CA
VA ETRE LONG !

La chronique d'Hector Plasma
Ouf ! Ca y est. Il dégringole. Ca fait du bien. Les sondages sont moins bons. Il montre trop sa vie privée. Il exagère. C’est vrai qu’en 2008 en pas un mois il en a déjà fait tellement !
Un
coup je suis ici. Et un coup je suis là. Le matin je fais ci. Et l’après-midi
ça. Tout le monde en parle (même nous). Tout le monde le montre. Est-ce
un virus ? Une maladie ? Ca y ressemble en tous les cas. Et c’est pour
ça qu’on arrive pas à s’empêcher : on est victimes. On subit trop.
On perd de la lucidité. En 2008, on aimerait bien en retrouver un peu.
On voudrait arrêter, revivre simplement. Pourtant, on le sait déjà
bien, on n’y arrivera pas. Il y a quelque chose. Un truc. Qui nous
empêche de respirer. Assurément c’est lui. Toute sa personne. Sa tête.
Ses mots. Sa voix. Alors, oui, on est content quand les sondages ne
sont pas bons.
Mais tout ça veut dire quoi ? Est-ce qu’on va être enfin débarrassé ? Est-ce
que demain on va se réveiller et il sera plus là ? Certainement pas. C’est
donc, que comme beaucoup de toutes ces choses qu’on lit dans les journaux tout
ça ne sert à rien ? Ben oui. A rien. Du tout. Car enfin, qu’est-ce qu’un sondage
? Est-ce que change les événements ? Est-ce que ça rend intelligent ? On le
saurait. A nous ça nous fait pas grand-chose donc. Ca nous irrite juste un
peu plus. Conforte notre nausée. Car oui, en ce début d’année, il y a peu d’espoir.
On a la quasi certitude que dans un an il sera encore là. Et que l’année d’après
aussi. C’est triste. Et peu encourageant. Vous vous imaginez encore un an comme
ça ? Vous voyez tout le temps que ça fera ? Nous pas. On se dit que c’est pas
possible. Que ça va s’arrêter. Qu’un jour… On aimerait bien. Ah ! C’est vrai.
Ca s’arrêtera c’est sûr. Car le pire, le plus ignoble des cauchemars finit
toujours. Mais, en attendant, il faut bien vivre et supporter.
Et c’est pas un sondage qui y changera.
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Jean-Jacques Gonzales
ALBERT CAMUS, L'EXIL ABSOLU - Le marteau sans maître - Editions Manucius - 189
pages - 18 €
Souvent mal comprise malgré son succès, l’œuvre d’Albert Camus demeure à bien des égards insaisissable. En effet, bien qu’on publie beaucoup aujourd’hui à son sujet, les livres de Camus recèlent des zones d’ombres que peu semblent en mesure d’éclairer. Jean-Jacques Gonzales, avec ce livre remarquable, vient brillamment contredire ce phénomène critique…
Pour
Jean-Jacques Gonzales, « l’œuvre d’Albert Camus a été enfermée dans
un carcan interprétatif qui la sépare de ses origines profondes… »
Camus en effet, tel que le présente la critique en général, n’est pas
le vrai Camus. Et son œuvre, bien trop souvent considérée comme une
œuvre facile, serait aussi lisse que l’était son auteur. Faux, nous
fait savoir Jean-Jacques Gonzales. La critique aime Camus. Et si ces
dernières années les ouvrages lui étant consacrés ont été nombreux,
aucun cependant n’a touché d’aussi près la vrai nature de l’homme et
de son œuvre. Partant du principe que cette œuvre est « entièrement
traversée par la confrontation à un défaut d’origine », Jean-Jacques
Gonzales la remet en perspective à lumière de ce qu’il appelle « la
position algérienne. »
Cette position algérienne n’est rien d’autre que celle de l’exil, ou plus précisément,
de l’exil absolu (titre du livre), que l’auteur explique comme suit : Albert
Camus était un français d’Algérie, né en Algérie, colonie de peuplement sans
passé au sein de laquelle, malgré l’attachement qu’il y portait, il se sentait
exilé dans la mesure où ses racines se trouvaient en Europe. Cet exil était
triple ; historique, géographique et linguistique. Et il a été placé au centre
de toute l’œuvre de Camus. Où qu’il se soit trouvé en effet, à Paris ou à Alger,
Albert Camus s’est toujours senti « étranger ». Il a toujours eu « le sentiment
de n’être ni d’ici ni de là, ou d’ici et de là. » Ceci est la clé de son œuvre.
