N° 55 du 24/02/08

QUAND UNE MINISTRE PARLE DE LA CAVE D’ANNE FRANCK…
(ou le trou de la mémoire)
Le site littéraire : humeur
La chronique d'Hector Plasma

On ne vous donnera pas son nom mais vous allez la reconnaître. Elle est ministre, bien née, et donc intelligente. Elle est avenante et nous fait des réformes. Elle parle aussi. Elle passe à la télé. Elle donne des interviews. A la radio aussi…

 

Le site littéraire : Quand une ministre parle de la cave d'Anne Franck...Elle défend notre président. Elle approuve ses idées. Même, elle nous donne des leçons. De belles leçons d’histoire. Un samedi matin ainsi sur une radio nous entendîmes sa voix et ouïmes ses arguments : « Vous comprenez, cette idée est très saine. Je trouve que tout ce bruit autour est tout a fait injuste. Je me souviens moi, lorsque j’étais enfant, à l’école, on me fit lire Anne Franck. Dans ma classe, nous savions tous son célèbre journal. Cette lecture m’a marquée. Au point que l’espace de plusieurs années j’en fis mon livre de chevet. J’ai vécu très longtemps avec Anne Franck qui se cachait au fond d’une cave, alors vous comprenez, porter la mémoire d’un enfant je pense que ça peut être bénéfique… » Certes, nous ne reproduisons pas littéralement les beaux propos de la ministre (faute d’avoir pu l’enregistrer). Mais nous sommes sûrs, certains, qu’elle a dit « cave. » Et affirmé que la lecture d’Anne Franck l’avait marquée. Or, comme tout le monde le sait, jamais Anne Franck ne trouva refuge dans une cave. Mais bien dans un grenier. Et cette cache d’ailleurs, à Amsterdam, reste toujours visible. Que dire alors, et que penser d’une ministre de l’enseignement, qui se pique de donner des leçons (d’histoire), qui, de plus, prétend avoir lu et relu un livre et qui en l’évoquant ne sort que des âneries ? Qu’elle se moque de vous ? Bien sûr. Qu’elle a un trou de mémoire ? Oh que c'est drôle. Qu'est elle inconséquente ? Cela va de soi. Comme ce gouvernement auquel elle appartient. Mais ne peut-on pas dire tout simplement qu’elle est dangereuse et inquiétante ? Cette question, nous vous l’avouons, nous nous la posons de plus en plus souvent. Et la trouvons préoccupante. Car à la fin, où au juste allons-nous ? Le ridicule était une chose. Mais la bêtise ? Sans doute, tout cela ne sera-t-il qu’un coup d’éclat. Mais il retentit comme un coup de semonce…

 

 

 

 

Le site littéraire : livres

David Albahari
HITLER A CHICAGO - Les allusifs - 207 pages - 18 €

Qu’il doit être difficile de quitter son pays, sa famille, ses amis, sa langue et sa culture. Et ce même si le pays qui vous accueille, frontalier de la grande Amérique, présente toutes les garanties d’un pays hospitalier…

 

Le site littéraire :Ddavid albahariC’est le thème de cet étonnant recueil au style impeccable et dont la traduction, irréprochable, laisse vivre une plume tout à fait remarquable.
David Albahari en effet, fraternisant avec les descendants des indiens, subissant avec délice les caprices de sa femme, explorant les failles du système d’intégration canadien, propose au lecteur ce délicieux voyage au Canada des immigrés issus de l’ex-Yougoslavie.
David Albahari, auteur bien avant son exil, sait de plus écrire. Il y met la manière : « Je m’appelle Adam et je ne sais pas pourquoi je suis ici. Ici : dans cette ville située de manière indécise entre les Rocheuses et la grande prairie, n’appartenant complètement ni aux sommets enneigés ni à la plaine herbeuse, toujours sur le tranchant de la division, sur le fil de la différence. »
Pudiques, les différents petits récits (16 pour être précis), qui composent ce volume sont tout en nuances. Ils constituent un savoureux mélange d’amertume et de désillusion d’une part, et d’humour et de reconnaissance de l’autre.
Pour David Albahari, un déraciné, même s’il réussit à s’intégrer, même s’il parvient à se refaire une situation reste à jamais un déraciné. C’est le fil conducteur du recueil. Recueil qui ne se lit pas à proprement parler comme tel, mais plutôt comme une succession de bribes où l’humanité transpire à chaque page : « Le pope se fait du souci. Depuis que l’Indien a pris l’habitude de se tenir devant l’église, les femmes se plaignent et disent qu’elles craignent pour leur sécurité. »
Il ne s’agit d’ailleurs pas à proprement parler de nouvelles. Très peu de textes en réalité, parmi la quinzaine qui composent le livre, relevant de la fiction. Il s’agit plutôt d’un ensemble de chroniques désabusées dont l’unité thématique par contre est tout à fait indiscutable.
Au Canada, 15 ans après leur arrivée, David Albahari et ses héros se sentent bien. Mais au terme de quelles épreuves ! Cela en valait-il la peine ? Oui. A condition de ne pas regarder derrière soi. Et de pouvoir écrire. D’avoir une femme à toute épreuve. Et l’assurance de trouver un indien dans chaque ville…
Dans « un pays fou », titre du treizième récit du volume et peut-être le plus significatif, c’est le moins que l’on puisse exiger pour espérer survivre. Faute de quoi, le sort de Sveto et Smilia, héros de ce texte, incapables des années après de dire pourquoi ils sont venus au Canada : « Si quelqu’un prenait la peine de demander à Sveto et Smilia pourquoi ils sont venus au Canada, ils ne sauraient que répondre… », a de forte chance de vous guetter…

