N° 3 du 24/08/06

ON S'EN FOUT !

La chronique d'Hector Plasma

La photo est parlante. Sur un jet ski se tient un homme. Devant lui un enfant dont le visage est flouté. On voit l’eau. On devine le soleil...

 

L’homme dont on parle est fameux (cf lenonsens du 09/08/06). Et il affiche sur son visage emblématique un rictus bien connu. Qui ne connaît la photo de cet homme ? Qui, dans le plus reculé de nos villages, n’en a pas déjà vu l’expression célèbre ? En une d’un journal respectable cette photo trône comme pour l’annonce d’un événement aux conséquences incalculables : on lui pardonne, il reste une figure incontournable, les Français l’aiment... Mais de quoi s’agit-il ? Car la question à se poser n’est pas qui, mais pourquoi ? Est-il important d’établir un classement des 50 personnalités (abject mot s’il en est) françaises les plus en vue du moment ? Cela constitue-t-il une information ? Est-ce signifiant ? Que m’apprend un journal, aussi crédible soit-il, qui choisit de m’offrir ce top 50 de la jet set française (squatté par des footballeurs et des sportifs) ? En vertu de quelle ligne éditoriale un rédacteur en chef fabrique-t-il de toute pièce une information qui n’en est pas une ? C’est la question que lenonsens s’est posée à la lecture du JDD du 13 août dernier, étonné, choqué de voir à la une d’un journal respecté ce classement piteux. On s’en fout, non ! Ces types, ces femmes, on voudrait nous faire croire qu’ils sont plus que ce qu’ils sont sous prétexte qu’un organe de presse a eu l’idée fumeuse d’interroger un panel pour en fabriquer un classement ? Est-ce là le journalisme ? lenonsens tenait à dénoncer cette infamie, qui, même en période de vacances, lui reste en travers de la gorge. La bêtise et le mauvais goût sont partout, même et surtout, dans les colonnes des journaux. Cela permet de fabriquer des événements qui n’en sont pas et d’en taire d’autres autrement réels. Et surtout de continuer à laisser croire aux moins curieux que la moyenne que tout va pour le mieux, que tout est en ordre, et que demain sera semblable à aujourd’hui. On s’en fout si le panel a répondu. Ca veut rien dire. Ca veut rien dire… Cela pourrait être en tout cas la devise de la plupart de nos journaux !



 

 

NOUVELLE EDITION COMPLETE DES ŒUVRES D’ALBERT CAMUS

La bibliothèque de la pléiade publie une nouvelle édition des œuvres complètes d’Albert Camus. Alors que la précédente comprenait 2 volumes, celle-ci en compte 4, dont les deux premiers viennent de sortir...


Organisée en deux volumes, « Théatre, récits et nouvelles » et « Essais », la précédente édition des œuvres complètes d’Albert Camus publiée par Gallimard avait été préparée par Roger Quilliot juste après la mort de l’écrivain. Les deux volumes qui la composaient, parus en 1962 et 1965 n’intégraient pas les carnets de l’écrivain, pas plus que ses œuvres de jeunesse, son travail de journaliste, ses journaux de voyages ou encore son roman inachevé, « Le premier homme. » Avec cette édition, publiée 46 ans après la mort du prix Nobel 1957 par Jacqueline Lévi-Valensi et organisée de manière chronologique, c’est enfin l’intégralité de l’œuvre de Camus qui est proposée dans une même collection.

