CA
BOUGE ?

La chronique d'Hector Plasma
Alors ? Ca bouge en France, il paraît ? Non mais. Zidane est encore revenu ? Il va rejouer ? Et comment va sa tête ? Comment ? Ce n’est pas ça ? C’est quoi alors ? Les élections ? Non…
Et
si. Ca bouge. C’a bougé. On a enfin des résultats, et après avoir bien
tremblé (en attendant de bien trembler encore), on en sait un peu plus.
L’agité minuscule a fait le plein de voix, la mère de famille outragée
aussi, le docte professeur pareil. Mais… A vrai dire, on n'y comprend
plus rien. C’est vrai quoi, y’a des choses, quand c’est prévu, il faut
que ca se passe tout comme. Il nous en reste deux, tout comme au bon
vieux temps. Ils n’ont plus qu’à s’écharper tranquillement et quand
l’un d’eux aura tué l’autre… Seulement voilà, ça ne va pas, ils sont
pas vraiment deux, y’en a un autre. C’est pas celui qu’on redoutait,
et ça sème la pagaille. L’agité s’agite un peu plus. Maman fâchée se
scandalise. C’est bien. C’est bien oui. Parce que d’abord c’est rigolo,
et puis qu’ensuite ça change un peu. C’est vrai. On en voit qui un
jour est avec la maman et le lendemain s’en va. D’autres encore qui s’entendent avec notre agité alors qu’avant c’était avec le prof.
Et d’autres qui jadis étaient avec maman et aujourd’hui préfèrent le
minuscule. Ca rime à quoi ? C’est rigolo en tous les cas. Nous on aime
ça. Est-ce que l’agité va gagner ? Ou, tout comme Zidane, au pire moment,
l’instant le plus crucial, perdra la boule ? On attend avec impatience.
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Parvaneh Alizadeh
EVINE - L'inventaire - 101 pages - 14 €
Evine est une prison de Téhéran dans laquelle, pendant plusieurs années, à l’époque où l’Ayatollah Khomeyni était à la tête de République Islamique, de nombreux opposants au régime furent exécutés. Parvaneh Alizadeh y fit un séjour. Ce texte est le récit de ce qu’elle y vécut.
Un
soir de septembre 1981, à Téhéran, on sonne à la porte du domicile
d’une jeune institutrice iranienne. Des Gardiens de la révolution islamique
se présentent et indiquent à la jeune femme qu’ils ont pour mission
de l’arrêter. Sans réels motifs, l’institutrice est alors emmenée sous
les yeux de sa famille, contrainte de mettre un tchador (pas encore
obligatoire à l’époque), et emmenée dans la redoutable prison d’Evine
où elle restera plusieurs mois dans les conditions les plus humiliantes
et sans savoir pourquoi.
Avec ce livre, c’est à la fois le problème de la condition des femmes dans
la république islamique qui est dénoncé. En même temps que l’arbitraire sanguinaire
auquel l’homme en général peut être confronté lorsqu’un régime autoritaire
et corrompu s’installe. L’Iran, au début des années 80, comptaient parmi ceux-ci.
Et Parvaneh Alizadeh dans ce court récit autobiographique en livre un témoignage
aussi sobre qu’émouvant. Loin de déplorer son sort, l’auteur en effet, malgré
les tortures et la menace constante d’une exécution toujours possible, ne désespère
pas et trouve même les mots justes pour redonner espoir à ses camarades de
détention. C’est pour elle un moyen de combattre et de conserver sa dignité.
Et c’est aussi ce qui fait l’intérêt du récit. Comment en effet, dans les conditions
les plus inhumaines et les plus dégradantes, rester malgré tout soi-même et
digne de l’humanité ? Avec des mots très simples, des phrases justes et beaucoup
de pudeur : « Ces atrocités mises à part, les
journées étaient monotones » (p.51), Parvaneh Alizadeh y parvient. A aucun
moment la haine ni la rancœur ne transpire. Le plus cruel, le plus stupide
des bourreaux apparaît au lecteur lui-même plus comme une victime grotesque
du régime qu’il sert, plutôt que sous les traits d’un tortionnaire. Au bout
du compte, c’est bien un message d’espoir que fait passer ce livre. Plus qu’une
confession ou un témoignage, il constitue un véritable appel à la lutte et
à la résistance morale. L’institutrice finit par sortir de prison. Ses tortionnaires
n’ayant pas, malgré les mauvais traitements, réussi à la briser. Et emporte
avec elle l’espoir et le souvenir de toutes les femmes emprisonnées qu’elle
a connues. A l’heure où l’Iran fait beaucoup parler de lui dans les journaux,
ce petit livre est une belle leçon de courage donnée à tous ceux qui voudront
bien l’entendre.
Stéphane Esserbé
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L'HIVER par Jean-René Godule
L'hiver, selon Jean-rené Godule...
Pour moi, le monde tenait dans les objets. Dans ce verre de vin rouge que je
buvais sur une table bancale. Autour de moi le gris du ciel. Aux mains
une cigarette. J’aimais l’ambiance de ces cafés. Les bruits… J’étais
seul et j’allais. J’allais de par la ville. Aimais ressentir les odeurs. Glisser dans le brouillard. La foule grouillait.