 



Stéphane Esserbé

 

 

 

Le site littéraire : prose

LA COMMUNE DE PARIS                                   par Stéphane Bataillard

Dans l’Homme révolté, Albert Camus écrivait que « la Commune de Paris était le dernier refuge de la révolution révoltée » (pléiade, tome 2, édition de Roger Quilliot, p. 622). Pour lui, lors de cet épisode sanglant de l’histoire de France, les Communards avaient « pris le risque de faire confiance à la liberté et à la spontanéité ouvrière… »


Le site littéraire : La Commune de ParisC’est certainement la plus pertinente des interprétations faites de ce que constitua sur le plan historique la Commune de Paris. En effet, alors qu’une autre révolution 46 ans plus tard allait cette fois vaincre en Russie tsariste, paradoxalement, cette liberté et cette spontanéité allaient disparaître de tous les mouvements révolutionnaires postérieurs. La révolution ainsi, si elle triomphait parfois, se faisait à son tour autoritaire, et perdait en cela (c’est tout son paradoxe), son âme. « Toutes les révolutions modernes ont abouti à un renforcement de l’Etat », écrit encore Camus dans le même livre (p. 582), « 1789 amène Napoléon, 1848 Napoléon III, 1917 Staline, les troubles italiens des années 20 Mussolini, la république de Weimar Hitler. » C’est vrai. Mais pas pour la Commune. Et sans doute parce que, comme Camus a su si bien le dire, elle était avant tout l’affaire de révolutionnaires révoltés plutôt que de révolutionnaires autoritaires. C’est ce qui explique à la fois son échec, mais également les passions qu’elle déchaîna et le mythe qu’elle fit naître. Car la Commune, au sein de l’histoire de France et de l’histoire révolutionnaire, occupe une place à part. Elle n’y est pas entrée, comme l’ont fait la révolution de 1789 et celle de 1917, par la grande porte, mais plutôt de manière clandestine, traînant derrière elle à jamais une réputation sulfureuse et gênante. C’est que, aucun mouvement révolutionnaire, aucun courant de pensée ne peut honnêtement revendiquer la Commune.

 

La Commune de Paris n’appartient à personne. Elle n’est pas née d’une action menée par une quelconque organisation politique. Elle naquit de la conjonction de facteurs historiques exceptionnellement réunis à un moment où des antagonismes exacerbés n’étaient plus à même d’éviter que leur mécanique entre en action l’une contre l’autre à un endroit où précisément cette confrontation était rendue possible du fait des circonstances. Où trouver en effet, dans l’histoire de France et ailleurs, pareille succession de crises historiques majeures : une guerre déclarée stupidement et perdue honteusement par un régime autoritaire qui 18 ans durant avait réprimé durement les oppositions, l’avènement d’une république qui s’autoproclame Gouvernement de la Défense nationale et capitule, une ville (Paris) qui résiste héroïquement à un terrible siège, enfin, un pouvoir qui tente de reprendre le contrôle d’une capitale qu’il n’avait plus les moyens de contrôler en prenant le risque de fédérer contre lui toute une partie de la population ? Paris, au début du printemps 1871, constituait bien cette place forte où tout était possible. Et seul l’aveuglement d’un gouvernement dépassé fut l’étincelle qui déclencha l’incendie quand au matin du 18 mars l’armée reçut l’ordre de récupérer les canons de Montmartre fondus grâce à une souscription menée par la population parisienne pendant le siège. La révolution alors, celle qu’on appela la Commune ou encore l’insurrection, murit par le ressentiment et les erreurs commises par le Gouvernement de la Défense nationale, d’elle même put éclore. C’est ce qui fait toute la particularité de la Commune et la place unique qu’elle tient dans l’histoire de France. Avec elle, sans qu’aucun complot n’ait été fomenté, sans coup d’état, du 18 mars au 28 mai 1871, une expérience unique fut menée en France à une époque où le monde moderne était déjà en train de se dessiner : à savoir, le peuple (un peuple ouvrier essentiellement, auquel est malgré tout venu s’adjoindre une petite partie de la bourgeoisie), seul, affranchi, eut l’occasion 72 jours durant d’administrer et de gouverner une grande ville comme Paris en ne comptant que sur ses seules ressources. Ce qu’il fit avec une certaine efficacité malgré le caractère éphémère de l’expérience et les conditions difficiles dans lesquelles elle fut menée, démontrant aux yeux du monde que la bourgeoisie n’était pas indispensable au bon fonctionnement d’un gouvernement. Voilà sans doute pourquoi la Commune de Paris a si mauvaise réputation. Adolphe Thiers, responsable des probables 30 000 fusillés de la Semaine Sanglante, a des rues, des avenues, des boulevards à son nom, quand l’histoire officielle « oubli » cet épisode pourtant si riche d’enseignements. Car qu’était la Commune ? Quelle a été sa signification ? Aurait-elle pu triompher ? Aurait-elle pu changer la France ? (à suivre...)

 

 

 

Le site littéraire : citations

La citation de la semaine

 

"... tout arbre généalogique a des racines qui plongent dans l'humanité jusqu'au premier homme..."

 

 

Emile Zola - Le docteur Pascal

 

 

 

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