N° 64 du 30/06/08

FAUDRAIT SAVOIR


HUMEUR

La chronique d'Hector Plasma

Il y a trois ans, c’était nous. On nous avait fait un référendum. On avait eu une belle campagne...

 

Le site critique : C'est pas fini ?On avait eu les partisans du non et ceux du oui. L’Europe, que dans l’ensemble peu remettait en question, en avait besoin pour avancer. Il fallait s’unir, tous s’embrasser, sous le bon patronage d’un texte unique, garant de nos bonnes volontés. Il fallait dire oui. On était obligé. Las ! Ce qui longtemps avait semblé impensable, au final, s’était produit. La France, en se rendant aux urnes, avait dit « non ». Ce fut un drame aux conséquences incalculables. Et toute l’Europe qui nous montrait du doigt. C’était grave. Ce qu’ils sont bêtes ces français ! Ils n’y comprennent rien !

 

Le temps était passé pourtant.

 

Et puis, un certain sinistre 6 mai, nous eûmes un nouveau président. Actif celui-là. Très efficace. L’Europe ? Pas de problème moi je m’en charge. Et rapidement. Un tout nouveau traité ? Moi j’en fais un. Et celui-là en France on ne prendra pas le risque de le référendumiser. Croyez-moi, on fera ça au parlement. Oui mais voilà, il n’y pas que la France. Il n’y a pas que la Hollande. Il y a aussi d’autres pays. Et, décidément, on dirait que l’Europe ça pose quelques problèmes à plus d’un peuple. Ah le suffrage universel ! Le principe même de la démocratie… Finalement, ç’a du bon. Mais… Qu’apprenons-nous ? ! On le contesterait ce bon principe ! A quoi ça rime ? Pour qui est-ce qu’on nous prend ? On nous demande bien notre avis ou non ? Alors, pourquoi parler de revoter ? Faudrait savoir.

 

 

 


Livres

Joris-Karl HUYSMANS
EN MENAGE - Sillage - 316 pages - 16,50 €

A la fin du XIXe siècle, deux amis, André et Cyprien, jeunes encore, artistes tous les deux, sont confrontés à la question du mariage et du concubinage. Le premier, André, écrivain sans succès, est marié mais prend son épouse en flagrant délit d’adultère. Le second, Cyprien, peintre qui n’a pas plus de réussite, célibataire résolu, n’a jamais envisagé de se mettre en ménage…

 

Le site critique : Conquête du désastre« En ménage », livre atypique dans l’œuvre de Joris-Karl Huysmans, est une véritable étude sur le mariage et ses enjeux à la fin du XIXe siècle.
André et Cyprien en effet, deux artistes qui n’acceptent pas l’ordre bourgeois, se trouvent tous deux confrontés aux problèmes que pose le fait de se marier ou non. L’intrigue se noue ainsi : André, rentrant chez lui prématurément après une soirée passé avec Cyprien, surprend son épouse dans les bras d’un autre. Il quitte son domicile et va se réfugier chez son ami avant de retrouver un appartement et de se jurer, encouragé par Cyprien, qu’on ne l’y reprendrait plus. Mais le temps passant, la vie de garçon le lasse, et « les crises juponnières » éclatant, André éprouve à nouveau le besoin de se mettre « en ménage. » D’autant qu’au final, son ami lui-même, Cyprien, irréductible célibataire, finit également par céder et en arrive à se « coller .» Thème central du livre, la vie de couple et tous ses affres sont ici passés au crible avec beaucoup de perspicacité, d’ironie et d’humour.

 

Dans la belle langue de Huysmans : « Près des filets luisants des couverts et des lames claires des couteaux, les assiettes mettaient sur le blanc de craie de la nappe des ronds d’un blanc plus jaune que surmontait les gris diaphane des verres traversés par des coulées de jour qui descendaient du calice dans le pied où elles s’arrêtaient scintillant en un point vif », c’est malgré tout un livre au vitriol qui est ici proposé, tant l’ordre bourgeois et toute son hypocrisie y sont malmenés. Le mariage en effet, gage de bonnes moeurs de cet ordre triomphant de la fin du XIXè siècle, y est montré dans tous ces paradoxes et contradictions. Il n’a de réel sens que dans une société puritaine. Et met en relief le rôle et le caractère ambivalent des femmes dans l’ordre social. Deux modèles d’union sont proposés : le mariage petit bourgeois, qui n’est qu’un arrangement où les apparences doivent avant tout être sauvées, et le concubinage, qui peut à la rigueur, lorsqu’il est noué entre deux être qui décident de s’entre aider sans se soucier des convenances, peut constituer un modèle viable.

 

Très loin du convenable, Huysmans fait preuve dans ce livre d’une incroyable modernité, tout en restant, sur le plan du style, dans la dentelle et le raffiné. Peu tendre envers la gent féminine : « quand on est las des femmes et qu'on commence à crier de bonne foi qu'on les déteste, on peut graisser ses bottes et se faire donner le viatique. Le mariage et le concubinage sont là ; les désastres sont proches », il ne ménage pas non plus les hommes qui par faiblesse et lâcheté préfèrent le plus souvent aller à la facilité. Hommes et femmes renvoyés dos à dos dans ce qu’on appelle le couple et tout ce que ce dernier apporte dans la marche du monde, c’est l’ordre même de l’humanité qui est y raillé. Une lecture saine. Un roman tout à fait d’actualité.

 



Stéphane Esserbé

 

 

 


PROSE

CHRONIQUES DES TEMPS HUMIDES                              par Bernado*
(textes et dessins)

 

Le site littéraire : Chroniques des temps humides"Le monde était heureux. La guerre et la misère inconnues. Les forces célestes, trop longtemps oubliées s'en offusquèrent : l'homme devait suivre son destin et s'en prendre plein la gueule. Alors il y eut la pluie. Des années de pluie. Les eaux montèrent. Il n'y avait plus que l'eau. Il parait que le ciel n'a pas toujours eu cette couleur. Ceux qui restèrent au sommet des tours eurent raison : il ne reste plus que nous : l'Arche. Je dois maintenant vous parler de Mavis Brünn. Il était sans histoire. L'entretien des ponts et passerelles de l'Arche occupait ses journées et sa vie. Il passait ses nuits en fumant à regarder répéter les danseuses. Mais l'Arche a eu besoin de lui. Lui seul pouvait réussir cette mission. Et lui seul était assez con pour l'accepter. Ils sont venu le chercher." (a suivre...)


 

Téléchargez le PDF des quatre premières planches

 

* Bernardo est architecte, dessinateur et mime.

 

 

 


CITATIONS

La citation de la semaine

"La guerre est une rechute temporaire de l'humanité, une dégénérescence de l'histoire qui s'emballe."

 

Patrice Locmant - "J.-K. Huysmans - Le forçat de la vie"

 

 

 




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