N° 53 du 27/01/08

CA VA ETRE LONG !
Le site littéraire : humeur
La chronique d'Hector Plasma

Ouf ! Ca y est. Il dégringole. Ca fait du bien. Les sondages sont moins bons. Il montre trop sa vie privée. Il exagère. C’est vrai qu’en 2008 en pas un mois il en a déjà fait tellement !

 

Le site littéraire : Ca va êtrre longUn coup je suis ici. Et un coup je suis là. Le matin je fais ci. Et l’après-midi ça. Tout le monde en parle (même nous). Tout le monde le montre. Est-ce un virus ? Une maladie ? Ca y ressemble en tous les cas. Et c’est pour ça qu’on arrive pas à s’empêcher : on est victimes. On subit trop. On perd de la lucidité. En 2008, on aimerait bien en retrouver un peu. On voudrait arrêter, revivre simplement. Pourtant, on le sait déjà bien, on n’y arrivera pas. Il y a quelque chose. Un truc. Qui nous empêche de respirer. Assurément c’est lui. Toute sa personne. Sa tête. Ses mots. Sa voix. Alors, oui, on est content quand les sondages ne sont pas bons.
Mais tout ça veut dire quoi ? Est-ce qu’on va être enfin débarrassé ? Est-ce que demain on va se réveiller et il sera plus là ? Certainement pas. C’est donc, que comme beaucoup de toutes ces choses qu’on lit dans les journaux tout ça ne sert à rien ? Ben oui. A rien. Du tout. Car enfin, qu’est-ce qu’un sondage ? Est-ce que change les événements ? Est-ce que ça rend intelligent ? On le saurait. A nous ça nous fait pas grand-chose donc. Ca nous irrite juste un peu plus. Conforte notre nausée. Car oui, en ce début d’année, il y a peu d’espoir. On a la quasi certitude que dans un an il sera encore là. Et que l’année d’après aussi. C’est triste. Et peu encourageant. Vous vous imaginez encore un an comme ça ? Vous voyez tout le temps que ça fera ? Nous pas. On se dit que c’est pas possible. Que ça va s’arrêter. Qu’un jour… On aimerait bien. Ah ! C’est vrai. Ca s’arrêtera c’est sûr. Car le pire, le plus ignoble des cauchemars finit toujours. Mais, en attendant, il faut bien vivre et supporter. Et c’est pas un sondage qui y changera.

 

 

 

Le site littéraire : livres

Jean-Jacques Gonzales
ALBERT CAMUS, L'EXIL ABSOLU - Le marteau sans maître - Editions Manucius - 189 pages - 18 €

Souvent mal comprise malgré son succès, l’œuvre d’Albert Camus demeure à bien des égards insaisissable. En effet, bien qu’on publie beaucoup aujourd’hui à son sujet, les livres de Camus recèlent des zones d’ombres que peu semblent en mesure d’éclairer. Jean-Jacques Gonzales, avec ce livre remarquable, vient brillamment contredire ce phénomène critique…

 

Le site littéraire : Albert Camus, l'exil absoluPour Jean-Jacques Gonzales, « l’œuvre d’Albert Camus a été enfermée dans un carcan interprétatif qui la sépare de ses origines profondes… » Camus en effet, tel que le présente la critique en général, n’est pas le vrai Camus. Et son œuvre, bien trop souvent considérée comme une œuvre facile, serait aussi lisse que l’était son auteur. Faux, nous fait savoir Jean-Jacques Gonzales. La critique aime Camus. Et si ces dernières années les ouvrages lui étant consacrés ont été nombreux, aucun cependant n’a touché d’aussi près la vrai nature de l’homme et de son œuvre. Partant du principe que cette œuvre est « entièrement traversée par la confrontation à un défaut d’origine », Jean-Jacques Gonzales la remet en perspective à lumière de ce qu’il appelle « la position algérienne. »
Cette position algérienne n’est rien d’autre que celle de l’exil, ou plus précisément, de l’exil absolu (titre du livre), que l’auteur explique comme suit : Albert Camus était un français d’Algérie, né en Algérie, colonie de peuplement sans passé au sein de laquelle, malgré l’attachement qu’il y portait, il se sentait exilé dans la mesure où ses racines se trouvaient en Europe. Cet exil était triple ; historique, géographique et linguistique. Et il a été placé au centre de toute l’œuvre de Camus. Où qu’il se soit trouvé en effet, à Paris ou à Alger, Albert Camus s’est toujours senti « étranger ». Il a toujours eu « le sentiment de n’être ni d’ici ni de là, ou d’ici et de là. » Ceci est la clé de son œuvre.

