Auguste de Villiers de l’Isle Adam

Le bourgeois mis en pièces – Sao mai – 89 pages – 7 euros

Le bourgeois. Cette créature médiocre, avide, qui ne se réalise que dans la possession et la jouissance du bien pas toujours bien acquis. Le bourgeois, cet homme ignoble et détesté fut, au XIXe siècle, un sujet important de la littérature. Villiers de l’Isle Adam, avec cet ensemble de textes intitulés Le bourgeois mis en pièces, nous en livre une belle illustration…

Qu’est-ce qu’un homme, qui, pour avoir des frissons, se laisse enfermer une nuit dans le musée de Madame Tussaud de Londres afin d’y éprouver, sous la guillotine, ce qu’éprouvèrent les condamnés à mort ? Qu’est-ce qu’un autre, qui, sous prétexte qu’il aime le chant du cygne, s’embusque dans les parcs d’une ville afin d’y provoquer la mort des somptueux volatiles pour pouvoir jouir de leur chant ? Un bourgeois, évidemment. Un être tantôt ridicule et pathétique, comme Monsieur Redoux, et tantôt cruel et sans pitié. C’est donc à sa figure à laquelle s’est attaché Villers dans ce recueil dont l’intention, comme souligné dans le titre, est clairement de le mettre en pièce.

7 textes

En 7 textes assez brefs, c’est chose faite. Et même si parfois il est difficile de rentrer dans la phrase précieuse et hachée de l’auteur, on en reste pas moins conquis par ce portrait au vitriol. Les phantasmes de Monsieur Redoux spécialement, placé en tête du livre, est un texte digne de figurer dans les anthologies tant il est riche des symboles qui mettent à mal tout ce que peut représenter la bourgeoisie. L’histoire de cet homme qui se laisse enfermer dans le musée de madame Tussaud un soir afin de s’installer sous la guillotine n’est rien d’autre qu’une fable ironique destinée à rappeler au bon peuple bourgeois les grandes frayeurs qu’il dut éprouver lors de la Terreur de 1793.

Le bourgeois

Monsieur Redoux, brave homme bien tranquille qui part s’encanailler à Londres et se laisse aller à une folie ne s’y laissera plus prendre. Les frissons, les vrais, les grands élans de l’âme, la démesure, tout ça n’est pas pour lui. Lui n’est bon qu’à faire du commerce ou à jouir de sa rente. Malheur à lui s’il s’aventure sur d’autres terres ! Il ne sait pas ce qui l’attend. Et tous les bourgeois de ce recueil sont à l’image de Monsieur Redoux, même les jeunes fiancés (Virginie et Paul), qui, au moment de se préparer à célébrer leur union, ne voient en celle-ci qu’une association dont le but principal est d’asseoir leur position sociale.

La bêtise

A l’évocation de ces bons bourgeois dont la bêtise et l’avidité sont aussi cruellement évoqués dans le corrosif Les brigands, Villiers ne peut s’empêcher de finir sur une note menaçante. L’Etna chez soi en effet, texte de facture originale mais difficile à apprécier et dans lequel il n’est question que d’explosifs et de la manière de s’en servir, résonne comme le courroux d’un homme qui, ainsi que le souligne le préfacier du texte,  n’a de cesse de rendre le bourgeois fous pour l’assassiner plus à loisir et plus sûrement. Un recueil à ne pas manquer.

Stéphane Esserbé

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