N° 6 du 23/09/06

IL FAIT BEAU (profitons-en !)
Le site littéraire : humeur
La chronique d'Hector Plasma

Le site littéraire : l'hiver sera très long...Il fait beau. Profitons-en ! L’été vient de mourir mais la lumière scintille. Eteignez la télé ! Oubliez le bureau. Refermez les journaux, et regardez ! Ce sont les derniers instants de douceur. Bien sûr le jour nous reviendra mais après quel hiver ! Car ils en parlent, se jettent dessus : dans quelques mois, la France, ce grand pays démocratique aux mœurs parlementaires irréprochables aura un nouveau président. Les journaux s’en délectent. Et les sondages abondent. Machine et truc sont très nettement en tête. Bidule ne s’est pas prononcé mais il a tout le temps. Untel provoque et muche hésite. Combien seront-ils ? Qui gagnera ? Que va-t-il se passer ? Les Français vont choisir. Ils choisiront, comme d’habitude, entre truc et machin (à moins que ce ne soit machine). Ils ne pourront pas voter pour muche (non ça il ne faut pas car c’est pas bien). Untel est vieux. Et les autres… Non vous voyez, pas de quoi s’inquiéter. Car rien ne changera. Alors pourquoi en faire un plat ? On se le demande. Au lendemain du jour fameux la terre s’arrêta-t-elle ? Tous les hommes, toutes les femmes, en France et en Navarre seront-ils donc enfin intelligents ? Auront-ils décidé cette fois d’agir conséquemment ? Que nenni ! Ils iront travailler. Ils feront mine de croire ce qu’on leur dit et s’habitueront vite. Rien de bien bouleversant. En attendant… L’hiver va être long. Il va nous tomber des discours. On va se geler de sondages. Des brouillards de scandales viendront nous envahir. Et des nuits, d’interminables nuits où les promesses fuseront viendront se succéder. C’est ainsi. Il le faut. Le sort de la France est en jeu. Notre pays, notre beau pays, notre France éternelle, pays des droits de l’homme où les prisons sont les plus abjectes du monde, doit, enfin, prendre en main son destin. Il ne faut pas sombrer. Votez ! C’est un devoir. Songez aux milliers, aux millions de personnes qui dans le monde n’en ont pas même le droit ! Mais vous êtes inconscients ! Ce n’est pas bien ! lenonsens, mauvais sujet, se moque de ce devoir. Nous préférons, nous, demeurer dignes et fermes face à l’obscénité. Tout ce qui compte, c’est qu’en suivant l’hiver le printemps nous reviennent. Que les parfums renaissent, que la sève rejaillissent, que les matins soient doux, les couleurs éclatantes. Le reste… Quel reste ?

 

 

 

 

Le site littéraire : livres

Ronald Aronson
CAMUS ET SARTRE, AMITIE ET COMBAT - Alvik éditions - 397 pages - 20 €

Le site littéraire : Ronald Aronson« L’histoire de leur amitié est palpitante. Pourquoi n’a-t-elle pas été racontée plus tôt ? » Ce sont ces quelques mots qui imposent la lecture de l’ouvrage de Ronald Aronson, « Camus et Sartre, amitié et combat. » Car si les deux écrivains, comme le rappelle l’auteur, spécialiste de Sartre outre-atlantique, totalisent à eux deux sept biographies essentielles, aucun travail de référence, jusqu’alors n’avait été consacré à leur amitié. Ronald Aronson remédie donc avec brio à cette lacune et livre à la critique un document précieux.
S’attachant à retracer les circonstances de la rencontre intellectuelle des deux écrivains, le cheminement de leur histoire d’amitié et la nature des liens qu’ils entretinrent, l’ouvrage se construit autour de la thèse nouvelle que « cette relation était importante et forte. »
Le soucis du détail et la rigueur (malgré quelques coquilles et négligences orthographiques de l’éditeur) sont au rendez-vous. L’auteur en effet, a veillé à ne prendre parti pour aucun des deux écrivains. Et si la silhouette familière de Sartre s’esquisse au premier plan de la couverture du livre, le nom de Camus précède celui du philosophe dans le titre. Les sources sont nombreuses ; correspondances, témoignages, coupures de presse, archives, mais aussi et surtout « les écrits de Sartre et Camus parus de leur vivant. »
C’est avec Sartre que s’ouvre le livre. Première page, première ligne, dernière lettre de Sartre à Camus au moment de leur brouille en 1952 : « Mon cher Camus, notre amitié n’était pas facile mais je la regretterai. » Puis, l’auteur, qui, très vite, replace l’histoire de cette amitié littéraire dans l’histoire elle-même : « …c’est la fin d’une relation personnelle et celle d’une période historique. »
Et c’est tout l’intérêt du livre qui nous fait découvrir deux grands auteurs militants et engagés dialoguant souvent à travers leur œuvre en replongeant le lecteur dans le climat idéologique d’une époque où l’engagement politique était lourd de conséquences.
Loin des images d’Epinal véhiculées sur les deux hommes et leur relation par les biographies officielles, c’est une véritable histoire d’amitié, presque passionnelle, qu’il nous est donnée de découvrir, souvent décryptée grâce à une relecture judicieuse des textes qui jusqu’alors avaient gravé dans le marbre la légende de Camus et Sartre n’ayant jamais été amis qu’au grés de circonstances.
Le développement le plus important du livre est une analyse exhaustive de la fameuse brouille intervenue entre les deux hommes en 1952 à l’occasion de la parution de « L’homme révolté. » Les chapitres qui y sont consacrés sont passionnants. Loin des partis pris de rigueur jusque-là dans tous les textes évoquant cette polémique, ils démontent page par page le mécanisme impitoyable qui a séparé les deux hommes et mis fin à leur amitié. Une amitié qui naquit dans la guerre et fut brisée par la Guerre froide, laissant à la postérité un témoignage éclatant des déchirements parfois imposés par l’histoire à l’esprit humain.