J’éprouvais de l’ivresse. La ville l’hiver scintille de mille lumières.
Elle retrouve son aura. Vous n’aimez pas l’hiver ?
J’aimais être couvert. Deviner mon corps chaud alors qu’à l’extérieur… J’aimais
sentir l’air frais. La foule. Singulièrement, je passais davantage de temps dans
les rues longues. Attendais-je quelque chose ? J’aimais les magasins. La nuit
qui tombait tôt. Les couchers de soleil. Souvent je me promenais. Sans but, j’explorais.
J’allais au cinéma. En ressortais. J’aimais aussi les librairies. Ce qui me réjouissait
c’était le monde. Les trajets en métro m’enthousiasmaient. Non pas ceux du matin
pour aller au travail. Mais les dimanches et jours de fêtes. Les femmes, les
hommes… Sur la ville, une douceur planait. Les semaines, pour moi n’existaient
pas. Je ne vivais que les week-end. Je regardais sans cesse. Que m’importait
! Je tombais amoureux. Un regard m’emportait.
J’ai, l’hiver, connu de nombreuses femmes. Passantes. Des étrangères. Au cours
de mes errances, leurs parfums m’ont hélé.
J’aimais bien les odeurs. La fumée des moteurs. Lors des froids vifs, j’aimais
m’attarder très longtemps, dans la nuit, en espérant la neige. A la sortie
des restaurants, des salles de cinéma, quand la foule s’ébrouait, j’étais content.
A ma manière, j’aimais cette existence. Je gardais de l’été des
souvenirs confus. Une lumière étouffante. Je me souvenais des instants d’abandon.
L’hiver je rentrais tout en moi. Je connaissais une autre joie. Je fixais le
brouillard.
Le plus dur, avec l’hiver, c’est de sentir son arrivée. Retrouver la terre
froide. Les matins de ténèbres. Il faut que le corps s’habitue. Que l’âme retrouve
ses marques. Quand on a joui de la lumière… Avec le temps les réflexes reviennent.
Un de ces hivers sombres je me souviens j’avais marché. Et j’étais arrivé.
Près d’un pont. Près du fleuve. J’avais vu les limites. Ici l’hiver était
sordide. Il y avait des corbeaux. Le froid était humide. Le tout comme un
désert. Quelques ombres esseulées, perdues, qui, comme moi, regardaient les
flots noirs. Le gros bruit de la ville nous arrivait. Et de ma bouche de
la buée s’échappait. Au milieu de la ville j’étais au cœur du monde. Que
cherchais-je ? Avais-je une chance de le trouver ? Dans ces sourires, ces
souvenirs… A mes pieds l’eau roulait. Il me semblait le temps ne comptait
plus. La Seine charriait des odeurs lourdes.
J’imaginais les ports, les grands estuaires. Paquebots immenses.
Je me souvins d’une autre ville, que je n’avais pu voir que l’hiver. Moi aussi
je fuyais. Vers où ? La lumière me noyait. Les bruits m’ensorcelaient. Ils
m’aidaient à survivre.
Je repris le chemin. Longeai le fleuve. Je m’enfonçai.
De temps en temps j’abordais des immeubles. Une autre ville, dans la ville
même. Un monde, tout à fait parallèle. Silence. J’entendis comme des souffles.
Perçus des cris. Je quittais ce bas-monde. Parfois une lumière. Vitrine. Eclat.
J’entendis la musique, distinguai des visages. Il me sembla être au fond de
la nuit.
Je revis les jours longs. Instants perdus. Ces minutes, où il me fallait cesser
d’être. Je fixai les regards.
Il m’arrivait souvent
ainsi de me sentir conquis. De passer la frontière. Je croyais voir
un signe. Devant moi, un corps très longiligne. Un parfum lourd qui
m’entraînait. Le suivais-je ? J’arrivais. Un néon pâle. La chambre.
Et je tremblais. Je fuyais la réalité. Quand le jour revenait j’étais
chez moi et je me réveillais. Je me sentais confus. Avais-je rêvé ?
Dehors il faisait gris. Et le froid me venait.
Je sentais de l’effroi. Tout d’un seul coup recommençait. Les jours, et les
visages… J’étais ici. J’entendais le tumulte. J’avais du mal à voir. L’horizon se
voilait. Et mes membres tremblaient.
Le ciel, et le bruit de la mer, la joie, l’été alors me revenaient. Je fixais
l’horizon. Ce n’était pas comme le bonheur. Même si les jours fuyaient… Mes
marches étaient furieuses. Le but, était toujours obscur, affleurant les visages,
quelque chose d’indéfinissable. Jamais cette soif ne s’apaisait. Le temps roulait.
Je m’enfonçais. La lumière renaissait.
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La citation de la semaine
"... pour ceux qui manquent d'imagination, il n'y a rien de terrible dans les
apparences."
Hermann Melville - Moby Dick
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