JEAN GRENIER POUR MEMOIRE...

La chronique d'Hector Plasma
« Les élections sont un mode de divination rationnalisé puisque, au XIXe siècle,
où ce mode était en honneur, il était censé représenter la volonté
générale après élimination des mineurs, des femmes. Jean Paulhan
a fait remarquer son caractère antidémocratique, même si la consultation
est étendue à tous, par suite des inégalités que ce système crée
entre l’électeur et l’éligible, presque aucun électeur n’ayant
de chances d’être éligible, ni même de choisir les éligibles. »
C’est
en ces termes que Jean Grenier évoque les élections dont on nous
ressasse ces derniers temps l’importance capitale. Dans son livre
paru en 1948, « Entretiens sur le bon usage de la liberté », il lève ainsi le voile sur cette grande mystification que sont la démocratie
et le suffrage universel. Dans ce livre important autant que méconnu,
il démontre qu’il peut exister en effet autre chose que ce qu’on
tend à nous faire croire aujourd’hui. Et si voter n’était pas important
? Et si, au bout du compte, on ne choisissait rien ? Dans ce livre,
Jean Grenier évoque le Wou-Wei, c’est à dire le non-agir, l’un des préceptes du Tao qui « extitlee au plus haut degré la liberté d’indifférence » L’important étant d’avoir « les yeux ouverts et de ne pas chercher à se mentir.
» Loin de cette facilité qu’on imagine, le Wou-Wei, qui impose au sage une difficulté
bien plus grande que celle imposée à l’homme d’action : à savoir
celle de vaincre ce « désir inassouvissable qui conduit non seulement
à aimer, à haïr, mais encore à juger du bien et du mal, du vrai
et du faux etc… » pourrait proposer au modèle occidental une alternative bien plus rationnelle
que celle actuellement en usage pour régir sa façon d’être à l’univers
en cessant de se prendre pour Dieu et en arrêtant, tous les 4, 5 ou 7 ans, de faire croire aux gogos qu’il peut
leur arriver à eux aussi d’exercer par moment un quelconque pouvoir.
« On ne commande à la nature qu’en lui obéissant. » Le Tao, « méthode la plus radicale qui ait jamais été conçue de fusion de la
destinée individuelle avec le Destin cosmique », nous l’enseigne. Et s’il n’est pas toujours facile d’obéir pour le sage, il
peut être intelligent de ne pas le faire pour l’homme d’action
occidental… lenonsens tenait à le dire. Le système électoral en place n’a absolument rien de démocratique.
La démocratie n’existe pas. Voter est inutile.
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Marie Tussaud - Francis Hervé
MADAME TUSSAUD, MEMOIRES ET SOUVENIRS SUR LA REVOLUTION
FRANCAISE - Arléa - 277 pages - 25 €
Comment une femme peut-elle être amenée à côtoyer pendant 9 ans la Cour de Louis XVI en évoluant parmi les figures les plus illustres de son temps, et quelques années plus tard se retrouver à modeler les visages des plus célèbres guillotinés de l’époque en restant apparemment imperméable aux événements ?
En
apparence récit d’une vieille dame innocente placée par le destin
au cœur de l’histoire sanguinaire de la Révolution Française, les mémoires de Madame Tussaud sont en fait un trésor de subtilité dont il
ne faut pas être dupe. Leur grand intérêt ? A la fois de faire découvrir
la personnalité énigmatique de Marie Tussaud, fondatrice du fameux musée du même nom, et d’évoquer, à la manière d’une chronique,
la Révolution Française, et plus particulièrement l’épisode sanglant
de la Terreur.
Recueillis par un ami de Madame Tussaud, Francis Hervé, français comme elle
émigré en Angleterre sous l’Empire, ces souvenirs précis et circonstanciés (l’ordre chronologique est respecté),
en disent bien plus long sur le personnage de la célèbre vieille dame qu’ils
ne le voudraient.
Marie Tussaud, née Grosholtz d’un père militaire à Strasbourg en 1761, est
appelée à tenir compagnie à Madame Elisabeth, sœur du roi, à partir de 1780
à Versailles. A la veille de la Révolution Française, elle occupe une place
privilégiée de laquelle aucun des événements à venir ne lui échapperont. Initiée
à l’art du modelage de figures de cire par le docteur Curtius dont sa mère
est la gouvernante, elle a déjà eu l’honneur de « modeler » les visages de Voltaire et Rousseau et
devra bientôt réaliser ceux des plus célèbres guillotinés après leur exécution
(de son ancienne maîtresse à Robespierre en passant par Danton).