Pour l’établir, Jean-Jacques Gonzales cite un des textes parmi les plus beaux de Camus, « La femme adultère », nouvelle comptant au nombre de celles qui composent le somptueux recueil « L’exil et le royaume », moins prisé par la critique que « La peste » ou « L’étranger », mais nettement plus révélateur de son art et de ses déchirements.
Dans ce texte en effet, comme dans beaucoup d’autres qui composent le recueil, un personnage (Janine) se sent étranger et inaccessible aux autres dans un pays qui est et n’est à la fois pas le sien. Tout Camus se trouve là, dans cette position intenable sur laquelle il a bâti l’ensemble de son œuvre et qu’il s’est efforcé de tenir en toute circonstance.
Il est ainsi tout à fait important et nouveau de noter que ce livre sort l’œuvre d’Albert Camus du fameux carcan évoqué un peu plus haut. Albert Camus n’a pas écrit que « La peste » ou « L’étranger. » Il n’a pas été que le prix Nobel 1957. De même qu’il n’a pas été qu’un « philosophe pour classe terminale. » Et, surtout, au moment de sa mort brutale, s’apprêtait à donner une nouvelle tournure à son travail qu’il estimait d’ailleurs avoir à peine commencé.
Jean-Jacques Gonzales, professeur de philosophie lui aussi né en Algérie ne s’y est pas trompé en accordant aussi une large place dans sa réflexion au roman inachevé de Camus publié en 1994, « Le premier homme », ouvrage qui résume pour lui à lui seul la problématique de l’auteur de « L’homme révolté », à savoir : « Ecrire sur la ligne du partage des eaux, la ligne de crête, y séjourner et voir également les deux versants, sans être ni dans l’un ni dans l’autre. » Une vraie gageure.

 

 



Stéphane Esserbé

 

 

 

Le site littéraire : prose

CONDUIRE                                                           par Jean-René Godule

Le site littéraire : ConduireConduire. C’est une des choses que j’aime. Oh pas longtemps – j’ai peur. Mais je m’en vais. Cela compte. A ce moment je me sens si léger. Le monde paraît si beau. Roulant, j’éprouve un sentiment de liberté. C’est une vertu étrange. Partir m’apporte le bonheur. Je suis content lorsque je monte. Quand j’entends le bruit du moteur. Je pars. Je regarde la route. Et fixe l’horizon. L’ivresse me gagne. Le vide aussi. L’oubli. Peu importe le but de mon voyage. L’important, est de partir. La route s’étire. Je n’en vois pas le bout. Il me vient des pensées. J’ai toujours grand espoir. De voir au terme du voyage quelque chose d’inconnu. Une terre nouvelle, conforme à l’idéal. Dans le bruit du moteur, au fil des paysages… Il me vient des pensées, un tas d’images. Je vois le monde, ailleurs. De nouvelles plages. J’entends des bruits plus doux. En roulant je m’évade. Je quitte tous les démons. Retrouve mon corps. Partir c’est aller droit vers soi, conduire y arriver plus vite. Dans l’habitacle… J’entends mon cœur. Et touche à ma mémoire. Il me revient des scènes. Je me revois gonflé d’espoir. En arrivant c’est différent. Le but atteint, l’objet du voyage semble vide. Mais il y a un instant, une minute, où tout est suspendu. Je reprends le volant pour des étapes plus courtes. A chaque instant j’en éprouve le plaisir. Plus lent je fixe le décor avec plus d’attention. La paix s’installe. Comme un silence, une respiration.

 

 

 

Le site littéraire : citations

La citation de la semaine

 

"Il existe deux sortes de démocraties : celles qui souhaitent que toutes les voitures soient confortables, et celles qui transforment les sièges moelleux et profonds en banquettes parce qu'elles tiennent cela pour une conquête du peuple. La démocratie française appartient à cette dernière catégorie."

 

 

Andrzej Bobkowski - Le printemps à Paris

 

 

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