DE
LA LITTERATURE EN FRANCE IDIOTE

La chronique d'Hector Plasma
Aïe aïe. Ca va pas arranger les choses. Depuis le 6 mai, date fatidique depuis laquelle la France a fait son outing haineux, alors qu’autour de nous déjà se dessine peu à peu le cadre étroit dans lequel il va falloir vivre, on s’interroge nous au nonsens au sujet de l’écrit.
C’était
déjà pas bien brillant ce qu’on avait. C’était pas très glorieux tout
ce qu’on adulait : Marc Lévy, la rentrée littéraire, le salon de la production livresque, la Gavalda et compagnie… Certes on a bien ici et là quelques plumes qui subsistent,
des femmes essentiellement : Catherine Cusset (mais où est-elle ?),
Despentes (mais vendue à grasset et puis depuis…). Mais est-ce que
ça suffit ? Non. Faut bien le dire. Et puis en France idiote, qu’est-ce
que ça va donner ? A l’heure où en effet les journalistes suivent à la trace notre agité pour voir s’il a bien couru ce matin, ce qu’il
a fait de son week-end, ce qu’il prépare… Quand le pays entier s’apprête
à se figer devant l’inéluctable (mais heureusement avant il y aura
les vacances), qu’est-ce qu’il nous restera à lire ? Une biographie
de l’agité ? Les mémoires de Mireille Matthieu ? Les chansons d’Enrico
Macias reliées ? Brrr. Ca fait froid dans le dos. Et si on était obligé
d’aller voir Johnny en concert ? Si d’un seul coup on nous forçait
à consommer Glucksman ? Nous n’osons y penser. Ce serait bien un comble.
Alors que les formules toutes faites triomphent (la France qui se lève
tôt, travailler plus pour gagner plus, la France n’a jamais commis
de crimes contre l’humanité…), les mots chez nous vont-ils trouver
de nouvelles forces ou finir de sombrer ? La France idiote sera-t-elle
donc si forte ? Voilà une bonne question.
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Gustav Janouch
CONVERSATIONS AVEC KAFKA -
Maurice Nadeau - 278 pages - 14,48 €
De mars 1920 à juillet 1922, Gustav Janouch, jeune musicien alors âgé de 17 ans, rencontre Franz Kafka dans son bureau de l’Office d’Assurance Ouvrières contre les Accidents. Auteur de poèmes dont il soumet la lecture à l’écrivain, celui-ci devient pour lui un maître à penser dont il consigne tous les propos…
«
Conversations avec Kafka » n’est pas une biographie ni même un essai
sur Kafka ou sur son œuvre. Mais un document à la fois curieux et essentiel
pour qui s’intéresse à l’auteur de « La métamorphose. » Gustav Janouch
en effet, qui fait connaissance avec l’écrivain en 1920 grâce à son
père dont ce-dernier est un collaborateur, prend vite la mesure du
génie de Kafka. Et leurs conversations, qui ont toutes lieu dans le
bureau de l’écrivain ou lors de promenades à une époque où les difficultés
de tous ordres s’amoncellent pour lui, se révèlent vite comme autant
de confidences faites à la postérité par Franz Kafka au sujet du sionisme,
de la politique, la guerre, l’histoire, le désir et la création.
Publié pour la première fois dans une version plus courte en 1951, augmenté
en 1968, ce livre, écrit d’un main malhabile et parfois très candide, a pour
principale vertu de présenter Kafka tel qu’en lui-même. Comme l’ont souligné
Max Brod et Dora Dymant, respectivement ami et dernière compagne de l’auteur
du « Château » à la parution de l’ouvrage.
Au fil des pages, au-delà de ce que son œuvre peut laisser deviner, indépendamment
de son importante biographie, c’est en effet la figure d’un homme qui se dévoile.
Un homme dont la spiritualité, l’humour et l’humanité éclatent au gré de ces
conversations qu’on devine très scrupuleusement restituées.
On trouvera, dans ce livre, peu de repères chronologiques, peu de mentions
de l’œuvre de Kafka, mais bien plus la silhouette d’un homme dont on comprend
toute la souffrance et la solitude.
