C'EST
GRAVE ?

La chronique d'Hector Plasma
Alors ? Vous y êtes allés ? Et vous en avez vu ? Oh oui. Il y avait du monde. Plein. Beaucoup. Et puis du bruit. Une rumeur. Un brouhaha...
C’était
grisant. De partout, on ne voyait que ça. On ne parlait que de ça.
On était là pour ça. Ca bourdonnait, grondait, vibrait. On pouvait
voir un tel. On pouvait approcher machin. On pouvait s’arrêter, regarder,
toucher. Franchement… On ne savait plus où donner de la tête. Il
y en avait tellement… C’était le paradis. On y était.
Des livres. Et des auteurs. Oh oui. Dans tous les sens. Une véritable orgie.
C’est que, on ne peut pas louper un truc pareil. Ce n’est qu’une fois l’année.
On arrive. On fait la queue. On paie. Et on y est. Car oui le livre a un salon.
Et pour qui l’aime…
Et puis il y a aussi des auteurs. Une dédicace fait toujours bien plaisir.
Ca donne envie de lire. Mais… L’envie de lire on l’a déjà. On n’a pas besoin
du salon pour ça. On ne cherche pas à consommer. Des dédicaces on n’en veut
pas. Et on attend pas ça pour lire. Le salon… Y parle-t-on vraiment littérature
? Y est-il question de grands livres ? Salon du livre, ne veut pas dire salon
de la littérature. Alors ? Alors rien. On n’a pas même bougé un doigt. On est
resté chez nous. On n’a même pas cherché à y penser. C'est grave ?
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Pierre Lartigue
LEGER, LEGERE - La bibliothèque - 202 pages - 16 €
Rêves, errances, ou souvenirs ? Léger, légère, de Pierre Lartigue, est sans doute tout cela. Texte très maîtrisé dans un style très classique, c’est le livre d’un esprit fin et remarquable...
L’unique
fil conducteur du livre est l’esprit de l’auteur. Il ne s’agit pas
d’un roman, ni d’un recueil, mais du cheminement d’un esprit que les
beautés du monde exaltent. Un voyage qui commence avec la mer.
Si au début il semble difficile d’en voir le but, il devient très vite évident
qu’il s’agisse de l’émerveillement. Le voyageur explore la mer, le Grand Nord,
et les grottes de Lascaux. Il est, tour à tour, enfant, adulte, ou proche d’un
homme célèbre. Puis vient l’exploration des contrées spirituelles. Où l’on
trouve Proust,
Nerval, Hugo, Verlaine, Rousseau…
« Que reste-il d’un livre si ce n’est ce goût qui ne nous quitte pas – malgré
le temps, malgré les arbres qui se couchent, malgré les pluies, les neiges,
les soleils et les nuits – ce goût comme de nougat naguère ? » p.74.
Tout est là.
Sur Proust, Pierre Lartigue a des lignes aussi belles que pertinentes : « La
Recherche est effrayante comme une cathédrale. Une cathédrale construite par
un architecte unique, sculptée par un seul sculpteur dont on ne sait s’il est
éveillé ou s’il dort. », p.158.
Au sujet d’Hugo, Pierre Lartigue investit Hauteville House dont il restitue
l’atmosphère comme si Hugo lui-même venait juste d’en sortir. Avec Rousseau,
c’est de Madame de Warrens que le lecteur fait connaissance au détour d’un
chemin.
D’une époque à une autre, d’un créateur à l’autre, d’un univers à l’autre,
la plume de Pierre Lartigue chemine dans une remarquable unité de ton.
Pour finir, c’est à l’enfance que
l’auteur aboutit : « Pourtant l’enfance n’est pas morte. Je veux parler de
l’aptitude à s’enchanter des bruits, des couleurs, du silence et de la beauté
des choses. »
Difficile d’évoquer ce livre tant il est riche à la fois de choses simples
et de beautés exquises. C’est un ouvrage léger, aussi léger que le papier dont
il est fait, mais dont la trame, au bout du compte limpide, accroche tout doucement
à la mémoire.
Stéphane Esserbé
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LUMIERE par Jean-René Godule
Que la lumière soit...
Je regardais au loin. La lumière éclatait. L’horizon était infini. Autour de moi le bruit montait. Je n’avais pas un geste. J’étais
tout à fait incapable d’une décision. Choisir m’était très difficile.
Pour moi tout était vain. Cette lumière… Je restais. J’avais besoin
de l’abandon. Je voulais retrouver mon souffle. Tout ce que j’attendais…
Mes rêves m’apparaissaient. Ma vie se transformait. Même l’écoulement
du temps parfois semblait fléchir. Quand le soleil restait suspendu
un moment… Quand l’éclat culminait…
J’étais au-delà de moi-même. Une autre part de moi s’ouvrait. Quelque chose d’inconnu,
sourire, qui irradiait. J’aurais pu croiser mon reflet. J’aurais pu voir ma vie.
Oh cet appel ! Je l’entendais. C’était une joie. De tous côtés qui me prenait.
Je baignais au grand jour. Et m’éveillais. Cela semblait si naturel. J’étais
dépouillé de mes masques, n’éprouvais pas de gêne. La simple plénitude de trouver
la lumière me contentait. J’éprouvais à nouveau des émotions. Je me souvenais
des illusions. Comment avais-je vécu ? Avais-je autant de force ? Sans lumière…
J’avais erré. Aujourd’hui… Je voyais le soleil. J’en étais libéré. Il montait
des désirs. J’ouvrais les bras. Je les offrais.
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La citation de la semaine
"... le potin est un signe de race des petites gens et des petits esprits."
Guy
de Maupassant - Le père Milon
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