Bernard Costagliola

La marine de Vichy, Blocus et collaboration – Tallandier – 433 pages – 25 euros

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La marine de Vichy

Ce livre, d’écriture très technique et difficile à suivre, propose une histoire de la marine française du 22 juin 1940 au 27 novembre 1942, alors que la France, vaincue, s’est livrée au vainqueur en la personne du Maréchal Pétain. Portrait d’une certaine France qui tente avant tout de survivre entre les exigences de son vainqueur et les menaces de son ancien allier, l’Angleterre, c’est aussi celui d’un gouvernement qui opte peu à peu pour la collaboration…

Vichy

Dans ce livre, on découvre en effet tous les efforts du gouvernement de Vichy pour tenter de rétablir un trafic maritime vital avec ses colonies dont les ressources, alliées à la puissance de la 4ème flotte de guerre du monde, laissent à penser que l’armistice de juin 1940 n’était pas une fatalité. Et on mesure l’ambivalence et les difficultés réelles dans lesquelles tentent de se débattre ce même gouvernement. Entre un ancien allier qui seul continue à résister et qui par conséquent devient intransigeant et un ancien ennemi avec lequel une politique de collaboration s’instaure vite, la position de Vichy devient rapidement intenable. Présumé neutre, le régime un temps tente de jouer sur les deux tableaux, et se montre bientôt disposé à collaborer de la plus active des façons.

Collaboration avec l’Allemagne Nazie

C’est le principal apport de cette étude. Elle montre qu’en termes de collaboration, le régime de Vichy est non seulement allé bien au-delà de ce qu’on lui a demandé, mais s’est également montré purement et simplement prêt à entrer en guerre contre son ancien allié. Seules les circonstances de guerre et la volonté contraire d’Adolf Hitler l’ayant empêché. L’amiral Darlan, commandant en chef des forces armées de Vichy, n’attendant en effet qu’un respect des accords passés avec l’Allemagne Nazie pour mettre ses moyens militaires, et donc sa flotte, à sa disposition. Jusqu’à la mort de l’Amiral Darlan, qui survint dans des circonstances troubles au moment même du débarquement allié en Afrique du Nord, c’est donc la seule volonté de Hitler qui mit un frein à la collaboration du régime de Vichy. Celui-ci en effet, ne voulant pas donner possibilité à la France de se relever d’une manière ou d’une autre.

Un livre exhaustif

Ce livre, qui va en profondeur, éclaire ainsi sur bien des points et met définitivement à mal la légende selon laquelle Vichy jouait un double jeu entre Londres et Berlin. Par le détail, l’histoire du trafic maritime qui y est exposé est en effet révélatrice de l’état d’esprit du régime pétainiste qui préféra sacrifier son ultime atout militaire plutôt que de le laisser appareiller pour l’Angleterre.
Il laisse envisager que le sort de la France d’alors, confié à d’autres mains, aurait pu être différent…

Stéphane Esserbé

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