Stéphane Esserbé

 

 

 

Le site littéraire : prose

TOI                                                                    par Jean-René Godule

Le site littéraire : ToiJ’ai eu envie de toi au tout premier instant. Je me suis dit c’est elle. J’en ai frémi. Ton grain de peau m’a aspiré. Ton regard m’a saisi. J’ai été possédé. Quel étrange phénomène. Que m’est-il arrivé ? La première fois j’avais rêvé. Je t’avais vue. J’étais passé tout près de toi. J’avais plongé dans ton corsage. Le lendemain cela s’était produit. Il m’avait semblé que d’un coup les choses avaient un sens. J’étais sorti de ma torpeur. Avais-je dormi ? Je voyais les couleurs. J’entendais mieux. J’avais suivi tes yeux. Un malaise délicieux. D’où venais-tu ? Ce qui était certain c’est que plus rien ne me semblait aller comme autrefois. Je m’étais mis à espérer. C’était comme une résurrection, étrange retour à moi. Chaque jour, chaque minute, avait marqué un pas. Quelque chose d’incroyable. Je sentais des frissons. Et ton regard… Il me suivait. Tu étais constamment à mes côtés. Quelle possession ! Ce qui faisait mon quotidien n’existait pas. Ton parfum, tes sourires m’habitaient. J’attendais tes apparitions, guettais tes gestes, surveillais chacun de tes mots.

La nuit je te voyais. Tu étais comme un autre moi. Je ne quittais jamais longtemps ton univers. Je savais ce que tu faisais. Je connaissais toutes tes pensées. Ma vie ne valait que par toi. Le matin, me levant, ma toute première idée était que j’allais te revoir. Il y avait ton sourire. J’approchais ton mystère. Je le perçais. Je devinais qui tu étais. Ta présence m’animait. Ton sourire faisait mon bonheur. J’étais heureux. Quand tu n’étais pas là je ne voyais que toi. Fantôme. Tu m’habitais. Je te touchais. Je t’explorais. Ton corps… Il me grisait. Je caressais ta peau, parcourais doucement la ligne de tes jambes. Ton odeur m’arrivait. Et tes soupirs… La pointe de tes seins se dressait. Je l’embrassais. Oh cet amour ! Il avait le goût du poison. Je cherchais à le fuir. Je le voulais. Je ne pouvais m’en échapper. Je l’attendais comme un supplice. Oh que tu viennes ! Et que tes mains arrivent ! Que ta bouche s’empare de la mienne ! Que ton corps me dévore ! J’aurais voulu en explorer toute la surface. Je l’aimais, sans le connaître. Son odeur forte m’arrivait. Son goût d’épices… Je me l’imaginais offert, nu, abandonné. J’en respirais tous les secrets. J’en goûtais les délices. Il me brûlait. J’en palpais les frissons, appréhendais les courbes. Je l’approchais comme une idole. Immobile et lascif, il me parlait. Il était un appel. Le savais-tu ? J’avais du mal à croire qu’il m’échappait. Je souffrais qu’on puisse le toucher. Je n’imaginais pas qu’il puisse ne pas m’appartenir, qu’un autre… Mais non, ton regard m’en avait dit long.
J’avais vu tes désirs, compris tes rêves. Dans le ton de ta voix, dans ton regard brûlant… quelque chose m’attendait. Tes mots me semblaient inutiles. Tes gestes me parlaient. Quel combat menais-tu ? Il y avait tant de vide en toi. Tu souffrais tant. J’avais connu les mêmes angoisses. Oh je voyais en toi une mer, des abîmes insondables, des océans… Je m’y noyais. C’était ma joie, mon grand bonheur. Je naviguais en roi. J’explorais le grand large, le fin fond de ton âme. Je ne laissais rien échapper de toi. J’étais comme un esclave. Avec quelle joie j’exhaussais tes désirs… C’étaient de sublimes émotions. Tu étais gaie. Ton amour m’arrivait. Tu ne pouvais pas te passer de moi. Je t’étais nécessaire. J’avais fini par être indispensable. Tu tombais dans mes bras. J’aspirais ton haleine, m’approchais de ta bouche. J’étais prêt à mourir. Et je ressuscitais. C’était une douleur, une torture, douce et affreuse, un supplice enivrant, auquel je consentais. Oui je rêvais. Je fermais doucement les yeux. A mon réveil… Il n’y avait plus rien, qu’un grand désert.


Le site littéraire : citations

La citation de la semaine

 

Le site littéraire : écriture de Guy de Maupassant"Je demande la supression des classes dirigeantes, de ce ramassis de beaux messieurs stupides qui batifolent dans les jupes de cette vieille traînée dévote et bête qu'on appelle la bonne société. Ils fourrent le doigt dans son vieux cul en murmurant que la Société est en péril, que la liberté de la presse les menace. Eh bien je trouve maintenant que 93 a été doux; que les septembriseurs ont été cléments; que Marat est un agneau; Danton un lapin blanc, et Robespierre un tourtereau. Puisque les classes dirigeantes sont aussi inintelligentes aujourd'hui qu'alors; aussi viles, trompeuses et gênantes aujourd'hui qu'alors, il faut supprimer les classes dirigeantes aujourd'hui comme alors; et noyer les beaux messieurs crétins avec les belles dames catins..."

 

 

Guy de Maupassant, lettre à Gustave Flaubert, le 10 décembre 1877...

 

 

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