Kafka, ou le Docteur Kafka comme se plaît à l’appeler avec vénération l’auteur
tout au long du récit, dont les paroles sonnent parfois comme des prophéties
: « Les mots fraient la voie aux actes à venir, ils sont l'étincelle des incendies
futurs ! », apparaît ici plus que jamais ce qu’il était : un écrivain unique.
Stéphane Esserbé
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DANS LA CHAMBRE par
Jean-René Godule
Dans la chambre, il se passe beaucoup de choses...
C’est dans la chambre que ça commence. A ce moment précis où je m’allonge. Les
murs prennent du relief. Les volumes s’accentuent. Je me coupe totalement
du monde. Ce moment, je l’aime. Car alors, je suis en possession de
mon être. Mon esprit se libère. Mes sens s’aiguisent.
J’ai bien fait. Je n’ai jamais voulu m’organiser. J’ai toujours refusé de calculer.
J’ai vécu simplement, me suis laissé porter. Pourquoi aurais-je dressé un
plan ? Moi qui ne voulais rien… J’ai refusé les ambitions. Car j’ai compris
très vite que rien n’avait vraiment d’objet. Puisque tout est écrit… Ces
pensées, lorsqu’elles me viennent, me transportent, et me libèrent. Je sais,
regarde. J’écoute et vois. Je me sens interdit. Quelle joie ! Je ne peux
rien faire d’autre.
Le matin je me lève. J’ouvre les yeux et me réjouis de la lumière. Je suis émerveillé, ébloui, illuminé. Je trouve la naissance du jour éclatante. Je vis comme un moment d’extase. Les minutes où la nuit s’en va, où le jour, n’est pas encore tout à fait là… Je suis vivant. Et tout s’estompe. Les journées ne sont pas intéressantes. Ce que j’aime, ce sont ces moments d’abandon. Lorsque je suis chez moi. Chaque objet, chaque mur me parle. L’univers semble cohérent. Il est très vaste. Je n’ai pas envie de bouger. Tout me revient. Quel est mon âge ? Je n’ai pas l’impression d’être si vieux. Le temps ne compte pas. A chaque instant je vois de nouvelles choses. Ce qui me vient en guise de souvenirs, toutes les images… tout me ramène là où je suis. Autour le monde avance. Et pourtant rien ne bouge. Ce n’est pas important. Je revois tout. Ce que j’ai fait, et ce que j’ai vécu. Et c’est ici que je comprends. L’enfance me destinait à ça. Dans la petite lumière de mon appartement je me sens comme un roi. Ni les souvenirs, ni les contraintes n’y font. Ma vie est un musée. Duquel je ne veux pas sortir, y respirant l’humanité.
Je me revois errant, marchant, cherchant. Je me revois criant. Etait-ce moi ? J’avais des exigences. Je croyais qu’il fallait remuer. Sortir… Je regardais les autres, me sentais étranger. Que cherchaient-ils ? Je les voyais courir, et se précipiter. J’étais déjà ailleurs. Je poursuivais ma quête. Tandis qu’eux claironnaient, je méditais. Nos ambitions étaient contraires. Je n’exigeais rien de concret. Il me fallait la vérité. Je devais m’isoler. Autour de moi, je vis les visages se tourner. Les menaçais-je ? Je n’avais rien contre eux. Je voulais rester libre. Je sentais des reproches. Dans leurs regards, je voyais de la haine. Est-ce la raison ? Je voyais des miroirs. L’image qu’il m’en était rendu n’était pas celle que j’attendais. Je tremblais. Je n’avais d’autres solutions. Il fallait que je parte. Je devais m’éloigner. Dans ma chambre, je retrouvais le sens. Inutile d’être ailleurs. C’est ce que j’ai compris. Les hommes… Je ne les ai jamais crus. Ils mentent. Leurs gestes semblaient illusoires. Ils cultivaient cette ambition. Je devais rester seul. Je n’avais pas besoin du monde. Ma vérité était en moi. Je ne participais pas aux effusions. Il me fallait du temps. Il fallait que chacun ait sa démonstration. Moi… Je savais déjà tout. J’avais prévu le temps.
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La citation de la semaine
"Le savoir est stérile : il ne nous porte pas bonheur. Mais ce que tu as inconsidéremment
perdu, c'est ce qu'il y a de plus précieux et qui ne te sera jamais
rendu : le paradis de l'innocence"
Klaus Mann - Le tournant
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