BERK !
La chronique d'Hector Plasma
Bientôt, elle ne trônera plus. Elle ne pourra plus jouir des privilèges. Elle n’aura plus tout ce pouvoir… Alors, à quoi bon maintenant !
Elle peut bien se montrer comment elle est. Elle est sensée faire campagne, conquérir, avancer encore. Mais on voit bien que le cœur n’y est pas. Elle dit n’importe quoi, s’en amuse, de surcroit devant un parterre de journalistes. Cela ne se fait pas mais elle le fait. De toute façon elle a toujours fait des choses qui ne se faisaient pas. Rien d’étonnant donc. Et si maintenant de plus comme on le dit elle se trouve en disgrâce… Ceci explique sans doute cela. Elle s’en fout maintenant Rachida. Elle a eu tout ce qu’elle voulait ; le pouvoir, la réussite, l’argent. Elle est arrivée. Elle a eu de belles robes. Des photos dans les magazines. Elle a été portée comme un symbole par toute la presse. Elle a même eu un ministère. Elle a tout fait pour ça. Elle a menti et intrigué. Comploté et osé. Et aujourd’hui… Alors qu’on lui retire son jouet elle tombe le masque. L’Europe, la France tout ça, elle n’en a rien à faire. Ce qui comptait pour elle comme ce qui compte pour nombre de ses congénères n’était que le pouvoir. Alors, comme elle sait qu’elle n’en aura plus… Elle a mis fin à l’imposture. Elle vient de révéler sa vraie nature… Berk !
Ali Reza Sadry Alaï
FABLES ET CONTES PERSANS - L'INFINI - 366 pages
- 28 €
Ce ne sont pas moins de 49 fables et contes que présente dans cet ouvrage Ali Réza Sadry Alaï. 49 fables et contes persans qui, de longueur inégale, de thématique et de ton divers, nous livrent leur morale pas toujours comme il faut.

Qu’on se rassure pourtant, c’est presque toujours au plus grand bonheur du lecteur. Ces textes en effet, qui livrent parfois des conclusions inattendues, surprennent et se savourent avec délectation. Ils sortent de l’ennui convenu de la bonne littérature célébrée dans les librairies. Et ravissent par leur allégresse, leur bonne humeur et leur fraîcheur. Il ne s’agit pas d’histoires sérieuses ou ennuyeuses. Nul récit trouble où le sexe tient le devant du pavé. Nulle intrigue de meurtres sordides totalement incroyables. Il s’agit de vraies fables, de vrais contes, conçus il y a parfois des siècles, et qui remontent à nous par ce que l’esprit des hommes peut avoir de plus fort. Ali Reza Sadry Alaï, qui a colligé ces textes tous issus de la tradition orale persane, en a distingué certains sous le qualificatif de « folklore », des histoires inspirées de proverbes persans, tandis qu’il en présente d’autres de grands poètes comme Djami, Maulawi, ou Saadi. Le plus étonnant dans cet ensemble est que malgré la disparité de format et de ton des textes, malgré l’importance du volume, une unité se dégage et rend accessible les traditions et la culture persane avec chaleur, humour et sympathie.
On notera ainsi des textes qui tiennent en une demi-page, comme celui-ci : « Un jour, dans une petite ville, un homme souffrait d’une gêne persistante aux yeux. Il se rendit alors chez un vétérinaire qui lui prescrivit un remède destiné aux ânes. Le malade, après avoir minutieusement appliqué les petites gouttes sur ses deux pupilles, se réveilla le lendemain hagard : le monde apparaissait à ses yeux à travers un épais brouillard. Le malheureux était quasiment aveugle ! Furieux, il décida de s’en remettre au juge de la ville pour porter plainte. Ce dernier entendit la version de la victime puis celle du vétérinaire avant de conclure en s’adressant au premier : Si vous n’aviez pas agi avec la stupidité d’une bête, vous ne seriez pas allé consulter un vétérinaire. » Ou encore, la morale d’un autre, de la main du grand poète persan Saadi, plein d’humour et qui se passe de commentaire : «… une femme est bien mieux lotie quand elle hérite d’une carotte fraîche plutôt que d’une courgette ramollie ! » Ces deux extraits étant tout à l’image de l’ensemble du recueil. C’est donc à nouveau un travail remarquable réalisé ici par Ali Reza Sadry Alaï, dans la lignée de ses ouvrages précédents, toujours aux sources de la culture persane, mais également toujours soucieux de rendre celle-ci accessible aux autres cultures grâce à son consciencieux talent de conteur.
Stéphane Esserbé
L'HOMME A LA FENETRE
PAR JEAN-RENE GODULE

Il est à la fenêtre. Et il regarde. Quoi ? Nul ne le sait. Il est seul. Il semble sombre. Devant lui doit s’étendre la ville, s’ouvrir le monde. Un spectacle étonnant. Il s’émeut. Et trouve ça beau. Comment fait-il ? Il semble si lointain. Son regard doit se perdre. Son esprit se troubler. Il ne bouge pas. L’horizon doit l’appeler. Sait-il que rien ne lui viendra ? Pourquoi reste-t-il là ? Il voudrait autre chose. Il voudrait… Il ne sait pas.
La citation de la semaine
"... le silence pour un homme seul n'est pas une bonne chose."
Jack London - L'ennemi du monde
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