Les critiques littéraires de Stéphane Esserbé... et des autres
José Lenzini
LES DERNIERS JOURS DE LA VIE D'ALBERT CAMUS – 142 pages - ACTES SUD - 16,50 €

En ces temps d’anniversaire et de célébrations, il est de bon de parler d’Albert Camus… C’est ce qu’a fait, dans ce livre, José Lenzini avec l’idée de raconter les tout derniers jours de la vie de l’auteur disparu brutalement il y a 50 ans…
Une livre de plus sur Camus donc, que l’on se doit d’aborder avec prudence au moment où cet auteur semble, au propre comme au figuré être sur le point d’entrer au Panthéon des lettres françaises, et qui, s’il reprend à son compte tout ce qu’on sait déjà sur les derniers moments du prix Nobel 1957, ne manque pas d’intérêt. Court, ce livre évoque plus particulièrement les deux derniers jours de la vie de Camus, qui, pour l’essentiel, sont consacrés au voyage censé le mener de Lourmarin à Paris en compagnie de Michel Gallimard et sa famille. Equilibré entre ce qui est réellement connu de ce voyage et ce que l’auteur a dû imaginer pour construire son récit, il laisse également place à des réflexions que Camus, pas forcément au cours de ce voyage, a dû par contre se faire à certains moments de sa vie. L’Algérie, la mère de Camus, sa passion pour le théâtre sont évoqués et l’on reconnaît bien Camus tel qu’il a dû être. Dans la voiture censée l’emmener à Paris mais qui le mène à la mort, la pensée de Camus vagabonde en explorant ces thèmes et ce sont tour à tour différentes facettes du personnage qui sont ainsi abordées. La plus touchante étant sans conteste celle de sa relation avec sa mère. Nulle révélation dans ce texte. Rien, au sujet d’Albert Camus, qu’on ne sût déjà. Mais de petites séquences bien réussies, qui collent, elles aussi, au personnage. Scènes qui laissent entendre la proximité de l’auteur du livre avec celui de « L’homme révolté. » L’idée est bonne et change quelque peu de toute la prose désormais abondante au sujet d’un auteur autrefois jugé facile et aujourd’hui curieusement devenu à la mode. Dans ce livre, les dernières heures d’Albert Camus sont ainsi à l’image du reste de sa vie ; pénétrées de doutes et de certitudes, de solitude et de camaraderie, de passion et de trahison.
E.T. A. Hoffmann
LE CHOIX D'UNE FIANCEE – 157 pages - Sillage 12,50 €

Durant sa courte vie, Hoffmann écrivit de nombreux contes. Celui-ci, rédigé lors de l’une des périodes les plus fécondes de sa carrière, le fut alors qu’il maîtrisait totalement son art. Pétri de tout ce qui fait le style de ses contes (ambiance fantastique notamment), il aborde le thème de la fiancée et est à l’image de toute une œuvre…
Dans ce conte en effet, l’ambiance est étrange. A mi chemin du burlesque et du fantastique, avec des personnages de type familier chez Hoffman (l’artiste, l’orfèvre, la jeune femme), le tout mis en scène dans un récit remarquablement bien mené, le thème de la fiancée est traité de façon originale. Si l’ouverture surprend, le lecteur comprend vite qu’il s’agit d’une histoire de mariage arrangé dont l’intrigue, pleine de rebondissements, va constituer le cœur du récit. Trois personnages différents convoitent en effet les faveurs d’une jolie demoiselle, elle-même fille d’un respectable conseiller commercial. Celui-ci ayant promis la main de sa fille à l’un d’entre eux, qui n’est pas celui à qui vont les faveurs de la demoiselle. Si le scénario est à priori peu original, la patte d’Hoffman, qui réussit à faire évoluer son intrigue dans une ambiance tout à fait digne de ses contes les plus fantastiques, lui confère une limpidité dont l’apparente simplicité fait toute la force. Avec des personnages très présents, des situations classiques parfois traitées sur le ton d’un burlesque plus moderne, c’est en effet une œuvre singulière que le lecteur découvre. Pleine d’humour, elle n’est de surcroît pas morale et se laisse savourer comme une impertinence. Le choix de la fiancée au final étant réglé par un tirage au sort qui désigne l’heureux élu. Ce tirage au sort, savamment manipulé par le personnage interlope du récit, l’orfèvre, dont les pouvoir mystérieux s’apparentent en bien des points à ceux du diable, au bout du compte ne menant à rien puisque chacun des trois prétendants, qu’ils aient été « dédommagés » comme les deux premiers ou élu comme le dernier, se verront de toutes façons éloignés de la jeune amoureuse, laissant la voie libre à un quatrième prétendant. Très moderne, ce conte étonne par son mordant et le savant mélange qui en fait toute la réussite. C’est une pièce classique, qui se doit d’être lue comme telle.
ALEXANDRE NAJJAR
BERLIN 36 – 284 pages - Plon 20 €

Berlin, 1936. Les jeux olympiques vont s’ouvrir et Jesse Owens, au nez et à la barbe des dirigeants nazis va y triompher. A cette occasion, avant le grand cataclysme, des hommes , des femmes, inconnus et célèbres, vont se croiser dans la capitale allemande...
Si les jeux olympiques de 1936 sont bien le sujet principal de ce roman, les personnages qui le font vivre n’en sont pas pour autant insignifiants. Nombreux en effet, historiques ou anodins, ayant tous existé, ils y font la petite et la grande histoire. Adolf Hitler, Josef Goebbels, Leni Riefenstahl, Jesse Owens, le baron Pierre de Coubertin comptent parmi les plus connus. Mais également une journaliste française installée en Allemagne, un pianiste allemand qui résiste à sa façon au nazisme, de nombreux sportifs qui refusent de se soumettre se côtoient dans ce livre qui parvient à faire revivre adroitement les jeux olympiques hitlériens. Composé de chapitres courts et enlevés, ce roman suit principalement la trajectoire de Jesse Owens de son enfance à ses derniers instants, tout en faisant le lien avec le destin d’autres personnages non moins intéressants. L’évocation du déroulement des jeux olympiques de 1936 constitue bien évidemment le point d’orgue du livre, dont le dénouement nous amène presque à aujourd’hui. Adroit, ce livre est agréable à lire et dresse le portrait d’une compétition qui, à contrario de ses principes fondateurs, par l’entremise de ses dirigeants, a souvent frayé dangereusement avec la politique. Le CIO déjà, y apparaissant comme une institution éminemment politique. Dans ce sens très modernes, ce qu’on appelle communément « les jeux » apparaissent ainsi dans toute leur ambiguïté, mettant en relief leurs contradictions, leur grandeur et leur part d’ombre.
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