Pour l’établir, Jean-Jacques Gonzales cite un des textes parmi les plus beaux
de Camus, « La
femme adultère », nouvelle comptant au nombre de celles qui composent le somptueux
recueil « L’exil et le royaume », moins prisé par la critique que « La peste
» ou « L’étranger », mais nettement plus révélateur de son art et de ses déchirements.
Dans ce texte en effet, comme dans beaucoup d’autres qui composent le recueil,
un personnage (Janine) se sent étranger et inaccessible aux autres dans un
pays qui est et n’est à la fois pas le sien. Tout Camus se trouve là, dans
cette position intenable sur laquelle il a bâti l’ensemble de son œuvre et
qu’il s’est efforcé de tenir en toute circonstance.
Il est ainsi tout à fait important et nouveau de noter que ce livre sort l’œuvre
d’Albert Camus du fameux carcan évoqué un peu plus haut. Albert Camus n’a pas
écrit que « La peste » ou « L’étranger.
» Il n’a pas été que le prix Nobel 1957. De même qu’il n’a pas été qu’un « philosophe pour classe terminale. » Et, surtout, au moment de sa mort brutale,
s’apprêtait à donner une nouvelle tournure à son travail qu’il estimait d’ailleurs
avoir à peine commencé.
Jean-Jacques Gonzales, professeur de philosophie lui aussi né en Algérie ne
s’y est pas trompé en accordant aussi une large place dans sa réflexion au
roman inachevé de Camus publié en 1994, « Le premier homme », ouvrage qui résume
pour lui à lui seul la problématique de l’auteur de « L’homme révolté », à
savoir : « Ecrire sur la ligne du partage des eaux, la ligne de crête, y séjourner
et voir également les deux versants, sans être ni dans l’un ni dans l’autre.
» Une vraie gageure.
Stéphane Esserbé
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CONDUIRE par
Jean-René Godule
Conduire. C’est une des choses que j’aime. Oh pas longtemps – j’ai peur. Mais
je m’en vais. Cela compte. A ce moment je me sens si léger. Le monde
paraît si beau. Roulant, j’éprouve un sentiment de liberté. C’est une
vertu étrange. Partir m’apporte le bonheur. Je suis content lorsque
je monte. Quand j’entends le bruit du moteur. Je pars. Je regarde la
route. Et fixe l’horizon. L’ivresse me gagne. Le vide aussi. L’oubli.
Peu importe le but de mon voyage. L’important, est de partir. La route
s’étire. Je n’en vois pas le bout. Il me vient des pensées. J’ai toujours
grand espoir. De voir au terme du voyage quelque chose d’inconnu. Une
terre nouvelle, conforme à l’idéal. Dans le bruit du moteur, au fil
des paysages… Il me vient des pensées, un tas d’images. Je vois le
monde, ailleurs. De nouvelles plages. J’entends des bruits plus doux.
En roulant je m’évade. Je quitte tous les démons. Retrouve mon corps. Partir c’est aller droit vers soi, conduire y arriver plus vite. Dans
l’habitacle… J’entends mon cœur. Et touche à ma mémoire. Il me revient
des scènes. Je me revois gonflé d’espoir. En arrivant c’est différent.
Le but atteint, l’objet du voyage semble vide. Mais il y a un instant,
une minute, où tout est suspendu. Je reprends le volant pour des étapes
plus courtes. A chaque instant j’en éprouve le plaisir. Plus lent je
fixe le décor avec plus d’attention. La paix s’installe. Comme un silence,
une respiration.
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La citation de la semaine
"Il existe deux sortes de démocraties : celles qui souhaitent que toutes les voitures soient confortables, et celles qui transforment les sièges moelleux et profonds en banquettes parce qu'elles tiennent cela pour une conquête du peuple. La démocratie française appartient à cette dernière catégorie."
Andrzej Bobkowski - Le printemps à Paris
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