doute le point d’orgue du crime historique tel qu’on l’a connu au XXe siècle. Non, dans la mesure ou d’autres catégories de la population ont souffert à la même période du même acharnement. N’oublions pas que 20 millions de russes furent tués pendant la guerre, que la guerre menée en Russie par l’Allemagne nazie fut une vraie guerre d’extermination qui n’épargna aucune catégorie de la population, et qu’outre les 6 millions de juifs morts dans les camps d’extermination, il y eut également 5 autres millions de personnes (résistants, communistes, tziganes, homosexuels, noirs, handicapés, opposants au Nazisme de tous bords etc…), qui y moururent dans les mêmes conditions. Les victimes juives du Nazisme doivent-elles être distinguées des autres ?

 

En occident, il semble en réalité aujourd’hui que cette distinction doive aller de soi.

 

Comme s’il était normal de considérer qu’une victime juive du Nazisme ait été plus atteinte qu’une autre. Ce qui est absurde. Est-ce dû à un sentiment de culpabilité de la part de l’Occident ? Sans doute. Est-ce dû aussi au fait qu’être juif constitue également un fait religieux et qu’entreprendre l’extermination des juifs équivaut à chercher à détruite une communauté qui entretient ou croit entretenir depuis toujours une relation particulière avec le divin ? Sans doute aussi. Même si l’on peut de moins en moins le dire.

 

 



A la prochaine !



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