Destin singulier, mais assumé comme une mission importante par l’auguste vieille
dame.
Le récit commence mollement avec toutes les précautions d’usage (préface de
la traductrice, préface de Francis Hervé rapporteur-narrateur du récit). Galerie
peu intéressante de portraits des célébrités d’alors, il se transforme rapidement
en une chronique enlevée des journées sanglantes de la Terreur.
La future Madame Tussaud (Marie Grosholtz épousera un dénommé François
Tussaud en 1795), se délecte du spectacle. Même si sa vie ne semble
plus qu’un affreux
concours de circonstances visant à la pourvoir des plus notoires têtes tranchées
dont elle a charge de réaliser le modelage avec la plus grande méthode.
Aux épisodes les plus terribles de la Terreur, répond en effet la stupéfaction
suscitée par l’attitude faussement placide de Marie. Si bien que sa vraie
personnalité affleure ; intelligence froide d’un fossoyeur fasciné par les
dépouilles d’hommes
et de femmes célèbres, qui se réjouit, sans y laisser paraître, le jour où
la tête de Robespierre lui
tombe dans les mains.
Son œuvre future n’en devient que plus lisible : musée-curiosité dont la
fierté essentielle reste sa chambre des horreurs où les plus mémorables exécutions
capitales sont reconstituées.
Ses souvenirs constituent un ensemble intéressant qu’il faut lire avec le
recul nécessaire, heureux au bout du compte de ne pas avoir connu Paris entre
1792
et 1794.
Stéphane Esserbé
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LA FOULE par Jean-René Godule
La foule, est-elle l'amie de Jean-rené ?
La lumière monte et les rues paraissent calmes. Du loin, ne m’arrive pas un bruit.
Mon cœur bat normalement.
Je me suis, en m’éveillant, levé sans grande difficulté. Je me sens plutôt bien
et tout me semble prêt. Je vois la foule. Spectacle ahurissant. Combien de fois
me suis-je posté à la fenêtre avec ce sentiment mêlé de crainte et d’espérance
? Durant combien d’années ai-je répété ces gestes ?
J’étais demeuré seul. Les soirs d’été, je me faisais l’effet d’une gêne. Les
jours de fête, je sentais de la haine. Il n’était guère qu’au quotidien
qu’on me laissait. Mon regard, ne perdait rien.
J’aimais bien regarder. Mon grand loisir était de me promener. Après les heures
sordides… Je flânais longuement, et me laissais porter. Ce qui me stupéfiait,
c’était cette insouciance. Je ne vivais qu’en certaines occasions. Au réveil.
Ou le soir en rentrant. L’hiver. J’étais certain que l’heure arriverait.
Le matin, je me levais. J’allais à la fenêtre. Puis j’attendais. Au bout d’un long moment je filais vers la salle de bains et me rasais. J’avais peur. Ensuite je m’habillais. Lorsque j’étais sorti l’air frais me caressait.
Les jours étaient plus longs. Je me glissais à la fenêtre. Mes repères changeaient. Je me levais toujours, mais tout me semblait différent. Je lisais, sur les visages, de l’inquiétude. Je sentais une force. Il me semblait que mon esprit s’ouvrait. D’une minute à l’autre, des événements se produiraient. Cette inquiétude me transportait. Je nourrissais mon espérance. J’imaginais. Je voyais les hommes s’arrêter. Lever la tête. Gronder. Scruter le ciel. Je m’inventais qu’ils s’immobilisaient. Du loin venaient des signes. Je sentais en moi des murmures. J’agitais une main.
J’avais senti le doute. L’effroi. De la fenêtre… Mon cœur battait. Il y avait des parfums.
Les murs tremblent. Toute
l’existence. Chaque vibration me semble pouvoir troubler l’horizon.
La foule s’agite.
Depuis longtemps je sais. Cette foule sait-elle même que j’existe ? L’attente
me paraît longue. Les rues, je le sens grondent. Les pavés vibrent. Le temps
s’arrête.
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La citation de la semaine
"Un entretien avec un ouvrier maçon qui fait sa manille nous rapproche plus de Pascal qu'une conversation avec un critique littéraire, qui naturellement nous dit ce que Pascal n'a pas et aurait dû faire."
Jean Grenier - Les îles
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