Près de 50 ans après la disparition brutale de l’écrivain, alors que des biographies qui font maintenant références (celle d’Olivier Todd notamment, publiée chez Gallimard en 1996), ont vu le jour, le temps semble donc enfin venu de lire Camus avec plus de discernement. Camus, trop souvent réduit à l’image d’écrivain facile, a longtemps souffert et souffre encore de cette injustice. On a lu, on lit, et on lira encore mal Albert Camus. Même si, comme le montre le numéro du Magazine Littéraire de mai, une nouvelle génération d’auteurs et de critiques se réclame maintenant de lui. Car qui était réellement Camus ? Ce juste, cette conscience, ce moraliste, cet écrivain aux positions claires et tranchées pris à partis par l’histoire et ses tragédies ? Il était avant tout un homme, qui, au cours de sa vie, n’aura jamais cherché autre chose que le bonheur et la lumière sans se soustraire à ce qu’il estimait être de son devoir. Le Magazine Littéraire de mai offre aux lecteurs des pistes nouvelles pour lire Camus en cessant de le comparer à Sartre, en arrêtant de le resituer plus que de raison dans l’histoire, en accordant une place plus importante au moins connu de ses œuvres, comme « La chute », ou le recueil de nouvelles « L’exil et le royaume. » S’il se sent encore obligé de laisser tribune libre à certains caciques comme Alain Finkielkraut, il admet implicitement que l’œuvre et le personnage de Camus sont plus complexes qu’on l’a admis généralement. La publication posthume du tome 3 des carnets en 1989, celle du « Premier homme » en 1994, auront contribué pour beaucoup à ce renouveau. Reconnaître, enfin, aujourd’hui, qu’il faut laisser à Camus sa part de mystère, que celle-ci alimente, tout comme l’humour, l’ironie, la joie de se sentir au monde et l’aspiration au bonheur, certaines des plus belles pages de son œuvre, qu’il faut tenter d’imaginer cette-dernière telle qu’elle aurait été s’il avait pu la terminer, est un progrès considérable.


Un écrivain comme Camus, dont l'œuvre était en devenir, mérite mieux que le traitement qu’on lui a réservé jusqu’alors. L’intelligentsia littéraire française contemporaine semble enfin en prendre conscience, et c’est une grande nouvelle.



Stéphane Esserbé

 

 

 

L’ETE                                                           par Jean-René Godule

Jean-René Godule aime l'été...

 

Je brûlais. J’avais chaud. Mon corps flambait. Je restais nu. Je n’avais plus d’envies. C’était une blessure qui me rongeait. Le feu qu’on attisait.
J’aimais l’été. Les belles journées. Je me laissais aller. Je laissais monter la chaleur. Chassais mon horizon.

J’aimais oui les étés. Seul. A profiter du temps. En vacances… Je ne me forçais plus. J’étais à nouveau moi. A chaque instant j’étais heureux. Je regardais le monde. Je me mettais à la fenêtre. Le ciel… Il y avait ce parfum. Cette allégresse.
Souvent en me levant j’observais la lumière et j’attendais. Quelque chose, nécessairement, allait venir.
C’était mon corps qui s’embrasait. Mon esprit se troublait. Très vite je ruisselais.


J’imaginais un horizon dégagé de toute ombre. Une route. Sous le ciel, apparaîtrait la mer. Une brume légère. L’étendue infinie. Loin, et solitaire, je m’extasiais. C’était toujours cette tentation. Je regardais monter le jour. De temps en temps, je sortais. Et ce que je voyais m’enthousiasmait. L’air était doux. Et les passants légers. La ville dansait. J’aimais. Quelque chose m’emportait. Le vent me caressait. La lenteur de la ville… Mon corps parlait.

Il m’arrivait très fréquemment de pénétrer les squares. De m’y asseoir sur un banc vert. De regarder les enfants qui y jouaient. Leur chahut me venait. Dans ce coin d’ombre, je m’absorbais. Alors que les bruits m’arrivaient, je me perdais. Etait-ce ce que je désirais ?
J’entendais un appel. Un souffle. Cette chaleur… J’apercevais oui les falaises. Une ligne. Au-delà les flots verts. Quelques reflets. J’avais un rire. Oh oui l’été ! Je m’enflammais. Pourquoi rester ? Je me levais. Je traversais les rues. Le lointain m’aspirait. Une plage. La solitude. J’évitais le grand nombre. Heureux, je me donnais. Le monde que je voyais me paraissait plus reculé. Les silhouettes étaient longues. Sur le sable je marchais. Qu’arrivait-il ? Je rêvais. Toute mon âme s’élevait, dominait l’horizon.
De temps en temps je somnolais. Et je ne savais plus.
Le soleil se couchait. La plage était déserte. Je riais.




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