N° 7 du 30/09/06

CA N'EXISTE PAS

La chronique d'Hector Plasma

C’est la grande invention du siècle dernier. Progrès considérable. Pas capital fait vers la civilisation. Le suffrage universel, objet d’âpres batailles passées, critère aujourd’hui fondamental pour déterminer le degré de développement d’un pays, n’est, à bien y réfléchir, qu’une farce.

 

En France, on sait comment il fut instauré. On sait qui, et suite à quels événements (un coup d’état), décida qu’il serait le nouveau mode d’élection du Président de la République en 1962 (on ne rigole pas). Triste à dire, mais fait pourtant totalement historique ; les élections présidentielles telles qu’on les connaît aujourd’hui sont l’œuvre d’un autocrate. Au pays des droits de l’homme cela nous semble paradoxal mais bon. Toute vérité n’est pas bonne à dire. Le suffrage universel… poudre aux yeux, illusion faite aux électeurs (ah ! ces électeurs…) qu’ils ont la possibilité et la force du choix. Mais de quel choix ? lenonsens le demande. Que choisit-on, au moment de voter ? Pourquoi vote-t-on ? De nos jours, c’est la télévision qui nous donne la réponse. On choisit, forcément, sans se poser de questions. En fonction de ce qu’on nous dit de choisir. Untel a un beau costume. Il parle bien. Il est beau. Son programme ? Il va rendre tout le monde heureux. Il va nous donner du travail. Faire rayonner la France. A chaque fois on se dit : cette fois ils m’auront pas. Tous ces menteurs, tous ces tricheurs, tous ces voleurs… A chaque fois on le pense. Le matraquage agit. La télé ensorcelle. Il faut voter. Oh le suffrage universel ! Même les morts votent (et ils votent bien). La sarabande toute médiatique à laquelle le bon peuple assiste depuis quelques semaines nous ressasse tout ceci. La République pourrait mourir. La démocratie en sortir amoindrie. Baliverne. Car on ne choisit pas. Le suffrage universel n’est guère qu’un leurre. Que prendrez-vous cette fois ? Un peu de peste, un doigt de choléra ?

 


 

 

Léon Werth
33 JOURS - Viviane Hamy - 148 pages - 7,50 €

Le 11 juin 1940, à 11 heures du matin, Léon Werth quitte Paris en voiture pour Saint-Amour, villégiature où il se rend chaque année. Il pense arriver à destination à 17 heures. Il y arrivera 33 jours plus tard…


C’est donc le récit d’un voyage que propose Léon Werth avec ce témoignage. Mais d’un voyage peu ordinaire, puisqu’il emmène le lecteur sur les routes de l’Exode que connurent de nombreux français en juin 1940. Avec ce texte, Léon Werth, pris dans la « caravane » des véhicules qui cherchent à fuir et encombrent les routes, témoin impuissant de la défaite, brosse un portrait juste des conditions dans lesquelles se déroula cet épisode douloureux de notre histoire.


Muni de sa plume alerte et jouissant toujours de son sens aigu de l’observation, c’est presque en journaliste que l’auteur de « Clavel soldat », à nouveau plongé dans la guerre et victime de l’histoire, restitue le climat d’une période qui marqua la France d’un traumatisme dont elle souffre encore. Dans le style précis et dépouillé qu’on lui connaît, l’auteur, au cours de ces 33 jours de chaos, note et analyse tout ce qu’il voit et vit. Sans complaisance et sans pathos, il dresse un tableau saisissant d’une France qui se perd et se défait d’elle même au fil des kilomètres. Loin de l’intransigeance du combattant de 1914 partit en guerre contre la guerre et dont « Clavel soldat » racontait la lutte, ce récit est celui d’un homme plus âgé et plus mûr. Ses accents de révolte et de refus face à l’occupant qui prend possession du pays, en font presque un récit patriotique. Les personnages rencontrés au fil du voyage, qu’ils acceptent la défaite ou qu’ils adoptent une attitude digne de résistance passive, laissent déjà présager des sombres épisodes qui attendent la France. Les scènes de combat, le portrait de l’occupant, sont des leçons d’histoire données à vifs et taillées au cœur même des événements par une conscience toujours extraordinairement lucide. Témoignage précis et vivant, ce livre est sans doute l’un des meilleurs sur le sujet. Complément indispensable à « L’étrange défaite » de Marc Bloch, il porte la lumière sur une période qu’aujourd’hui encore il est difficile d’aborder avec une telle acuité.


Plus de 50 ans ont séparé la publication de ce livre de sa rédaction. Manuscrit donné en mains propres à Saint-Exupéry par Léon Werth en 1940 peu avant que le célèbre pilote ne quitte la France pour les Etats-Unis, il n’avait pas été publié comme prévu alors que l’auteur du « Petit prince » l’évoque dans « Pilote de guerre » lui même paru en 1942. Enfin disponible, c’est un livre à découvrir.



Stéphane Esserbé

 

 

 

LE DESERT                                                 par Jean-René Godule

Jean-René a aimé le désert...

 

J’ai fini par comprendre que le monde n’était pas. Au-delà des murs gris, il y avait autre chose. Le temps n’existait pas. Qu’étais-je ?
J’avais perdu de longues années. La ville autour de moi hurlait. L’agitation grondait. Tout cela n’était rien. Ce qui comptait, venait après.
La nuit, le soir, aux instants d’abandon, quand je me retrouvais, quand j’étais seul, mon esprit s’animait. Ce qui m’handicapait au quotidien, ce qui me retenait… Je voyais un désert.

 

Je n’avais pas peur du désert. Je ne redoutais pas la solitude. Je me sentais heureux. Marchant, sous le soleil, nu, et volontaire, j’avançais. Je cherchais l’horizon. Je voulais m’en aller. Traverser l’univers. Atteindre enfin le mien. Celui que j’avais vu, tout au fond de mes rêves. Oh oui je me souviens. J’errais. Ce voyage… Mes membres ruisselaient. Et ma bouche était sèche.
Pourtant j’étais amène. Oui je souriais. J’étais certain de mon trajet. J’avais laissé le monde. Occulté toutes les illusions. Tout était loin. C’était le but. Mon vrai destin. Je devais continuer. Aller. Marcher. Je devais avancer. On ne choisit jamais. J’avais compris. Le monde des hommes n’était pas l’univers. Il était d’apparence.

Il est derrière l’agitation de grands silences, dont il faut bien parfois saisir le sens. Le désert le dévoile.

Je n’entendis plus la rumeur. Je m’approchais. J’avais soif. J’avais chaud. Je brûlais. Il fallait continuer. Le ciel… Le soleil étouffait. Le sable… Autant de grains.
Mon pas ralentissait. Mes pieds se consumaient. J’avais des souvenirs. Je revoyais le temps.

J’aimais l’étendue plate. Cette solitude. Le grand silence. Au bout d’un temps je m’arrêtais. Ce que j’apercevais ? L’horizon flou. Au loin une vague agitation. Comme un mirage. Un gros nuage. Le bleu du ciel.


La citation de la semaine

 

"Le cul des femmes est monotone comme l'esprit des hommes."

 

 

Guy de Maupassant, lettre à Gustave Flaubert, août 1878...

 

 



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