N° 20 du 26/01/07

L'ENVIE D'ETRE MECHANT
Le site littéraire : humeur
La chronique d'Hector Plasma

Lis ite littéraire : L'envie d'être méchantAlors ça y est, la campagne est lancée. Nous avons droit par conséquent à un premier scandale.

 

Et quel scandale mon dieu : les politiques sont riches, ils paient l’impôt sur la fortune. C’est mal. Les journaux sont contents. Ils s’en délectent. Un vrai thème de campagne. La machine est en route : sondages, émissions de télé, débats, tchats, éditoriaux… Qui est riche ? Qui ne l’est pas ? Qu’est-ce qu’être pauvre ? Faut-il en parler ? Est-ce bien ? Ce qui est sûr, c’est que c’est une erreur ; il y a du flottement dans la campagne. Et l’autre va en profiter. La politique décidément… Franchement. Vous trouvez ça sérieux ? Vous croyez donc vraiment qu’un politique soit désintéressé ? L’argent c’est bien connu n’est rien, comme le pouvoir et l’ambition. C’est l’appel du devoir, le sens du sacrifice, le dévouement à la patrie qui comptent. L’argent… Pfout ! Bagatelle. Et puis on a sa bonne conscience pour soi. On a de l’argent certes, mais on paie des impôts. C’est normal. On n’est pas Belge et chante pas des chansons débiles (bien qu’on pourrait). On s’en va pas en Suisse. On reste. Et on assume (vous me direz si on partait où on irait on servirait à rien attendu qu’on ne sait rien faire). Non, nous on n’est pas comme ça. Alors qu’est-ce qui va pas ? Pourquoi ce pataquès ? Pour rien. Pour rien du tout. Sur ce point-là nous sommes d’accord. La campagne est lancée. Mais elle ne parle de rien. Se moque du monde. De vous. De nous. Et puis ça marche. Télés. Radios. Journaux. Tout ce qui fait le monde tel qu’on nous l’offre et qui a intérêt que tout ça continue enchaîne. Vous voyez finalement, on sert à quelque chose, tout n’est pas si pourri : il y en a chez nous qui sont plus riches que d’autres, comme vous. Il vous faudra choisir. Et ben non. Non. Non. Et non. Nous on plonge pas. On reste là. On votera pas. Quoi qu’il arrive. Voter ou ne pas voter, telle n’est pas la question. Vive le Roy ! A bas le président ! Toute cette sinistre comédie nous donne l’envie d’être méchant, d’en finir, enfin, avec la farce républicaine. O république universelle ! O bourgeoisie infâme ! Allez-vous-en ! Disparaissez ! Il est grand temps. Nous voulons de l’espoir, du rêve. Nous nous moquons du reste. Tous les experts, et les indices économiques… Assez. Assez d’être obligé d’acheter des choses qui détruisent tout et ne nous servent à rien. Assez des soldes, du baratin. Assez de la télévision avec Michel Drucker dedans depuis 30 ans. Assez de vos mensonges. Assez. Riches ou pas riches, il est trop tard. Il faudra bien un jour que vous le compreniez.


 

 

Le site littéraire : livres

Guy de Maupassant
LE COLPORTEUR ET AUTRES NOUVELLES - Folio - 262 pages - 3,9 €

Second recueil posthume de Maupassant constitué et publié par l’éditeur Ollendorf en 1900, ce volume, qui réunit 20 récits, est réédité en édition de poche. Composé de pièces parues dans les journaux « Le gaulois » et « Gil blas » principalement en 1883, il recèle quelques perles.

 

Le site littéraire : Guy de MaupassantLa nouvelle titre, et première du recueil, « Le colporteur », déjà présente dans le premier recueil posthume publié chez le même éditeur en 1899, « Le père Milon », n’est pas la plus efficace. Dans la veine égrillarde et jubilatoire qu’affectionnait Maupassant (il y est question d’adultère chez les petites gens), le lecteur en évente vite le dénouement et n’est pas surpris. Mais c’est toutefois ce texte qui donne le ton du volume. Tant sur le plan des thèmes abordés, que sur celui du style. Puisqu’il est en effet beaucoup question dans ce recueil d’adultère, de farce, et de destin.
Dans ce volume, Maupassant se dévoile aussi plus journaliste que dans ceux constitués par lui-même de son vivant. Retenus dans l’ordre chronologique par l’éditeur, les textes qui le composent donnent une idée précise du travail effectué chaque semaine dans deux des plus grands quotidiens nationaux de l’époque par l’auteur d’« Une vie » jusqu’à la fin des années 1880.
Pourquoi Maupassant avait-il écarté ces textes des recueils constitués par lui-même ? Il n’est pas toujours évident de l’établir. Tant certains d’entre eux, comme « La serre », histoire d’un couple bourgeois qui retrouve les joies du bonheur conjugal en espionnant les ébats de sa bonne, ou encore « L’horrible », qui revient sur les horreurs de la guerre de 70 que Maupassant a connu, ainsi que l’ironique « La question du latin », se révèlent de véritables petits chefs d’œuvres.
Révélateurs des différentes manières de Maupassant, ces textes permettent aux amateurs de s’y retrouver.
Maupassant posthume, mais Maupassant présent donc. Puisqu’il y a, dans ces textes, l’inquiétude, les angoisses, l’ironie, le mépris de la bourgeoisie, la haine de la guerre d’un auteur dont le style n’en finit pas d’émerveiller tant il brosse en si peu de mots des portraits parmi les plus saisissants de la littérature française.
Tous les textes évidemment ne présentent pas le même intérêt. Mais les moins bons d’entre eux sont quand même d’un excellent cru.

