LES
LIMBES DU 6 MAI

La chronique d'Hector Plasma
Non. Le sport n’est pas la guerre. Il ne faut pas tout mélanger. C’est vrai, au début d’un match, on chante un hymne. Il y a des symboles et des couleurs, des cris et des frissons. Mais on joue, avant tout.
Il
ne s’agit pas de vivre ou de mourir, seulement de donner le meilleur
de soi. Gagner ça compte. Mais faut pas faire n’importe quoi. Comment
? Lire une lettre écrite il y a soixante ans par un jeune homme qui
savait qu’il allait mourir et qui disait à sa maman d’être courageuse,
c’est pas bien ? La patrie, la France, le goût du sacrifice, ça sert
à rien ? En ces temps où, depuis un sinistre 6 mai toutes ces notions
sont à la mode, nous tenons à le dire : c’est dangereux. Nous oublions
ainsi les leçons de l’histoire. Faut pas tout mélanger. L’histoire,
c’est l’histoire. Et le sport ne reste et ne restera jamais guère que
le sport. Même si la politique s’en mêle. Il faut que certaines choses
restent à leur place. Le salut de la patrie, d’un pays ou d’une population
n’est pas suspendu au sort d’un match de foot ou de rugby ! Allons.
Il faut résister, ne pas accepter de prendre ces mensonges qu’on nous propose pour des réalités. L’ignorance et le martèlement médiatique
ne doivent pas triompher. Il faut raison garder. Ah oui ! Où est-elle
donc notre raison, au moment où il nous faut satisfaire à des quotas
d’expulsions, quand certains de nos ministres veulent faire la guerre,
quand le sort de la France semble se jouer sur un bête match de rugby
? Perdue. Disparue. Dans les limbes du 6 mai. Et après ? Après… n’est-ce
pas déjà maintenant ?
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Ambrose Bierce
LE CLUB DES PARENTICIDES - Sillage - 45 pages - 5 €
Lorsqu’un éditeur a le courage de publier des nouvelles de qualités sans se soucier de la rentabilité éventuelle de son projet, lorsque cet éditeur sait bien choisir et mettre en valeur ses textes, il arrive parfois qu’un livre vous surprenne…
Le
club des parenticides, d’Ambrose Bierce, petit recueil de 3 nouvelles
ayant pour thème le parenticide, est de ceux-là. Dans une édition soignée
et élégante, il propose en effet de sortir des sentiers battus en offrant
au lecteur 3 textes croustillants d’ironie et de sarcasmes dans une
traduction tout à fait impeccable.
Le titre du recueil tient toutes ses promesses et il est bien question dans
ces 3 nouvelles d’enfants qui, consciemment ou inconsciemment, délibérément
ou involontairement, assassinent leurs parents.
La première nouvelle, « A l’épreuve du feu », commence ainsi : « Une journée
de juin 1872, au petit matin, j’ai tué mon père – cela m’a beaucoup marqué
à l’époque. » Et donne le ton du recueil. Cruelle et absurde, elle est d’un
humour noir tout à fait hilarant. Un homme en effet tue ses parents, et pour
faire disparaître les corps les cache dans une armoire qu’il détestait avant
d’incendier sa maison. Malheureusement, l’armoire en question était ignifugée
et résiste à l’incendie.
Dans la deuxième nouvelle, les parents assassinés ressemblent plus à des bourreaux
qu’a des victimes ; le père étant fabricant d’huile de chien et la mère se
chargeant de faire disparaître les corps de bébés abandonnés. Le narrateur,
qui est aussi l’enfant coupable (les trois nouvelles de ce recueil sont écrites
à la première personne du singulier), apparaît plus comme un justicier quand
il contribue à faire en sorte que les deux parents s’entre-assassinent dans
le cadre de leur morbide activité. Le début de cette nouvelle : «…mon père
était fabricant d’huile de chien et ma mère avait un petit atelier à l’ombre
de l’église du village, où elle liquidait les nourrissons indésirables. »,
est dans la même veine que la première. Elle est sensiblement du même format.
On la dirait écrite par le même enfant cruel et espiègle à qui l’absurde
logique du crime semble tout à fait naturelle.
Dans la dernière enfin, « L’hypnotiseur », dans laquelle un homme hypnotise
ses parents pour qu’ils se suicident, des moyens identiques aboutissent aux
mêmes fins : une intelligence a recours à un habile stratagème pour se libérer
de l’emprise parentale.
Impertinents et originaux, ces textes, tous publiés dans la presse américaine
entre 1886 et 1893, font redécouvrir ce grand nouvelliste qu’était Ambrose
Bierce, dont on trouve aussi à la fin du volume une intéressante notice biographique.
Un livre qui se lit avec beaucoup d'allégresse.
Stéphane Esserbé
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LE BONHEUR par Jean-René Godule
Le bonheur, finalement, ça existe !
Je revois dans le ciel d’été des souvenirs. A cette lumière brûlante je me souviens.
Les jours reviennent, comme des parfums. Ce que j’avais cru perdre
est toujours là. Oh ces jours bleus ! Mes questions étaient autres.
J’avais des certitudes.
Je ne doutais pas de l’avenir. Dans la lumière du ciel je le sentais. La joie
montait. Rien ne viendrait altérer l’horizon.
Je devinais les jours. J’imaginais le monde. Chaque matin était un triomphe.
Les paysages étaient souriants. Ce que j’y vis… Un visage, une présence. Au fond
tout n’était pas si difficile. Et la vie scintillait. Je savais que la paix viendrait.
Je mesure la distance.
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La citation de la semaine
"La modernité est une fonction du temps qui exprime l'actualité sentimentale de certains objets dont la nouveauté essentielle n'est pas la caractéristique, mais dont l'efficacité tient à la découverte récente de leur valeur d'expression."
Louis Aragon - Introduction à 1930, L'oeuvre poétique, Tome IV
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