APRES LA CRISE, LA GRIPPE..
La chronique d'Hector Plasma
Alors quoi ? Vous z’êtes pas encore mort ?
La grippe, la grande grippe, la pandémie vous a pas encore tué ? Vous avez de la chance. Parce que c’est grave. Très grave. Les médias, les politiques l’ont décrété. Ca peut tous vous contaminer. C’est nouveau. C’est la grippe du cochon. Ca nous vient du Mexique et ça va se répandre. Il faut acheter un masque, annuler ses voyages, bien se laver les mains. C’est bien plus grave que tous les accidents de la circulation qu’il y a tous les jours dans le monde (combien de morts par jour ?). Plus grave que la famine. C’est terrifiant. C’est comme la crise en fait. On en a aussi peur que de la peste. C’est dire… Evidemment vous le gober. Vous êtes prêts à mettre votre masque. C’est que, il nous fallait bien ça. Ca nous occupe, nous empêche de penser. Les histoires de la crise ça commençait à s’émousser. On vous a trouvé autre chose : tremblez, tremblez. La prochaine fois, ca sera quoi ?
Catherine Cusset
JOURNAL D'UN CYCLE - MERCURE DE FRANCE - TRAITS ET PORTRAITS - 130 pages
- 14,50 €
Catherine Cusset est l’un de ces écrivains qui compte. Elle donne l’impression de pouvoir tout faire. Sa plume est riche et son style varié. Mais elle n’est jamais aussi proche de la littérature que lorsqu’elle verse dans le registre qui semble celui qu’elle affectionne le plus : l’autofiction…

Catherine Cusset a une plume originale. Son style pourtant ne semble rien avoir d’exceptionnel. Mais il ose tout sans paraître vulgaire. C’est sa force. On sent chez elle un grand désir d’introspection mu par la nécessité de tout comprendre. Elle s’étudie, pour mieux comprendre l’homme. Avec « journal d’un cycle », c’est cette veine que le lecteur retrouve avec bonheur, sous la forme d’un récit qui confesse les tourments d’une femme écrivain dont l’un des grands plaisirs est de rouler dans New York à vélo et le grand drame de ne pas parvenir à tomber enceinte. Ce texte, court, qui évoque sans fausse pudeur la vie de l’auteur, est un voyage au cœur de l’être humain. On y retrouve toute la perversité de Catherine Cusset, perversité dont elle est avant tout, en toute conscience, la principale victime, et qui est associée à une grande clairvoyance. Ainsi que toute la profondeur d’une écriture qui mène très loin au cœur des travers humains.
A priori, le journal d’une cycliste en mal de maternité ne semble pas spécialement un sujet hautement littéraire, mais il devient, sous la plume de Catherine Cusset, une quête extraordinaire de sens et d’absolu. Catherine Cusset ne s’accepte pas telle qu’elle est et c’est pourquoi elle écrit. Mais elle sait tout aussi bien que c’est ce qu’elle ne parvient pas à contrôler de son être qui en fait la richesse. Ne lui reste que la confession, qui lui permet sans doute de se voir sous un autre visage, et de donner à son expérience un sens tout en tendant à l’universel grâce à son style impeccable. Comme dans certains de ses livres précédents (Jouir, En toute innocence, Confession d’une radine), Catherine Cusset se montre intransigeante et va jusqu’au bout de son projet. Elle s’écrit.
Stéphane Esserbé
UN REVE
PAR JEAN-RENE GODULE
C’était sa voix qui me touchait. En l’entendant je croyais à un rêve. Ce qui me protégeait au quotidien n’agissait plus. C’était comme si elle arrivait en moi. Je me sentais à nu, désarmé, faible. Cela me faisait peur et en même temps me réjouissait. Après tellement d’années. Ses mots étaient exactement ceux dont j’avais rêvé. Et je savais qu’ils disaient vrai. Qui était-elle ? Pourquoi était-elle là ? Cela avait-il donc un sens ? Je cherchais. Il y avait tant de signes. Jamais je n’avais connu ça. Je perdais tout contrôle. Mes forces m’abandonnaient.
Le premier jour déjà lorsque je l’avais vue j’avais reçu un coup. Son visage pâle m’avait paru très familier. Son regard… Je ne m’étais pas attardé. Pourtant en moi était montée une inquiétude. Comme si s’éveillait un fantôme. Un souvenir. Mes gestes m’avaient trahi. Mes attitudes me furent étranges. Ma voix… J’étais hanté.
Au premier signe d’intérêt émanant d’elle j’avais tremblé. Il est de ces rencontres… En un regard parfois…. Oui. Quelque chose était là. Peu à peu, j’avais senti un trouble. Et puis… Je m’étais rapproché. J’avais commencé à rêver. D’abord le monde, mon entourage. Je sortais de moi-même. Et il semblait qu’autour tout était neuf.
Finalement, un jour, nous nous sommes parlés. Elle m’a dit : « Vous me plaisez ! » J’étais anéanti. Pourquoi cette réaction ? Qu’avais-je fait ? Il me semblait que d’un seul coup toute ma vie s’écroulait. Que je n’avais plus rien. Je n’étais plus qu’un vide. Mes repères, mon passé… Tout ça venait de disparaître. Et elle ? Que voulait-elle ? Avait-elle une vie ? Je ne savais. Peut-être n’était-elle rien. Peut-être m’imaginais-je tout ? Un rêve. Un rêve oui. Mais avec un visage. Qu’adviendrait-il si elle cédait ? Et moi ? Une autre possibilité ? Qui n’en n’a pas un jour rêvé ? J’oubliais tout. Alors je ne sais plus. J’ai sombré. Il y a eu un gouffre. Je me suis enfoncé.
La citation de la semaine
"La nouvelle est la poignée de mains banale de l'homme de lettres aux créatures de son esprit."
Jules Renard - L'écornifleur
[F.A.Q.|Mentions légales|Contacts|lenonsens|Liens|Plan
du site]