 



Stéphane Esserbé

 

 

 

Le site littéraire : prose

L'HORIZON                                                par Jean-René Godule

Souvent Jean-René Godule se souvient...

 

Le site littéraire : L'horizonCe bout de rue était pour moi un horizon. J’y venais très souvent. Marchant, je suivais le boulevard, m’arrêtais au carrefour, et regardais. J’étais jeune. Enfant. Et je l’aimais. A. en effet était mon grand secret. Au collège je l’avais connue. Je l’admirais. Elle était belle. Souvent je la voyais rentrant après les cours. Je la suivais. Mon cœur battait. J’arrivais là. Je voyais sa silhouette et m’arrêtais. Je n’osais pas non en effet aller plus loin. J’avais peur. Surtout, il me semblait que si je le faisais je transgressais un interdit. Ca me semblait tout naturel. Aller trop loin risquait de tout détruire. Elle prenait donc un autre bus, me regardait, disparaissait. Je voyais, au loin, les hauts immeubles. J’entendais le bruit du moteur. Je restais là longtemps.
La ville à cette époque me paraissait immense. Dédale. Un labyrinthe. Je n’allais pas partout. Surtout, n’y avais rien vécu. Tout était vierge. Sauf cet endroit. J’imaginais les pièces où elle vivait, sa chambre. Parfois il pouvait m’arriver de la voir sans vêtement. Elle était belle. Et elle m’aimait. Elle posait son regard sur moi, pleine de promesses. Je me sentais ému. Il me semblait ce que je ressentais était très pur. Cela me transportait. Dans ma tête cependant je n’étais plus enfant, et mes pensées étaient confuses. Ces rêves, images, et ces désirs… Ils m’arrêtaient. Ce pas franchi vers l’inconnu… Si je cherchais à lui parler le charme n’en serait-il rompu ? Si j’avançais, cette rue apparaîtrait banale ! Non, je restais là, pensant, retournant sur mes pas, rêvant au lendemain.


Le lendemain cela recommençait. A. était là, toujours si belle. J’étais émerveillé, figé, glacé. Une brûlure sourdait en moi. Ce beau visage était ma grâce. Le contempler me procurait des sensations. Je sentais mon âme s’élever. Pensais à ces passions célèbres. En l’observant mon être se purifiait. C’était comme un tableau que je voyais, instantané de grâce. Vivant pourtant. Tout fait de chair. J’aimais au point d’en occulter ce que j’étais. Etait-ce déjà mon mal ? C’était une souffrance, une délivrance. Il y avait pour moi la promesse d’une réponse, d’une transcendance. A. arrivait, le reste s’en allait. A. était là. La vie s’illuminait. Je sortais d’un seul coup du vide. J’étais élu. Heureux. Je n’osais pas non faire un geste. Je regardais de loin. Grand, j’étais petit. J’étais un homme, et un enfant. J’étais le monde. Je touchais à la vérité. Oh le bonheur ! De temps en temps, A. me souriait, et mon cœur se gonflait. Ce que je ressentais était inexprimable. J’étais un dieu, un immortel. J’avais tout vu.
Je n’espérais rien cependant d’A.. Je savais qu’à mon âge… Et puis tous les garçons étaient amoureux d’elle. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle vienne tout près de moi. Je savais qu’elle n’était qu’un rêve. Mais, avec le temps, je n’ai pas oublié. Je l’ai revue souvent. Elle était belle. A l’horizon, quelque part. Et lorsque je passais par là...

 

 


Le site littéraire : citations

La citation de la semaine

 

"L'homme qui se respecte quitte la vie quand il veut ; les braves gens attendent tous, comme au bistrot, qu'on les mette à la porte."

 

Ladislav Klima

 

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